XVII- siècle ; nos anciens poètes disaient fort bien, par
exemple :
...Déplient tout cela dont furent enseigneurs. ^
'~' (DU Bei.lav, Epitres.)
5** L'e muet final, qui est précédé d'une voyelle accentuée, doit toujours être élidé et ne saurait, par conséquent, compter comme une syllabe. Ex. :
Sans parents, sans amis, désolé{e) et craintive.
(Racine, Mithridate.)
Cette règle est encore d'origine récente. Malgré l'autorité de Malherbe qui fut le premier à la prescrire, elle est bien souvent violée dans toute la première partie du xvii® siècle. Ex. :
La partie brutale alors veut prendre empire.
(MOUÈRB.) \ 2 3 4 5 6 7 8
C'est d'être Sosie battu.
(MOUÈRB.)
Lorsque deux voyelles ^ se rencontrent dans un mot, elles peuvent ne compter que pour une syllabe, et alors il y a synérèse, ou bien elles se prononcent séparément, et alors il y a diérèse. On peut donner une règle générale pour distinguer ces deux cas l'un de l'autre : lorsque la bivocale représente deux voyelles latines, comme dans pria (de precavit), piété (de pietas), allié (de adligatus], elle ne forme pas une diphtongue; au cas contraire, il y a synérèse. Cette règle souffre, d'ailleurs, de nombreuses exceptions: la prononciation a pu. en effet, raccourcir à la longue certains mots en unissant deux voyelles, d'abord distinctes ;
\, Ou une voyelle et uue diphtongue, ou encore deux diphtongues.
c'est par cette sorte d'attraction que chrétien (de christianus) est maintenant dissyllabe.
Nous allons successivement examiner les bivocaies françaises et en indiquer la quantité sjllabique.
Aa est dissyllabe dans Baal, monosyllabe dans Aaron.
Ae est monosyllabe dans Caen.
Ao est monosyllabe dans faon^ Laon, taon, paon, Saône, dissyllabe dans Pharaon.
Aou est monosyllabe dans août, saoul, saouler.
Au reste, lorsque les groupes de voyelles qui précèdent se prononcent en une seule émission de voix, il y a simplement suppression d'une voyelle qui est rejetée par la prononciation. Dans les groupes qui suivent, il y a synérèsC; c'est-à-dire que les deux voyelles ^ se prononcent, quoique par une seule émission de voix.
la, dissyllabe en général, est monosyllabe dans diable, fiacre, diacre, piaffer, galimatias^ liard.
Diable, conformément à l'étymologie, était anciennement trissyllabe ; la synérèse ne s'est faite que depuis le XVI® siècle, ou vers la fin du xv®. Ex. :
Comment deable ? li cuens Guillaumes dit.
(Bartsch, Chrest., 53,29.)
Comme on le voit, ce mot s'écrivait d'ordinaire avec un e au lieu de 1'/.
Diacre formait aussi trois syllabes. Ex. :
Puis appela Bel-Accueil, son diacre.
(J. Lkmaire.)
Le vieil adjectif pa/arc? est trissyllabe au xvi^ siècle. Ex. :
Veut faire, piafard, à sa Dame la cour.
(Do Bartas.)
Dans piaffer La Fontaine a fait la diérèse;
Or bien je sais celui de qui procède Cette piaffe : apportez-y remède.
1. Oa, dans certains cas (mu, oua, i€uœ,e\e.), la voyelle et la diphtongue.
DE VERSIFICATION FRANÇAISE t.*
La quautité sjllabique de liai'd semble être aoutcuse; on le trouve employé comme dissyllabe dans Victor Hugo. Ex. :
Avec tous les liards de tous ces meurt-do,-faira... Deux liards couvriraient fort bien toutes mes terres.
(Légende des Siècles.)
lai, généralement dissyllabe, est monosyllabe dans bréviaire, Ex. :
Le moine disait son bréviaire.
(La Fontaine.)
Biais est tantôt monosyllabe, tantôt dissyllabe. Ex. :
J'ai donc cherché longtemps un biais de vous donner.
'MOLIÉRB.)
Et vous deviez chercher quelque biais plus doux.
(Molière.)
lan, généralement dissyllabe, est monosyllabe dans viande et diantre. Viande formait autrefois trois syllabes. Ex. :
Un bourgeois riche de viande garni.
{GarinA
lau est toujours dissyllabe. Cependant, on trouve la synérèse avec miauler, Ex. :
Miaulait, grognait, jappait, glapissait à l'entour.
(VlENNET.)
Dans l'ancienne langue, il y avait de même synérèse quand Vi était mis à la place de notre e muet actuel, comme dans hiau, Ex. :
Biaux. sires loups, n'écoutez mie.
