‹ Traité théorique et clinique de percussion et d’auscultation, avec un appendice sur l'inspection, la palpation et la mensuration de la poitrineChapitre 83 sur 151 · IV. - AUSCULTATION D'AUTRES PARTIES DU CORPS · texte numérisé non relu

IV. - AUSCULTATION D'AUTRES PARTIES DU CORPS

On n'a pas seulement eu recours au mode d'exploration qui nous occupe pour la poitrine et [pouf l'abdomen. On a voulu utiliser l'emploi de l'auscultation pour l'exploration de la tête et des membres, sans être parvenu encore, il faut le reconnaître, à des résultats importants. Toutefois les études faites, et l'intérêt qui s'y rattache, obligent a bien connaître les résultats acquis, comme pouvant servir de point de départ à de nouvelles recherches.

Art. i, Auscultation de la tête.

Elle a été appliquée au crâne et aux diverses cavités naturelles de la face. C'est dans cet ordre que je crois devoir

en exposer l'étude.

Le docteur Fisher, de Boston, commença ses recherche* dès 1833 et après lui Whitney (1843), Henmg (185o), publièrent des travaux é.endus (1); mais c'est surtov i à H Roger que l'on doit le travail le plus important et le p us récent sur l'auscultation de la tête, ou plutôt du crâne (2)

(1) Fisller : Mémoire inséré dans ^TilT- eJSZm science août 1838. - Whitney, même journal, 1843. L pTcîc : ArcHv fur pkysiologiscke le Mémoire,

dcc sur ce mémoire.

Ce mémoire, basé sur près de trois cents observations, fait justice des erreurs produites, et établit la valeur réelle, mais bien limitée, de ce mode d'auscultation.

L'auscultation du crâne, qui n'est guère utile que chez les enfants, peut être médiate ou immédiate. Pratiquée dans les différents points de la tête, elle fait entendre des bruits normaux nécessaires à connaître. Ces bruits normaux perçus par transmission sont :

1° Le bruit respiratoire dû à la circulation de l'air dans les fosses nasales (bruit céphalique de la respiration, de Fisher), très-intense, très-rude, analogue au murmure respiratoire laryngé, quelquefois sibilant ou bulleux, lorsque la pituitaire est épaissie ou tapissée de mucus. Les bruits de même nature produits dans le tube laryngo-trachéal sont également perçus.

2° Si l'enfant parle ou crie, la voix retentit également avec une très-grande force sous l'oreille de l'observateur; elle est perçante et semble sortir du crâne.

3° On entend de la même manière le bruit de la déglutition, et même celui de la succion chez les nouveau-nés.

4° Enfin on perçoit quelquefois le double battement du cœur, et par exception les souffles anomaux de cet organe.

Les bruits pathologiques perçus se réduisent â un seul signe constaté en dehors des bruits précédents. C'est le souffle céphalique, caractérisé par un souffle systolique ventriculaire plus ou moins net, généralement doux. Il est considéré comme dépendant d'une affection cérébrale par Fisher et par Whitney; tandis qu'il est au contraire envisagé comme appar tenant plutôt à l'état sain par Hennig. La vérité n'est ni dans l'une ni dans l'autre de ces conclusions, comme l'a démontré Henri Roger.

Un" premier fait bien positif, c'est que le souffle en question ne se constate que chez les enfants, contrairement à l'assertion des médecins américains. Ce sont en

WOILLEZ. a„

outre les enfants du premier âge qui offrent ce signe pathologique, et ils ne le présentent, selon H. Roger, qu'au niveau de la fontanelle bregmatique où est son maximum, et par exception à la fontanelle occipitale. Ce souffle, recherché sur quarante et un enfants du premier âge, bien portants, et par conséquent exempts de toute affection cérébrale, a manqué dans la majorité des cas; de plus il a été constaté par H. Roger d'une manière manifeste chez neuf enfants très-bien portants, âgés de six à vingt-deux mois, et chez lesquels l'ossification incomplète de la fontanelle a permis de constater le souffle céphalique avec les mêmescaractères que dans l'état pathologique.

Dans l'état pathologique, ce souffle, suivant les médecins américains, serait un signe de méningite; Fisher en cite quatre exemples, et Whitney trois; mais aucun observateur après eux n'a vérifié cette coïncidence du souffle encéphalique dans la méningite, ni même dans les autres affections cérébrales, Y hydrocéphalie aiguë ou chronique par exemple (1). Mais en revanche on trouve le souffle plus fréquemment dans le rachitisme, où il a été signalé par Ril- Het et Barthez (2), que dans toutes les autres maladies del'enfance; et l'on peut en dire autant de Y anémie, comme l'a démontré H. Roger. Ce dernier observateur a vérifié les recherches de Rilliet et Barthez, en trouvant le souffle chez trente-sept rachiliques sur soixante et onze, dans plus dela moitié des faits par conséquent, et il l'attribue à l'anémie, comme dans les cas d'anémie due à toute autre cause.

