‹ Traité théorique et historique de versification françaiseChapitre 22 sur 29 · Que le mal détruise ou bâtisse · texte numérisé non relu

Que le mal détruise ou bâtisse

Rampe ou soit roi.

Tu sais bien que j'irai, Justice, J'irai vers toi.

(V. IIdgo, Contemplations, Ibo.)

5" Pour toi seul l'aimable Muse

Qui t'amuse Réserve encor des chansons Aux doux sons.

(Ch. NnoiEK, A Musset.]

Strophe de cinq vers.

1" Choisis quelque désert pour y cacher ta vie ; Dans une ombre sacrée emporte ton flambeau. Heureux qui, loin des pas d'une foule asservie. Dérobant ses concerts aux clameurs de l'envie. Lègue sa gloire à son tombeau !

(V. Hugo, Odes, \-, 11.)

2^* Oh ! quand je dors, viens auprès de ma couche

Comme à Pétrarque apparaissait Laura.

Et qu'en passant ton haleine me touche... Soudain ma bouche S'entrouvrira.

(Y. HcGO, Rayons et Ombres, xxv.i.

Strophe de six ver?.

lo C'était l'instant funèbre où la nuit est si sombre,

Qu'on tremble à chaque pas de réveiller dans l'ombre Un démon ivre encor du banquet du sabbat ; Le moment où, lisant à peine sa prière, Le voyageur se bâte à travers la clairière; C'était l'heure où l'on parle bas.

(V. HcGO, Ballades, i.)

Z> Poète, ta fenêtre était ouverte au vent,

Quand celle à qui ton cœur tout bas parle souvent

Sur son fauteuil posait sa tête :

— Oh! disait-elle, ami, ne vous y tiez pas! Parce que maintenant, attachée à vos pas, Ma vie à votre ombre s'arrête...

(V. UcGO, Voix intérieures, ix.)

3» Mais toi, rien n' atteindra ta majesté pudique. Porte sainte! jamais ton marbre véri digue

Ne sera'profané.

Ton cintre virginal sera pur sous la nue; Et les peuples à naître accourront tête nue Vers ton front couronné.

(V. Hugo, Voix intérieures, iv.)

4» Ami, ne t'en va plus si loin.

D'un peu d'aide j'ai grand besoin.

Quoi qu'il m'advienne ; Je ne sais où va mon chemin.

Mais je marche mieux quand ma main

Serre la tienne.

(MCSSET.)

5» Avril, l'honneur et des bois,

Et des mois :

Avril, la douce espérance Des fruits qui sous le coton

Du bouton Nourrissent leur jeune enfance.

(Belieau, Avril.)

Strophe de sept vers.

La combinaison des alexandrins et des octosyllabes est presque la seule usitée; au reste, la strophe de sept vers est d'un usage assez peu fréquent.

DE VERSIFIGATION FRANÇAISE U1

Strophe de huit vers.

1'' Ils m'ont jeté vivant sous des murs funéraires;

Mes yeux voués aux pleurs nont plus vu le soleil ; Mais vous que je retrouve, anges du ciel, mes frères, Vous m'avez visité souvent dans mon sommeil. Mes jours se sont flétris dans leurs muins meurtrières, Seigneur, mais les méchants sont toujours malheureux. Oh ! ne soyez pas sourd comme eux à mes prières, Car je viens vous prier pour eux.

(V. Hlgo, Odes, i, 5.)

2» Gastibelza, l'homme à la carabine.

Chantait ainsi :

Quelqu'un a-t-il connu dona Sabine ?

Quelqu'un d'ici.

Chantez, dansez, villageois ; la nuit gagne

Le mont Falou.

Le vent qui vient à travers la montagne Me rendra fou!

(V. HcGO, Rayons et Ombre».)

3» Quand il tomba, lâchant le monde,

L'immense mer Ouvrit à sa chute profonde

Le gouffre amer; Il y plongea, sinistre archange,

Et s'engloutit.

Toi, tu te noieras dans la fange.

Petit, petit.

(V. Hugo, Châtiments, livre Vil, vi.)

Strophe de neuf vers.

i" Ainsi, quand nous cherchons en vain dans nos pensées D'un air qui nous charmait les traces efifacécs,

Si quelque souffle harmonieux, Effleurant au hasard la harpe détendue, En tire seulement une note perdue,

Des larmes roulent dans nos yeux ! D'un seul son retrouvé l'air entier se réveille. Il rajeunit notre âme et remplit notre oreille

D'un souvenir mélodieux.

(Lamartine, Harmonies.)

^*- Que de tristesse et que de charmes,

Tendre enfant, dans tes doux adieux !

Tout m'enivre, jusqu'à tes larmes , Lorsque ton cœur est dans tes yeux.

A vivre ton regard m'invite ; Il me consolerait mourant.

Je m'en vais pourtant, ma petite.

Bien loin, bien vite, Tout en pleurant.

(Musset, Adieu, Suzon,) S"» J'enveloppais dans im morceau de bure

Ces ruines des jours heureux.

Je me disais qu'ici-bas ce qui dure

C'est une mèche de cheveux.

Comme un plongeur dans une mer profonde,

Je me perdais dans tant d'oubli, T)e tous côtés j'y retournais la sonde, Et je pleurais, seul, loin des yeux du monde, Mon pauvre amour enseveli.

(Musset, Nuit de décembre.)

Strophe de dix vers.

La strophe hétérométrique de dix vers est fort peu usitée de nos jours. Nous nous contentons d'indiquer, sans citation, les combinaisons suivantes :

(Exemples de Théophile, Corneille, Gilbert.)

(Exemple de Malherbe.)

(Exemple de Racine.)

Cette dernière strophe a été employée par Victor Hugo dans plusieurs de ses odes.

DR VERSIFICATION FKANÇAISK 10?

Sti'ophe de onze et de douze vei^s.

Ces strophes sont presque toujours isométriques. Dans le cas contraire, le mélange des mètres consiste tout simplement à introduire un vers plus long, le quatrième, pour la strophe de onze vers, le dernier, l'avant- dernier ou l'antépénultième pour la strophe de douze vers.

En général, on n'emploie dans une strophe hétérométrique que deux mètres différents. Cependant il y a quelques exceptions. Nous les figurons ci-dessous sans en donner des exemples :

Strophe de quatre vers. l'â-ô-S-lS 8-8-12-6 12-12-8-10

Strophe de cinq vers. 12-8-12-8-6 12-12-8-12-6

Strophe de six vers. 8-8-8-12-6-12 12-12-6-8-8-12 8-8-6-12-8-8 8 S-6-12-12-6 8-6-12-12-8-12 8-8-12-12-12-6 10-10-12-12-6-12

Strophe de huit vers. 8-8-8-8-12-12-12-6

Strophe de dix vers. 12-12-12-8-12-12-12-12-12-6

On trouve même des strophes composées de quatre mètres différents. La strophe de huit vers a été employée avec des octosyllabes, des pentésyllabes, des hexasyllabes et des heptasyllabes ; celle de dix vers avec des octosyllabes, des alexandrins, des hexasyllabes et des décasyllabes. Voici les formules de ces deux

strophei^ ^

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