V. au chap. iv
2. De même, l'ode 2 du livre II dans Ronsard, et certains vers de Rapin qu'on trouvera dans la satire Ménippce.
loin en loin le mètre de cinq syllabes dans des pièces isométriques. Citons de V. Hugo celle qui commence ainsi :
Quels sont ces bruits sourds ?
Ecoutez vers l'onde
Cette voix profonde
Qui pleure toujours, etc.
(Voix intérieures, xxiv.)
Quant aux combinaisons de différents mètres où entre ce vers, elles sont et ont toujours été assez rares. On le trouve dans certaines strophes des psaumes de Marot, dans quelques pièces de la Pléiade, dans les chœurs de Racine ^.
6. Le vers de six syllabes est quelquefois employé seul par nos anciens poètes. On le trouve, ainsi usité, dans le Bestiaire de Phil. de Thaun. Ex.:
Monosceros est beste
Un corn ad en la teste,
Pur ceo ad si a nun.
De bucele ad façun.
Par pucele est prise.
Or oez en quel guise.
Les trouvères, comme Thibaut de Champagne, ont fait dans ce mètre quelques chansons. Citons encore 0. de Saiut-Gelais, Ch. d'Orléans, Jean Marot, et même Cl. Marot dans quelques épigrammes ou épitaphes. Parmi les poètes de la Pléiade, du Bellay a composé une de ses pièces les plus connues en vers de six syllabes :
A vous, troppe légère,
Qui d'aile passagère
Par le monde volez,
Et d'un sifflant murmure
L'ombrageuse verdure
Doucement ébranlez, etc.
Ronsard a adopté ce mètre pour certaines de ses odes. Baïf en a fait un usage assez fréquent. Nos poètes contemporains l'ont heureusement employé. Citons, par exemple, la Captive de Victor Hugo [Orientales).
\. V. chapitre iv.
Le vers de six syllabes se trouve plus fréquemment encore dans les combinaisons de mètres divers, depuis les origines mêmes de notre poésie. Rappelons l'ode de Ronsard à A. Chasteigner(liv. 1, 19), celle de Malherbe à Duperrier, les strophes bien connues de Bertaut :
Félicité passée Qiii ne peux revenir, Tourment de ma pensée, Que n'ai-je, en te perdant, perdu le souvenir !* etc.
Les poètes du xix^ siècle ont fait grand usage de l'hexasjllabe dans les strophes hétérométriques, comme on le verra plus loin.
7. Le vers de sept syllabes n'est pas moins ancien que celui de six : notre poésie du moyen âge l'emploie dans les chansons, les lais et les dicts. Amie, je vous salue En mon lai premièrement Douce amie, mon salu Prenais a commencement ; etc.
(Lais du Chicvrefuel.)
Thibaut de Champagne et d'autres trouvères s'en sont servis ; de même, Alain Chartier, J. Marot, Ch. d'Orléans, dont on cite la pièce suivante :
Crié soit à la clochette
Par les rues, sus et jus,
Fredet, on ne le voit plus ;
Est-il mis en oubliete ? etc.
Christine de Pisau a composé dans ce mètre le Dict de la Pastoure. Les poètes de la Pléiade en ont fait un très fréquent usage ; on le voit souvent adopté par Ronsard dans ses odes, quelquefois dans ses hymnes : citons, parmi ses pièces les plus connues, l'Amour et rAbeille. Du Bellay, Pontus, Belleau, la plupart de leurs contemporains, ont cultivé l'heptasyllabe. Malherbe s'en sert dans son Ode au roy Henry le Grand. Plus tard, La Fontaine l'emploie pour quelques fables : le Rat de ville et le rat des champs ; Jupiter et les tonnerres ; le Combat des i^ats et des belettes, et aussi pour son imitation de V Amour mouillé^ d'Anacréon, etc. Au
DE VEBSIFICATION FRANÇAISE 39
xvni« siècle, Chaulieii, J.-B. Rousseau, d'autres encore, s'en sont servis. Nos poètes contemporains ne le cultivent guère : on trouve pourtant quel(|ues pièces de ce mètre dans les Orientales, les Chants du crépuscule, les Voix intérieures.
