‹ Traité théorique et clinique de percussion et d’auscultation, avec un appendice sur l'inspection, la palpation et la mensuration de la poitrineChapitre 46 sur 151 · VOIX CAVERNEUSE · texte numérisé non relu

VOIX CAVERNEUSE

dilatation des bronches dans certains cas. Aussi la localisation au sommet des poumons des dilatations bronchiques peut-elle faire croire à une phlhisie pulmonaire.

La voix caverneuse existe encore, dans des cas rares, mais utiles à connaître, parce qu'ils ont été bien constatés : je veux parler de ceux dans lesquels il n'y a pas d'excavation pulmonaire. Ce sont les mêmes que les faits dans lesquels se produit en même temps la respiration caverneuse, et dont j'ai précédemment parlé (p. 218).

Pectoriloquie aphonique, bruit de chuchotement. ~ Lorsqu'un malade est aphone ou parle à voix basse, sa voix est quelquefois entendue à l'auscultation de la poitrine, comme si elle se produisait sous l'oreille de l'observateur, avec son caractère de chuchotement. Ce phénomène se produit habituellement dans les mêmes conditions que la pectoriloquie ordinaire, soit au moment de l'articulation de la voix chuchotée, soit sous forme de voix soufflée dont il est question plus loin.

C'est surtout comme signe distinctif des épanchemenls séreux ou purulents que la pectoriloquie aphonique a été signalée. Je me contente ici de cette simple mention, en renvoyant à l'article Pleurësie de la seconde partie, l'exposé de cette intéressante question posée par le professeur Baccelli, de Rome, et diversement jugée par Noël Gueneau de Mussy et par d'autres observateurs.

3° Égophonie. — Les modifications morbides de la voix thoracique qui précèdent sont, à vrai dire, des modifications d'intensité de la voix thoracique normale plus ou moins exagérée. L'égophonie, comme les variétés qui suivent, est le résultat d'une modification plus accentuée et plus profonde. 1

Caractères. - Ils ont été tracés de main de maître par

Laennec, et je ne saurais mieux faire que de reproduire sa description. « L'égophonie simple, dit-il, consiste dans une résonnance particulière de la voix qui accompagne ou suit l'articulation des mots : il semble qu'une voix plus aiguë, plus aigre que celle du malade, et en quelque sorte argentine, frémisse à la surface du poumon; elle paraît être un écho de la voix du malade plutôt que cette voix elle-même; rarement elle s'introduit dansle tube du stéthoscope, et presque jamais elle ne le traverse complètement. Elle a d'ailleurs un caractère constant, d'où j'ai cru devoir tirer le nom du phénomène : elle est tremblotante et saccadée comme celle d'une chèvre, et son timbre, d'après la description que nous venons de donner, se rapproche également de la voix du même animal. Lorsque l'égophonie a lieu dans un point voisin d'un gros tronc bronchique et surtout vers la racine du poumon,' elle se joint souvent à une bronchophonie plus ou moins marquée. La réunion des deux phénomènes présente des variétés nombreuses et dont on peut se faire une idée exacte en se rappelant les effets que produisent 1° la transmission de la voix grave à travers un porte voix métallique ou un roseau fêlé; 2° l'effet d'un jeto placé entre les dents et les lèvres d'un homme qui] parle, 3° le bredouillement nasal des bateleurs qui font parler 1 fameux personnage de tréteaux connu sous le nom de Po Uchinelle. Cette deuxième comparaison est souvent de la plus parfaite exactitude, surtout chez les hommes cà voi|

un peu grave...