La cause physique des bruits normaux perçus par l'auscultation du crâne est la transmission de ces bruits à travers les solides intermédiaires. La preuve en est dans la

m On n'a pu rencontrer non plus ni Végophonie cérébrale ni le frémissement cataire, que Whitney dit avoir constatés : ^ Prétendue égophonie dans l'hydrocéphalie, et le frémissement dans 1 anéwysmeries artères de la base du cerveau.

(2) Traité clinique des maladies des enfants. T. II, 2" édition.

CRANE. 399 nature même de ces bruits, qui se produisent dans les fosses nasales, dans la bouche et le pharynx, dans le tube trachéo-laryngien, ou même au niveau du cœur, dont le double battement a été une fois perçu.

Quant au point de départ du souffle, il est difficile a expliquer. On en a cherché l'origine dans les artères de la base du cerveau, mais aussi dans les veines intra-craniennes, sans que la question ait pu être élucidée. Ce souffle étant le plus souvent lié à l'anémie, il est plus naturel de penser qu'il n'est que la transmission du souffle anémique carotidien, ou du souffle veineux intermittent du cou; car une fois on a trouvé le souffle céphalique continu. H. Roger, tout en rattachant les souffles encéphaliques à l'altération anémique du sang, considère l'explication physique du mécanisme des bruits comme étant impossible dans l'état de la science.

La signification du souffle céphalique donnée par Fisher et Whitney ne saurait être acceptée. Loin d'admettre que toutes les affections cérébrales le produisent, ce qui d'ailleurs lui ôterait tout intérêt distinctif, on doit reconnaître, d'après les recherches ultérieures, qu'il n'a aucune valeur comme signe dans les maladies, même dans la méningite et I'hydrocéphalie, affections sur lesquelles nos conîrères d'outre-mer avaient insisté. La valeur de ce souffle ne paraît pas contestable dans I'anémie, d'après H.Roger; mais les autres signes de cette affection sont assez nets pour n'avoir pas à se compléter par l'auscultation delà tête, qui n'est d'ailleurs pas toujours facile chez les jeunes enfants. II n'y a qu'une autre maladie due à l'altération du sang et dont le diagnostic peut être éclairé par ce moyen, c'est le rachitisme, dans lequel, nous l'avons vu, le souffle céphalique est très-fréquent. Et comme ce souffle est au contraire très-rare dans l'hydrocéphalie son existence chez l'enfant dont le volume de la tête est'evi

géré, devra faire croire au rachitisme, ainsi que l'ont fait remarquer Rilliet et Barthez (1).

C'est à la distinction diagnostique des deux maladies dont il vient d'être question, que doit se limiter l'emploi de l'auscultation du crâne, malgré les laborieux travaux dont elle a été l'objet.

g 2. — AUSCULTATION DES CA.V1TÉS NATURELLES DE LA FACE.

L'auscultation a été employée pour explorer les divers sinus et certains conduits de l'appareil auditif.

A. Sinus. — On a pensé que le stéthoscope pourrait être utile au diagnostic des engorgements muqueux ou purulents dans les divers sinus de la face : les sinus frontaux et ethmoïdaux, et les sinus maxillaires. On s'est base sur ce fait que, le stéthoscope étant appliqué sur les bosses sourcilières et à la racine du nez, on perçoit le bruit de j pénétration de l'air dans les sinus frontaux et ethmoïdaux; . tandis que, si l'on ausculte au niveau des pommettes ou sur l'arcade dentaire supérieure, on entend l'air qui pénètre dans les sinus maxillaires. Néanmoins, jusqu'à présent, ce mode d'auscultation n'a pas eu d'applications utiles.

B Appareil auditif. - Laënnec a démontre la possibilité de percevoir des bruits produits dans les diverses cavités de l'appareil de l'ouïe. Cela pouvait avoir de 1 importance pour reconnaître par l'auscultation l'état d'obhterat.oj ou de perméabilité de la trompe d'Eustache, et par su.lc pour l'élude de certaines surdités qui en dépendent P Ménière père a constaté que la pénétration active de l a dans la caisse du tympan, par la trompe, ne pouvait lieu par les mouvements d'inspiration et d expiration, mais seulement par les mouvements de déglutition, et en même

(1) Ouvrage cité. T. II, p. 158.

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