MÉTRIQUE
La fixité du nombre des syllabes étant un élément constitutif de la versification française, c'est une condition essentielle, pour lire des vers ou pour en faire, Ide bien connaître la quantité sjllabique.
Commençons par établir ce principe que, dans l'intérieur du vers, toute syllabe compte (même celles qui , en prose, peuvent être considérées comme muettes), soit au milieu des mots (par exemple : aimerais), soit à la fin (par exemple : Parnasse).
J'aimerais mieux souffrir la peine la plus dure.
(MOLIÈRg.) 12 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12
Durant les premiers ans du Parnasse françois.
(B01Î.EAO.)
Il y a cependant à cette règle quelques exceptions.
1" L'e muet final, devant on mot qui commence par une h muette ou par une voyelle, ne se prononce pas. Il y a élision :
Est-ce toi, chèr(e) Élis(e) ? 0 jour trois fois heureux !
. (Racine.)
2<* Ne compte pas non plus, dans l'intérieur d'un mot, l'e muet précédé d'une voyelle ou d'une diphtongue. Par exemple : dévouerai, fiera, paierez, remerciement, etc.
Je me dévouerai donc, s'il le faut; mais je pense...
(La Fontaine,) Ma foi! sur l'avenir bien fou qui se fiera!
(Racine, Plaideurs.)
Dans un grand nombre de cas, ces e muets peuvent
d'ailleurs ne pas s'écrire et être remplacés par un accent circonflexe.
Chez nos anciens poètes, jusqu'à la réforme du xvi*^ siècle, l'e ainsi placé se prononçait régulièrement. Ex. : • '
Car couppe n'y a vraiëmerit.
(Baetsch, Chrest., 418, 15.)
On pourrait citer maint exemple analogue, tiré des poètes de la Pléiade ^ ; mais la règle moderne commence dès lors à s'établir. Ex. ;
Peuples vrayement ingrats qui n'ont sçeu recognoistre.
(Ronsard, Gâtines.)
3° Dans les imparfaits et dans les conditionnels de tous les verbes, dans le subjonctif présent des verbes être et avoir, les dernières lettres eut ne comptent pas comme syllabe. Ex. :
Les hommes rugissai(ent' quand ils croyai(ent) parler. (Y. Hugo, Légende des Siècles.)
Dans l'ancienne versification française, cette finale ent avait au contraire la valeur d'une syllabe. Ex. :
Tant que li moine aient mengié.
(Bartsch, Chrest.. 206, 13.)
4^ Quant aux autres mots se terminant par un e muet précédé d'une voyelle accentuée et suivi d'un s dans un substantif ou un adjectif pluriel, de la finale n^dans un verbe, leur syllabe muette n'est pas non plus comptée dans la mesure; mais on ne la considère pas cependant comme faisant corps avec la voyelle précédente, ainsi que dans les imparfaits et le s conditionnels : or, comme elle n'est pas susceptible d'élision, les mots où elle se trouve ne sauraient être employés dans les vers, sinon tout à la fin. Ex. :
Multipliez les plis des pourpres étoilées.
(Y. HcGO, Légende des S^Ut.)
i. On en trouve même dans Corneille.
Une pareille règle appauvrit sans raison suffisante la
langue poétique. Elle n'est pas d'ailleurs antérieure au