* Le chevrotement qui constitue l'égophonie semble l<* plussouvent tenir à l'articulation même des mots, quoique la voix qui sort de la bouche du malade n'offre rien de semblable. Mais quelquefois il en est tout à fait distinct, et l'ajj entend séparément, quoique dans le même inslant, la voix résonnante et le résonnement chevrotant et argentin; do manière que ce dernier semble se faire dans un point an

ÉGOPUONIE. -255

peu plus éloigné ou plus rapproché de l'oreille de l'observateur que la résonnance de la voix (!•). »

Je donne celle longue explication de Laennec pour bien montrer les caractères particuliers de l'égophonie, qui la différencient si nettement de la bronchophonie, quoique cette dernière coïncide assez fréquemment avec elle. Ce n'est pas sans surprise que l'on voit Skoda confondre les deux voix bronchophonique et égophonique, et refuser toute importance à l'égophonie en auscultation. Il suffit néanmoins de lire avec attention la critique du professeur allemand, pour voir qu'il oublie d'y rappeler les caractères les plus nets de l'égophonie donnés par Laennec.

Il aurait dû s'arrêter, en effet, à ces données caractéristiques de la voix aiguë, chevrotante, comme confinés dans le lointain, et que Laennec dénomme égophonie, au lieu d'insister sur la coïncidence assez fréquente de cette égophonie avec la bronchophonie, pour en faire une confusion absolue, et en arriver à celle conclusion singulière que l'égophonie n'est qu'une bronchophonie. Il oublie que la bronchophonie a toujours un ton remarquable par sa gravité, tandis que l'égophonie franche est tout aussi remarquable et distincte par son acuité.

L'égophonie reste donc fixée à la place que lui a donnée Laennec, parmi les plus remarquables modifications morbides de la voix thoracique. On peut ajouler aux caractères si exacts qu'en a donnés Laennec, un caractère précis qui distingue l'égophonie de la bronchophonie; c'est que l'égophonie franche coïncide avec l'abolition du frémissement vibratoire à l'application de la main, dans la région où elle est perçue, tandis que la bronchophonie s'accompagne de l'exagération des vibrations thoraciques, et qu'enfin, lorsqu'il y a broncho-égophonie, il y a toujours des vibrations atténuées, mais réelles, en rapport avec la coïncidence des (I) Laennec, Traité d'auscultation, t. I, p. 70, 71.

deux voix anomales combinées. Celle preuve de leur enlilé distincte me paraît péremptoire. Enfin, j'ai constaté quelquefois avec l'égophonie, et jamais avec la bronchophonie, une voixglottique tremblotante, s'arrêtant comme épuisée, comme si l'air manquait. C'est chez les femmes que j'ai rencontré ce signe; leur voix aiguë et grêle, si souvent sans retentissement intra thoracique naturel, se prête plus facilement à la production de ce caractère de la voix parlée, comme à la manifestation de l'égophonie franche.

Conditions organiques et physiques. — On a beaucoup disserté sur la cause du caractère égophonique si remarquable de la voix. Pour Laennec, l'égophonie est l'indice constant de la présence d'une petite quantité de liquide dans la plèvre, et elle se montre surtout au début delà pleurésie avec épanchement. Les recherches faites depuis la publication de ses travaux, ont semblé fournir des exemples de ce phénomène, dans lesquels l'épanchement intrapleural faisait défaut; mais il faut reconnaître qu'il reste quelque doute sur la valeur réelle de cette interprétation. Les faits les plus probants de la production de l'égophonie sans épanchement sont fort rares; je n'ai rencontré ce signe que dans deux faits de congestion pulmonaire en l'absence de tout épanchement, ainsi que le montra la nécropsie (4). De son côté, Lanclouzy a cru que l'égophonie pouvait persister après la guérison de la pleurésie, en l'absence de tout liquide épanché; mais le fait sur lequel il s'est appuyé n est nullement probant, puisqu'il s'agit simplement de la constatation de l'égophonie immédiatement après une opération de thoracentèse, et que l'on peut être certain de ne jamais évacuer complètement, parla ponction, la cavité pleurale du liquide qu'elle contient.

L'existence de l'égophonie dans la pleurésie avec epan-

(1) Traité clinique des maladies aiguës des organes respiratoires, 1872, p. 297.

