‹ Traité théorique et clinique de percussion et d’auscultation, avec un appendice sur l'inspection, la palpation et la mensuration de la poitrineChapitre 71 sur 151 · BRUITS MORBIDES. 3G · texte numérisé non relu

BRUITS MORBIDES. 3G

bruits du cœur, qui sont transmis par propagation, par l'intermédiaire de l'ondée sanguine et sans doute aussi par les parois artérielles. — Les bruits sont seulement plus faibles qu'au niveau du cœur, mais ils offrent les mêmes caractères : le premier bruit est sourd et grave, le second clair etaigu. Ce retentissement des bruits normaux du cœur peut être aussi fort qu'au niveau même du cœur, dans les excitations des mouvements cardiaques se traduisant par des palpitations plus ou moins violentes.

Caractères des bruits morbides. — Ces bruits morbides sont de deux sortes : il y d'abord le bruit de choc, quand l'aorte a une expansion brusque et puissante, et des bruits de souffle.

Le choc perçu au niveau de l'aorte a un caractère expansif remarquable, que l'on observe dans les cas d'ANÉvrysmes aortiques. Cette expansion se révèle à l'auscultation par une sensation particulière, difficile à décrire, mais qu'on n'oublie plus lorsqu'une fois on l'a perçue! Cette expansion peut d'ailleurs se manifester par le soulèvement local, à chaque systole cardiaque, d'un espace intercostal du côté droit contre le sternum, au niveau de l'aorte dilatée ou anévrysmale ; plus rarement à gauche de cet os , ou au-dessus de la fourchette du sternum. L'expansion peut être sentie à la palpation dans ces différents points; ou bien elle est visible, comme elle l'est aussi au niveau d'une tumeur anévrysmale qui a corrodé les parois thoraciques, en faisant au dehors une saillie caractéristique , lorsque cette saillie présente des battements arec l 'expansion dont je m'occupe.

m Les souffles perçus, lorsqu'il existe un anèvrysme aortique, sont simples ou doubles. Mais il faut distinguer ceux qui résultent de la transmission des bruits normaux au cœur, et ceux qui naissent au niveau même de la tumeur. Suivant Luton, la transmission a lieu lorsque les

tumeurs sont voisines du cœur et encombrées de caillots sanguins, et parfois les deux bruits sont plus énergiquement accusés 'qu'au niveau du cœur (1). Les bruits anomaux se produisent dans la tumeur même, au niveau de son orifice de communication avec l'aorte. Ce sont des souffles, des murmures et des bruissements particuliers; le souffle est doux si l'orifice est uni; rude, râpeux, s'il est inégal. Le premier bruit de souffle correspond à la contraction du cœur et à la dilatation ou diastole de la tumeur. Le second souffle, plus rarement constaté que le premier, est dû à la sortie de la tumeur, au moment du retour sur elle-même, de la pocbe anévrysmale d'abord distendue; il y a alors une sorte de régurgitation. Le second souffle peut disparaître s'il y a \in anévrysme vrai, c'est-à-dire une dilatation de l'aorte sans le sac de l'anévrysme. On observe ordinairement un signe concomitant remarquable perçu à l'auscultation, et surtout à l'application de la main ; c'est un frémissement vibratoire plus ou moins accentué, auquel Laennec a donné la dénomination très-juste de frémissement cataire (thrill des Anglais), que l'on observe fréquemment aussi avec des lésions cardiaques des orifices.

Conditions organiques et physiques. — La production des souffles de l'aorte a deux origines. La première comprend des lésions matérielles comme pour le cœur, lésions qui sont dues à deux causes particulières, les athéromes et les anévrysmes; les autres, encore mal expliquées, sont étrangères à des lésions matérielles. En un mot il y a ici, comme pour l'organe central de la circulation, des souilles organiques et inorganiques, ces derniers rentrant dans les conditions des souffles inorganiques cardiaques (v. p. 351). — On a donné de la production physique de ces souffles la même explication que pour les bruits

(1) Lulon, Article aorte du Nouveau dictionnaire de méd. el de chinwjie, t. II, p. 771.

Page 1