‹ Traité théorique et historique de versification françaiseChapitre 9 sur 29 · PANARD · texte numérisé non relu

PANARD

Nous pourrions citer encore quelques pièces dites échos, dans lesquelles la dernière syllabe de chaque

1. Y., au chapitre ii, la constitotion rythmique de nos différents mètres.

vers est pour aiusi dire répercutée dans le vers suivant. Ex. :

De l'auguste Louis célébrez les trophées,

Fées ; Tracez, filles des bois, dessus ses lauriers verds, Vers.

(M"« IlIEK.)

Ce genre de composition était surtout en usage dana la première partie du xvi^ siècle. J. du Bellay lui-même nous a laissé un écho bien connu ^

2. Au vers de deux syllabes s'appliquent les mêmes observations qu'à celui d'une. Voici un ancien rondeau en vers de ce mètre :

Ton nom Me plaît, Caton; Ton nom, Mais non Ton plaid ; , Ton nom Me plaît.

{Art de Rhétorique, par db Croy.)

Victor Hugo en a fait quelquefois usage, par exemple

dans la strophe suivante:

On doute, La nuit ; J'écoute :

Tout fuit; Tout passe ; L'espacô Efface Le bruit.

{Orientales, les Djinns.:

Mêlé à d'autres vers, il se rencontre moins rarement. Ex. :

C'est promettre beaucoup ; mais qu'en sort-il souvent ? Du vent 2.

(La Fontaine.)

i. Voir encore la ballade de V. Hugo intitulée : la Chasse du Durgvave. 2, Pour ce vers et tous les suivants, voir, au chapitre iv, l'usage que les poètes en ont fait dans les combinaisons des mètres avec les rimes.

3. Le vers de trois syllabes est d'un usage un peu plus fréquent. On le trouve employé comme unité par Marot dans deux épîtres,' l'une à Alexis Jure, l'autre à une Damoyselle malade, par Bertaut dans une pièce à maître Adam, et par maître Adam lui-même.

De notre temps, V. Hugo s'en est servi dans une ballade de trente-deux strophes, le Pas d'arme du roi Jean, Désaugiers dans quelques chansons.

Employé avec d'autres vers, il est souvent du plus heureux effet : les poètes de la Pléiade lui donnèrent place dans plusieurs combinaisons de strophes non isométriques. Ex.:

Avril, rhonneur et des bols

Et des mois, Avril, la douce espérance Des fruits qui sous le coton

Du bouton Nom'rissent leur jeune enfance.

(R. Bblleao.)

Tombé en désuétude dès le xvii® siècle, le vers de trois syllabes ne se rencontre plus guère, même mélangé avec d'autres vers, que chez La Fontaine ou dans des compositions poétiques de genre inférieur, qui, par là même, échappaient au joug des règles. De nosjours, il a repris quelque faveur, et on le trouve assez fréquemment employé dans les mêmes combinaisons qu'au xvi^ siècle. Ex. :

Mais reviens à la vesprée

Peu parée Bercer encor ton ami Endormi.

(Ch. Nodief.)

4. Le vers de quatre syllabes est employé dans des pièces isométriques par certains poètes du xv^ ou du xvi^ siècle avant la Pléiade: Christine de Pisan, Crétin, J. Marot. Rappelons cet exemple d'O. deSaint-Gelais :

Pense de toy Dore en avant:

Du demourant Te chaille poy, etc.

et celui-ci, de Marot:

Mes damoyselles Bonnes et belles, Je vous envoj'e Mon feu de jove,

(Epttres à deux demomlles.)

Au xviii® siècle, on peut citer quelques pièces de ce mètre, une de Bernard, une autre de Parnj. Ainsi usité, le tétrasyllabe a été d'un emploi tout aussi rare chez nos poètes contemporains: ils ne s'en sont guère servis que par manière de fantaisie, ou, comme on le voit pour les Djinns, dans une série de mètres dont le crescendo est destiné à produire un effet particulier:

La voix plus haute Semble un grelot; D'un nain qui saute C'est le galop, etc.

(V. Ho GO, les Djinns.)

Mêlé à d'autres, ce vers est moins rarement usité. Marot s'en sert dans quelques psaumes et quelques chansons. Si Ronsard et ses disciples ne l'emploient guère, on peut cependant citer cette ode bien connue du chef de la Pléiade :

Astres, et vous, fontaines, De ces roches hautaines Qui tombez contre-bas, D'un glissant pas, etc.

{De l'Élection de son iSépulchre.)

Au XVII® siècle, on ne le trouve que dans quelques intermèdes de Molière, certains chœurs de Racine, ou dans les opéras de Quinault. Ex. :

Rompez vos fers

Tribus captives;

Troupes fugitives, Repassez les monts et les mers; Rassemblez-vous des bouts de l'univers.

(Eslher.)

Nos poètes contemporains lui ont donné piaco dans

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diverses strophes renouvelées, en général, du xv siècle. Ex. :

L'homme a besoin dans sa chaumière,

Des vents battu, D'une loi qui soit sa lumière Et sa vertu.

(V. HoGO, Contemplatiom .) ^

5. Le vers de cinq syllabes n'est pas souvent usit dans des pièces isométriques. Notre ancienne poési en fait un très rare emploi ; on peut citer cet exempl de Rutebœuf :

Si pleur ma folie !

Et ma folle vie

Et mon fol sens plour

Et ma folle errour

Où trop m'entr'oblie.

(Chanson Notre-Dame.)

Au xv^ siècle et dans la première partie du xv!**, Alain Chartier, Martial de Paris, Crétin, J. Marot, ont écrit quelques pièces dans ce mètre. On en trouve une dans Cl. Marot:

La vite virade, Pompante pennade, etc.

Les poètes de la Pléiade ont très rarement suivi cet exemple. Citons, cependant, la pièce de Baïf intitulée A7nou7' dérobant le miel:

Le larron Amour Dérobant un jour Le miel aux ruchettes Des blondes avettes, etc.

(Passe-Tems.)'''

Au xvii^ siècle et au xviii^, nous ne voyons à citer que les vers de M°^® Deshoulières :

Dans ces prés fleuris Qu'arrose la Seine, etc.,

et quelques couplets dans les Cantates de J.-J. Rousseau. De nos jours, les poètes n'ont employé que de

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