II. — VOIX THORACIQUE ANOMALE
Les modifications anomales que peut subir la voix thoracique sont au nombre de cinq; ce sont : 1° la bronchophonie; 2° la pectoriloquie, ou voix caverneuse; 3° Yégophonie; 4° la voix soufflée; 5° la voix amphorique (2).
1° Bronchophonie. — La bronchophonie est un épiphénomène d'auscultation de la respiration bronchique ou soufflante.
Caractères. — La bronchophonie, difficile à caractériser, constitue un bourdonnement semblable à celui de la voix d'un individu sain qui a un timbre de voix grave. Elle en diffère cependant par un caractère important : elle est toujours localisée, tandis que le bourdonnementphysiologique est généralisé dans toute la poitrine. Tantôt il semble que la voix du malade, devenue bourdonnante et diffuse, se passe dans le voisinage del'oreille de l'explorateur, comme dans la congestion pulmonaire, la compression des poumons par des tumeurs, etc. ;
(1) Bourgade, Recherches pour servir au diagnostic du premier degré de la phthisie pulmonaire. De la respiration saccadée (Archives de méd., 1858, 5e série, t. XII).
(2) Ces différents signes fournis par la voix sont perçus par l'auscultation quand le malade parle. Des signes analogues peuvent être perçus par l'explorateur lorsqu'il parle lui-même, l'ébranlement vibratoire de sa propre voix provoquant des résonnances caractéristiques dans la poitrine auscultée. Hourmann, après Bricheteau et Taupin, qui avaient observé ces phénomènes, a fait de ce sujet l'objet d'un travail dans lequel il proposait de donner à ce mode d'auscultation le nom d'aulovlwme. (Journal l'Expérience, 1869.)
tantôt elle a un timbre moins moelleux, comme métallique (pneumonie), et il n'est pas rare, dans ce dernier cas, de voir se produire, au même, moment que la bronchophonie, un souffle articulé h chaque mot prononcé, et semblable au souffle de la respiration. Ce phénomène de la voix, qui est bronchique et soufflant cà la fois, n'a pas suffisamment fixé l'attention des observateurs : je l'ai plusieurs fois constaté dans la pneumonie et dans la pleurésie avec épanchement.
Il est impossible de préciser le degré de retentissement exagéré delà voix où finit le retentissement normal (qui est extrêmement différent suivantles individus), et où commence le retentissement bronçhophonique. Pour préciser autant qu'il est possible, on peut dire que la bronchophonie ressemble au bourdonnement vocal que l'on perçoit en auscultant le larynx, ou plutôt au bourdonnement que l'on produit sur soi-même avec sa propre voix dans l'oreille que l'on bouche avec la paume de la main. La bronchophonie est un signe morbide très-fréquemment observé. Elle est le plus souvent localisée, dans les poumons, à l'un des sommets ou aux deux, à la partie moyenne en arrière, ou à la base de ces organes. Il est rare qu'elle s'étende à un poumon tout entier. D'une intensité variable, et basse de ton, la bronchophonie a une longue durée dans le cours désaffections chroniques où elle se montre, et une durée passagère, au contraire, dans les affections à marche aiguë. Elle coïncide habituellement avec le souffle ou la respiration bronchique. La bronchophonie ne saurait être confondue, comme je le montrerai plus loin, avec l'égophonie ou la pectoriloquie, comme le veut Skoda.
Conditions organiques et physiques. — Pour que la bronchophonie se produise dans une partie du poumon, il faut que son tissu y soit plus condensé que de coutume, et que les bronches qui le traversent soient béantes jusqu'à la trachée. La solidification des tissus voisins des canaux
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bronchiques où se produit la bronchophonie a lieu par suite de l'hépatisation du poumon, de la tuberculisation, et de tumeurs solides infiltrant le tissu pulmonaire. La condensation du tissu pulmonaire par simple compression donne également lieu à la production de la bronchophonie, sans qu'elle en soit la conséquence habituelle. Des tumeurs intrathoraciques, et plus souvent les épanchements de liquide dans la plèvre, en sont alors le point de départ. La bronchophonie, dans ces conditions, n'a pas la dureté qu'elle présente dans les cas de solidification pulmonaire; dans les épanchements pleurétiques, nous verrons qu'elle se confond souvent avec l'égophonie, ce qui l'a fait dénommer alors broncho-égophonie. Enfin la bronchophonie peut être due à la simple interposition, entre les conduits bronchiques et l'oreille de l'observateur, d'un corps solide ou d'une induration de tissu développée dans le voisinage des parois fhoraciques.
Les conditions physiques de la bronchophonie ne sont pas difficiles à déterminer. On a vu que, dans l'état sain, la voix thoracique résultait de la transmission du son vocal jusqu'aux parois thoraciques sans résonnance dans les bronches qui traversent alors un tissu spongieux et mou. Que ce tissu si condense par une cause quelconque et que les bronches soient béantes, et l'ébranlement vibratoire subi par les tissus condensés est augmenté et résonne d'autant mieux dans l'air des cavités bronchiques, que cet air y est arrêté par suite de sa pénétration difficile ou impossible dans les vésicules pulmonaires. Celte manière de voir justifie la nécessité de distinguer en théorie la production des bruits respiratoires de celle de la voix intrathoracique, comme je l'ai fait pour les bruits normaux. Signification. — La bronchophonie morbide étant lou- I jours localisée, et la conséquence des affections avec condensation du tissu pulmonaire péribronchique et au niveau
des vacuoles, la valeur de ce signe, habituellement lié à la respiration soufflante, ne saurait être contestée. Les conditions pratiques les plus fréquentes dans lesquelles on rencontre la bronchophonie sont : la pneumonie comme maladie aiguë, et I'infiltration tuberculeuse comme maladie chronique. Plus rarement des tumeurs, infiltrant aussi le tissu pulmonaire, sont l'origine de ce signe, de même que l'induration qui entoure certaines dilatations des bronches. En dehors de ces condensations du tissu pulmonaire qui produisent une bronchophonie des mieux caractérisées, il en est de bien moindres dues à la congestion ou au refoulement du poumon. Dans les cas de ce genre, il ne faut pas attribuer la bronchophonie à l'une des lésions plus graves que j'ai rappelées tout à l'heure. Dans tous les cas on devra éviter la confusion que l'on pourrait faire d'une bronchophonie morbide avec le retentissement exagéré de la voix que l'on rencontre assez fréquemment au sommet du poumon droit, et qui est attribué à la longueur moindre et au plus grand diamètre de la bronche droite principale, I comparée à la bronche gauche.
2° Voix caverneuse OU pectoriloquie. — Cette modification morbide de la voix a été signalée par Laennec, mais niée par Skoda comme n'étant pas une altération spéciale de la voix thoracique. Il faudrait, suivant ce dernier observateur, rapprocher la pectoriloquie de la bronchophonie, dont elle ne serait qu'un degré plus prononcé.
Nous avons déjà fait justice, à propos de la percussion (p. 43), du raisonnement qui consiste k nier des types dans les phénomènes acoustiques, sous le prétexte que, dans chaque ordre de phénomènes, il y a une sorte de fusion insensible et graduée d'un extrême à l'autre, suivant les
sujets. .
On pourrait nier de la sorte qu'il existe des types dans les