‹ Traité théorique et clinique de percussion et d’auscultation, avec un appendice sur l'inspection, la palpation et la mensuration de la poitrineChapitre 89 sur 151 · INSPECTION DE LA POITRINE · texte numérisé non relu

INSPECTION DE LA POITRINE

L'inspection de la poitrine a été utilisée par Laënnec, qui a signalé les modifications importantes de la forme du thorax dans diverses maladies, et principalement dans la pleurésie, Je pneumothorax et l'emphysème pulmonaire. Mais après lui l'inspection de la poitrine n'avait été l'objet d'aucun travail spécial, lorsqu'en 1835 et 1838 je publiai le résultat de mes recherches (1). Malgré la faveur avec laquelle on voulut bien les accueillir, on n'en continua pas moins à conserver beaucoup d'erreurs que je croyais avoir détruites, et que l'on retrouve encore dans les publications les plus récentes.

L'inspection thoracique fournit à l'observateur deux genres différents de données ou signes, utiles au diagnostic et à la marche des maladies qui les produisent. Ces signes sont des anomalies sensibles à la vue, soil de certains mouvements fonctionnels, soit de la conformation de la poitrine.

Les premières résultent de l'accomplissement des mouvements mécaniques de la respiration et des pulsations visibles du cœur, de certains vaisseaux, ou de tumeurs locales. Le second genre d anomalies visibles consiste en saillies ou dépressions particulières, modifiant la configuration du thorax, soit localement, soit dans

S° AprèsTvoir décrit la méthode à suivre pour cette exploration j'en exposerai les résultats chez l'homme sain, puis dans letat pathologique.

m 1835 • Recherches sur la valeur diagnostique des déformations de^trXuUes par les maladies des ^ZjcZnTla Thèse inaugurale Paris, 1835. — Recherches sur l Inspection « «

de la percussion et de l'ausctiltalion, 1 vol. m-s , imb.

Art. 1er. Méthode à suivre pour utiliser l'inspection

de la poitrine.

La simple inspection de la partie antérieure de la poitrine suffit pour faire juger des mouvements fonctionnels extérieurs de la respiration ou des battements visibles du cœur ou des vaisseaux.

Pour juger de l'état des mouvements fonctionnels du thorax, on devra d'abord tenir compte de l'étendue, de la durée relative et du rhylhme des mouvements d'inspiration et d'expiration; on aura soin de les examiner, chez l'homme, dans toute la partie antérieure de la poitrine mise à nu, et principalement à la partie supérieure et inférieure du thorax. L'exploration devra s'effectuer, chez la femme, dans les régions supérieures, puis inférieures, exploration successive toujours facile, parfaitement suffisante, et qui n'obligera pas à découvrir complètement la poitrine, ce qui est souvent commandé par la plus simple convenance. Quant aux mouvements d'expansion, toujours plus ou moins limités, qui consistent en pulsations visibles des organes circulatoires, on aura surtout à déterminer leur siège, leur étendue leur intensité et leur rhythme.

Pour apprécier convenablement la configuration de la poitrine, il est indispensable que le malade soit placé dans une position favorable à l'exploration, à moins qu'il n'existe une déformation des plus prononcées, ce qui n'est pas l'ordinaire, ou une déformation très-limitée. En général, il faut une certaine attention pour constater les signes fournis par l'inspection de la poitrine et consistant en saillies ou en dilatations anomales, et plus rarement en dépressions manifestes : les unes et les autres plus ou moins étendues, et souvent appréciables seulement par la comparaison des deux côtés de la poitrine entre eux. C'est cette comparaison qui rend nécessaire une exploration méthodique.

On peut examiner le malade couché dans son lit, assis sur son séant, debout ou bien assis sur un siège. Dans ces différentes conditions il faut que Je tronc soit dans sa rectitude la tête droite, et que les bras soient abandonnés à eux-mêmes sur les côtes. Si le malade est couché sur le dos, position qui ne permet d examiner que les régions antérieures, du a soin d'égaliser d abord le plan du lit sur lequel il repose. Après avoir constaté ] état des régions moyennes (sternale en avant, spinale en arrière)

-on compare les régions latérales correspondantes en se plaçant en face, et l'on reconnaît ainsi les défauts de symétrie, soit dans le relief des parties, soit dans leur niveau respectif (épaules, mamelons), soit dans leur éloignement réciproque de la ligne médiane (régions inférieures cl externes).

Art. 2. — Résultats de l'inspection de la poitrine dans l'état physiologique.

g l°r. — MOUVEMENTS RESPIRATOIRES.

Les mouvements respiratoires s'effectuent : l'inspiration, par le soulèvement des côtes et le refoulement simultané, par le diaphragme, des organes abdominaux qui font plus ou moins saillie au-dessous des côtes; l'expiration, par le retour de ces parties à leur position première. Ce mécanisme respiratoire est lent, gradué, régulier, et s'exécute au niveau des côtes dans toute la hauteur delà poitrine, où il constitue la respiration costale, qui est plus prononcée chez la femme que chez l'homme au niveau des côtes supérieures. C'est là que, chez elle, la dilatatalion habituelle est la plus forte. Cette expansion costale est égale des deux côtés et s'accompagne d'une dépression des espaces intercostaux plus grande que dans l'expiration, lnférieurement, l'expansion inspiratrice de la partie supérieure du ventre répond à la contraction du diaphragme (respiration diaphragmatique), et elle est également uniforme des deux côtés. — Quant aux mouvements pulsatifs du cœur et des gros vaisseaux intrathoraciques, ceux du cœur sont quelquefois visibles, mais seulement chez des sujets maigres, au niveau des espaces intercostaux gauches, contre le sternum, ou bien à la pointe de l'organe.

Telles sont les données physiologiques qu'il ne faut pas perdre le vue lorsqu'on examine la poitrine.

g 2. — CONFIGURATION PHYSIOLOGIQUE DE LA POITRINE.

Ayant fait la plupart de mes recherches sur l'inspection de la poitrine dans les hôpitaux, c'est-à-dire sur des individus de la classe ouvrière pour la plupart, je suis porté à croire que chez eux la conformation très-régulière du thorax est plus rare que chez les individus qui sont dans l'aisance. La plupart de

ceux qui m'ont présenté une poitrine très-régulière avaient moins de 30 ans, et aucun d'eux n'avait dépassé 60 ans.

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