‹ Traité théorique et clinique de percussion et d’auscultation, avec un appendice sur l'inspection, la palpation et la mensuration de la poitrineChapitre 72 sur 151 · BRUITS MORBIDES · texte numérisé non relu

BRUITS MORBIDES

cardiaques anomaux. Je n'ai donc pas à m'y arrêter ici.

Quant à la signification des souffles aortiques, lorsqu'ils ne sont pas l'extension d'un souffle produit au cœur au niveau de l'orifice de l'aorte, et qu'ils en sont bien distincts, on doit les attribuer à un anévrysme ou à une dilatation morbide de l'aorte.

2° Souffles dans les artères secondaires. — Ail niveau

des artères carotides ou des crurales, plus* rarement au niveau des artères sous-clavières, toutes assez superficielles pour être abordées par le stéthoscope, et assez volumineuses pour donner lieu à la production de bruits morbides, on perçoit des souffles importants à bien connaître.

Gomme ceux entendus au niveau de l'aorte, ce sont des bruits de retentissement de ceux du cœur, ou des souffles locaux dus à une compression par une tumeur ou par le stéthoscope, ou dus à un anévrysme de l'artère. Les bruits de propagation s'observent au niveau des artères voisines du cœur, les carotides ou les sous-clavières, plus rarement dans les crurales. Ils sont la reproduction des bruits normaux, ou l'extension du souffle du rétrécissement de l'orifice aorlique, de Y insuffisance du même orifice et de Vanémie. En tous cas, les souffles sont ordinairement simples, sauf dans le cas de rétrécissement mitral, qui s'accompagne, suivant Duroziez, d'un souffle double au niveau de l'artère crurale.

Art. 2. — Souffles extra-artériels.

De même que le cœur produit des souffles pulmonaires par refoulement rapide du tissu du poumon, de même l'expansion diastolique de l'aorte et des gros vaisseaux en contact avec le poumon, peut aussi produire des souffles analogues.

En 18G0, j'ai eu à examiner un étudiant allemand, affecté

d'une énorme dépression thoraciqueantérieure (1), chez lequel, ainsi que le monlre la coupe schématique ci-contre (fig. 63), l'aorte descendante étaitrefoulée à gauche derrière le poumo/i de ce côté par le fait de la déformation. La position de l'aorte à ce niveau était révélée par l'auscultation, qui faisait nettement percevoir des battements uniques et isochrones à l'impulsion du cœur. Ces battements, plus

Fig. 63. — Coupe horizontale de la poitrine au niveau de la déformation. — a. Fonds delà dépression antérieure; - &. Épine vertébrale; - c. Aorte déviée.

rapprochés supérieurement de la colonne vertébrale, étaient éloignées de six centimètres en dehors de l'épine, à la hauteur de la dixième apophyse dorsale. A ce niveau de son plus grand éeartement, et à ce niveau seulement, correspondant à la plus grande profondeur de la dépression antérieure, on percevait deux bruits particuliers, manifestement pulmonaires. Dans l'inspiration, le bruit respiratoire était renforcé et comme soufflé au moment de chaque battement artériel, qui lui-même avait un caractère granuleux, appréciable dès que le sujet suspendait sa respiration.

Ce souffle,- isochrone, à la diastole du tronc aortique, se produisait évidemment dès que la distension inspiratoire du

(]) Rapport sur un cas de difformité thoracique considérable, avec déplacement inoffensif de plusieurs organes et signes f^oscopqm particuliers. (1860, Bulletin de la Société des hôpitaux, t. IV, p. -

poumon faisait mieux appliquer cet organe contre l'artère, en même temps qu'elle agrandissait les vides aériens. Le caractère granuleux du battement aortique me paraît devoir être rapporté au frôlement de l'aorte contre le tissu pulmonaire dans la systole.

La même année Richardson a cité un fait de « crépitation pulmonaire pnlsative », perçu à gauche de la colonne vertébrale, à la base du poumon, synchrone à la systole cardiaque et au battement du pouls, et entendu aussi seulement pendant l'inspiration (1). C'était évidemment un murmure pulmonaire extra-aorlique. Je ne connais pas d'autres faits que je puisse rapprocher des deux précédents. Choyau, dans son excellente thèse (2), n'en rapporte pas d'autres.

En dehors de l'aorte, ce sont surtout les artères sousclavières qui sont en rapport de contiguïté avec le sommet des poumons, et qui peuvent produire des soufles pulmonaires par refoulement. En 1868, j'ai rencontré chez un phthisique de l'hôpital Necker, un souffle ainsi produit par la sous-clavière gauche.

Richardson a signalé sous le nom de murmure sous-claviculaire, un groupe de bruits qui, suivant la juste remarque de Choyau, comprennent des murmures veineux ou artériels des vaisseanx sous-claviculaires, des bruits dus à la compression du parenchyme pulmonaire par les gros vaisseaux artériels au moment de leur diastole.

Toutefois, aucun fait de souffle artério-pulmonaire, perçu sous la clavicule, n'a été publié, en dehors de celui que j'ai observé cà l'hôpital Necker en 1868, chez un phthisique, et que j'ai publié en 1871 (3). C'était un jeune homme qui

(1) Pdchardson, Bruits entendus à l'auscultation, et produits par l'action du cœur sur le poumon (Médical Times, 18GU).

(2; P. Choyau, des bruits pleuraux et pulmonaires dus aux mouvements du cœur (Thèse, 1869] .

(3) Traité des maladies aiguës des organes respiratoires, p. 304.

était arrivé à la dernière période de sa maladie. Il présentait un souffle mélangé de râles humides sous les deux clavicules. Sous la gauche, le bruit respiratoire était saccadé régulièrement par le renforcement du souffle. En tàtant le pouls pendant l'auscultation, je constatai que les saccades étaient isochrones aux pulsations artérielles. J'expliquai dès lors ce bruit anomal intermittent par la compression d'une caverne par l'artère sous-clavière. Je pus en effet constater,, la mort étant survenue quelque temps après, qu'il existait une caverne superficielle en rapport avec cette artère au sommet antérieur du poumon (fig. 64, a) ; mais cette caverne avait la forme d'une gourde, comme le montre celte figure, et l'air comprimé pendant l'auscultation artérielle produisait un souffle par son passage dans l'arrière cavité b à travers la partie rétrécie intermédiaire c.

On se demande si l'on n'a pas pris quelquefois ce phénomène d'auscultation pour de la respiration dite saccadée. Déjà la confusion n'est faite avec le bruit de frottement, et Potain a signalé une nouvelle source d'erreur dans des bruits extra-cardiaques sous-claviculaires. L'existence du bruit respiratoire véritablement saccadé dû à une lésion pulmonaire, présente, donc des conditionsde plus en plus limitées.

Fig. 64.

BRUITS VEINEUX

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