(La Foma ne.)
lé, iè, ier, iez, ière, ied, ief, iel, iet, sont disyllabes quand Vi se trouve dans le mot latin d'où le mot français dérive [contrariété, initié, etc.); ils sont encore dissyl-
i . Pour l'historiqae de la quantité syllabiqae, voir les notes de la Versification française de Quicherat, à laquelle nous empruntons nne grande partie de nos exemples.
labes dans les noms, adjectifs et verbes iiez) où ils se trouvent précédés de deux consonnes dont la seconde ■ est une des liquides /, r. Dans les autres cas, il y a sjnérèse. Cette règle générale souffre, d'ailleurs, ou a souffertbien des exceptions. Voici les plus importantes : Hier (de hcri) forme souvent deux syllabes, surtout depuis le xvii^ siècle.
Mais hier il m'aborde, et me serrant la main...
(BOILEAO.)
Hier, le vent du soir, dont le souffle caresse.
(Y. Hugo, Contemplations, livre II, v.)
Lierre (hedera) est trissyllabe au xvi^ siècle. Ex. : A plis serrés comme fait le lierre.
(RONSAHD.)
1er, dans les noms et adjectifs, subit [anciennement la synérèse, même quand la seconde des consonnes précédentes est / ou r. Ex. :
Bons ouvriers qui sans lasser oevre.
(Rdtebœdf.) Cet admirable ouvrier n'attacha sa pensée.
(De Bartas.) Sacrilège meurdrier, si on pend un voleur.
(Ronsard.) C'est avec ce bouclier qu'il fallait se défendre.
(Mairbt.)
Quatrième a été jadis trissjllabe :
A peine la quatrième lune.
(Malherbe.)
La terminaison iez des verbes était anciennement monosyllabique, même quand elle se trouvait précédée de deux consonnes, dont une liquide, soit à l'imparfait, soit au conditionnel. Ex. :
Comme voudriez vous-même être traitée.
(Marot.)
Miette, assiette, serviette^ subissaient la diérèse dans le vieux français :
DE YKIISIFICATION FRANÇAISE 87
Et les croûtes et la miette.
(JOBINAL.)
Être servie à rudes serviettes.
(J. Marot.)
len {ienné), suivant la règle étymologique que nous avons indiquée plus haut, est monosyllabe dans bien, lien, sien, tien, liens, etc.; il est dissyllabe dans lien, aérien, et, en général, dans les mots qui indiquent la profession, l'état, le pays, comme Bohémien, magicien, etc. Conformément à son étymologie, chrétien était autrefois trissyllabe. Ex. :
De chrestiens devez être servie.
(Bartsch, Chrest., 38,9.)
C'est seulement au xvi^ siècle que se fait. la synérèse.
De même^ ancien a autrefois trois syllabes; on trouve encore cette qua?itité au xvi^ siècle. Ex. :
12 3 4 5 6 Ny l'art des anciens Magiciens.
(Ronsard, Odes, iv, 4.)
et jusque dans Corneille :
J'ai su tout le détail d'un ancien valet. Amiens (Ambiani) subissait aussi la diérèse. Ex. :
De si quà Amiens les menèrent fuiant.
{Rou.)
Ces trois mots sont, dans l'usage actuel, toujours dissyllabes.
De la foi des chrétiens les mystères terribles.
(BoiLEAD, Art poétique, m.) Or, quoi qu'on ait vieilli depuis ce fait ancien.
(V. Hu'io, Hermani, u,i.) Il m'avait fait venir d'Amiens pom* être suisse.
(Racine, Plaideurs, i, i.)
leki, généralement monosyllabe, est dissyllabe dans
les noms et les adjectifs en ieu7% comme intérieur^ rieur, etc. Exceptez sieur, monsieur. Ex. :
Le renard s'en saisit et dit: a Mon bon monsieur...»
(La Fontaine, I, i, Fables.)
leux, généralement dissyllabe, est monosyllabe dans le pluriel des noms en ieu, comme yieu, adieu, etc., dans deux, mieux, yeux, vieux, et dans les adjectifs en yeux, comme joyeux, giboyeux, etc.
lo, généralement dissyllabe, est monosyllabe dans pioche, douteux dans fiole. Ex. :
Fioles aux longs cols contre elles recourbés.
(Ronsard.) 2 3 A Prends la fiole, ou... je crains en ce désordre extrême.
(Regnard.)
Ion, généralement dissyllabe, paraît être monosyllabe dans gabion, escofîon, pion.
/o/i6\ désinence des verbes, est généralement monosyllabe. Il subit la diérèse : l** quand il est précédé d'un r ou d'un l, précédés eux-mêmes d'une autre consonne (crions, entrions); 2^ dans rions; 3^ à lai""® personne du pluriel des verbes en ier.
Dans l'ancienne langue, la désinence verbale ions était toujours monosyllabique. Ex. :
Que, pour la voir, mourir devrions vouloir.
(Marot.)
Oe, généralement dissyllabe, est monosyllabe dans poêle, moelle, moelleux.
Au xvi^ siècle, et même au xvii®, poète a subi quelquefois la synérèse ^ Ex. :
Des ordures dos grands le poète se rend sale.
(d'Acbignî, Iragiques.) Me fit devenir poète aussitôt qu'amoureux.
(Corneille, Exc. à Ariste.)