Mêlé à des vers d'autre mesure, l'iieptasjllabe a toujours été fort employé, depuis nos anciens trouvères. Contentons-nous de rappeler ici la pièce de Belleau en l'honneur d'Avril.
8. Le vers de huit syllabes est, avec le décasyllabe et l'alexandrin, le plus ancien de nos mètres. On le trouve d'ailleurs en latin dès le v^ siècle. Ex.:
Quid num sibi saxa cavata, Quid pulcra volunt monumenta, Res quod nisi creditur illis Non mortua, sed data somno.
(Prudbntius.)
C'est le mètre de la Passion du Christ et de la Vie de saint Léger, Plus tard, l'octosyllabe fut employé comme vers épique : il est rare dans l'épopée carlovingienne, mais c'est le mètre favori de l'épopée bretonne, et il joue aussi le plus grand rôle dans l'épopée antique. Dès le x« siècle, nous avons un poème d'Albéric de Besançon sur Alexandre en strophes octosyllabiques monorimes. Le Brut est, tout entier, en octosyllabes ; le Roman de Rou emploie d'ordinaire ce même mètre. Benoît de Sainte-More, le plus illustre représentant du cycle antique, a composé plus de 80,000 vers de cette mesure. Le seul Roman de Troie en renferme 30,108. Au xiii^ siècle, l'octosyllabe est le vers le plus usité dans les poèmes satiriques et allégoriques, et cette vogue dure jusqu'au xvi^ siècle. Le Roman de Renart et le Roman de la Rose sont en vers de huit syllabes. Les mystères, moralités, farces, soties, emploient aussi ce mètre : il suffit de rappeler la Farce de Patelin, C'est encore la mesure favorite des fabliaux; enfin, il est, la plupart du temps, appliqué à la poésie didactique et morale : citons, au \u^ siècle, les Enseignements
'ô TRAITE THEORIQUE ET HISTORIQUE
"^réhor; deux poèmes du Reclus de Moliens, le Miserere et le Roman de charité ; certains bestiaires ; la traduction de Végèce par Jehan Priorat, etc.
Au xvi^ siècle, Mellin de Saint-Gelais et Marot ont peu employé l'octosyllabe ; ce dernier s'en est pourtant pprvi dans quelques épitres.
Avec la Pléiade, le vers de huit syllabes est d'un t"ès fréquent usage. Du Bellay, Ronsard, Baïf, Magny, "^amyn s'en servent fort heureusement. Rappelons l'ode si connue de Ronsard :
MignoDne, allons voir si la rose, etc.; celle de Belle au sur Amour picqué d'une mouche à miel; le poème de Baïf sur les Roses, etc. La comédie adopte aussi cette mesure.
Malherbe use de l'octosyllabe dans certaines odes, en particulier celle .Swr Vattentat commis en la personne de Henry le Grand. Plus tard, La Fontaine s'en sert pour quelques fables, notamment celle du Statuaire. Au xviii^ siècle, il est employé par Bernis, Chaulieu, Voltaire, Gresset, M.-J. Chénier, J.-B. Rousseau, Lefranc de Pompignan. Nos poètes contemporains l'ont manié avec une merveilleuse science dii rythme. Citons de V. Hugo l'ode à David, dans les Peuples d'automne, et, dans les Châtiments, le Manteau impérial.
Le vers de huit syllabes s'emploie aussi, mélangé avec d'autres mètres. On verra plus loin les diverses combinaisons où il entre.
9. Le vers de neuf syllabes est peu employé : on le trouve pourtant dans les chansons de Thibaut de Champagne. Malherbe s'en est parfois servi en le mêlant aussi à d'autres mètres. On en peut voir encore quelques exemples dans les intermèdes de Molière et dans Voltaire. Ex. :
Des destias la chaîae redoutable
Nous entraîne à d éternels malheurs, etc.