ËGOPHONIE. 257 chement, où je l'ai constatée dans la moitié des faits que j'ai observés, montre bien que l'épancheraent n'est pas indifférent à sa production, puisque les autres conditions de la pleurésie, le retrait ou la compression du poumon par exemple, ne produisent pas ce signe lorsqu'on le rencontre dans d'autres maladies.

Reynaud, disciple de Laennec, considérait l'égophonie comme une bronchophonie entendue à travers une couche de liquide plus ou moins épaisse (1). Il se basait sur ce que, en faisant coucher sur le ventre ou fortement pencher en avant [et en bas un malade égophone, non-seulement il avait cessé d'entendre l'égophonie dans l'espace interscapulaire, mais il avait perçu à sa place une bronchophonie manifeste. Nous ferons remarquer qu'il se passe ici un fait analogue en avant sous la clavicule, dans la station droite, quand le sommet du poumon émerge au-dessus du liquide^ qui n'est plus interposé entre le poumon et les parois thoraciques. La manière de voir de Reynaud n'est donc pas justifiée; car il n'est pas sûr que la bronchophonie se produise de même dans la partie du poumon située sous le liquide.

Comment concevoir physiquement l'origine de l'égophonie ? Laennec l'a attribuée « à la résonnance naturelle de la voix dans les rameaux bronchiques, transmise par intermédiaire d'une couche mince et tremblotante de hqu.de épanché, et devenue plus sensible en raison de la compression du tissu pulmonaire, qui le rend plus dense que dans l'état naturel et par conséquent plus propre à transmettre les sons». Laennec rappelle à l'appui de son opinion que les points où s'observe l'égophonie sont ceux qui correspondent à la partie supérieure de l'épanchement et aux endroits où il a le moins d'épaisseur, ce qui a été maintes fois constaté.

(1) Reynaud, Journal hebdomadaire de méd., décembre 1829.

Skoda a combattu l'explication de Laennec, qui s'appuie sur l'aplatissement des tuyaux bronchiques et sur l'interposition d'une couche mince de liquide entre le poumon et la paroi thoracique. N'admettant pas que l'égophonie existe Skoda ne cherche pas d'explication meilleure. Son objection contre l'existence de l'égophonie consiste à dire que l'on constate un signe analogue dans la pneumonie simple, où il ne serait qu'une bronchophonie aigre. Mais cette objection n'a aucune valeur; car il est bien reconnu aujourd'hui que, dans toute pneumonie aiguë franche, il y a un certain degré de pleurésie, et par conséquent qu il y a au moins quelquefois un léger épanchement concomitant dans la plèvre correspondante; qu'il y a toujours, en un mot, pleuropneumonie. .

Dans l'explication physique de l'égophonie, il faut d abord songer au caractère comme lointain de la voix, qui ne semble pas être transmise directement à l'oreille. On doit en tirer la conséquence que l'arbre aérien n'a pas sa beance normale. Et en effet, dans la pleurésie avec un léger épanchement, le poumon a subi un retour manifeste sur lu même, qui a diminué cette béance et empêche par conséquent la transmission facile de la résonnance vocale. De plus, par le fait d'un léger retour dupoumon sur lui-même, il v a une diminution de la tendance au vide, ce qui donne lieu à une sorte de tremblotement du poumon au niveau de la couche peu épaisse du liquide, au moment des oscillons Aratoires vocales, de même que le ^ tremble tem en du jeton placé entre les lèvres et les dents (1). Je ne trouve dans l'œuvre du professeur de Vienne aucune preuve contraire-à cette manière de voir.

Signification. - Après ce que je viens de dire de .caractères et du mode de production de l'égophonie, j ai peu M ) Voyez la note d'Aran dans sa traduction de l'ouvrage de Skoda , à pro poi Lscultation delà voix, et en particulier de l'egophome, p. I

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