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NOTIONS GENERALES

Si nous voulons caractériser le langage de la poésie par une définition générale, nous dirons que les vers sont soumis à une mesure déterminée et régulière. Cette définition s'applique à toute espèce de versification; quelque soit le système en usage, elle distingue toujours les vers de la prose, dont le rythme ne s'astreint à aucune règle précise.

Il ne suffit pas que l'ordre des temps soit observé : il faut encore que le retour régulier des éléments rythmiques se marque d'une manière sensible. C'est ici que nous avons à distinguer entre deux systèmes possibles de versification, dont l'un détermine le rythme en mesurant les syllabes, et l'autre en les comptant^.

i. II y a encore ua troisième système fondé sur l'accenluation tonique. Dans la versification allemande, par exemple, les pieds sont formés par la combinaison des syllabes accentuées et des syllabes atones. Nous verrons plus bas quel rôle capital laccent joue aussi dans notre versification.

8 TRAITÉ TnÉORIQUE ET HISTORIQUE

Dans le système des Grecs et des Romains, le temps et ses divisions sont indiqués par la combinaison régulière de syllabes brèves ou longues; par exemple, le vers latin dit hexamètre peut varier de treize à dix-sept syllabes; c'est la quantité prosodique, et non pas le nombre des sons, qui marque la mesure. L'hexamètre de treize sylkbes et celui de dix-sept nous semblent inégaux quand nous les scandons syllabe par syllabe en comptant sur nos doigts; mais, si nous n'avions pas perdu la notion de la quantité, les mesures de ces deux vers seraient égales pour notre oreille, ainsi qu'elles l'étaient pour l'oreille des anciens. Une longue vaut deux brèves : l'hexamètre grec ou romain se partage uniformément en six unités de mesure, ou pieds, qui peuvent être constituées soit par une longue et une brève (dactyle), soit par deux longues (spondée). Entre les deux vers suivants :

Unum oro : quando hic inferni janua régis Dicitur, et tenebrosa palus Acheronte refuso *. . .

il y a une différence très sensible dans le nombre de syllabes; mais le temps est le même, puisque la somme des pieds ne varie pas : tous deux sont susceptibles de se décomposer en vingt-quatre syllabes brèves.

Le système de notre versification est, à l'inverse, fondé sur le compte des syllabes et n'a aucun égard à la quantité prosodique.

On sait que la langue française dérive du latin; or, à Rome même, la quantité, élément matériel du mot, ne tarda pas à s'effacer peu à peu devant l'élément logique, l'accent. Malgré l'influence de l'accent tonique sur l'harmonie du vers, sa place était laissée à la volonté du poète. Cependant, dès le siècle d'Auguste, on peut remarquer une secrète tendance de la versification à le faire coïncider avec la première partie du pied, ou temps fort. A mesure que nous

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