Ce mot avait le son de la diphtongue oi
DE VERSIFICATION FRANÇAISE î9
Au contraire, moelle a été de trois syllabes:
Vieux corps tout épuisé de sang et de mouelle.
(Racan.)
Oin est monosyllabe. Cependant on trouve gy^oin dissyllabe dans Victor Hugo. Ex.: „, - ^i-
Ces diacres, ces bedeaux dont le groin renifle.
(Contemplations, livre I, xiii.)
Oua, oué, ouer, ouet, ouette, ouai. généralement dissyllabes, sont monosyllabes dans fouet, ouais, couette. Fouet était autrefois dissyllable. Ex.:
Et d'un fouet hors les chassa.
(Ronsard.)
Oui, généralement dissyllable, est monosyllabe dans
l'affirmation oui. Anciennement, ce mot était de deux
syllabes :
Oil, sire, par sainte crois.
(Baktsch, Chrest., 313, 36.)
Ouin est monosyllable. Toutefois on le trouve aussi de deux syllabes. Ex. :
Si stupide et si babouin.
(Marot.)
Ua, uai, ue, uer, ueux, sont dissyllabes, sauf dans écuelle, qui, d'ailleurs, a jadis compté quatre syllabes. Ex.:
Sont les escuelles lavées.
(J/«îon7)
et dans Juan :
Don Juan, cette harmonie emplit le cœur de joie. (V. BuGO, Hei-nani, y, 3.)
J}uel peut subir aussi la synérèse. Ex. :
C'est un amour sans duel, c'est un ilacon plein d'eau.
(Ucgo.)
Ui, généralement monosyllabe, est dissyllabe dans
acuité, annuité, assiduité, congraité, contiguïté, fatuité^ fluide, gratuité, ingénuité, perpétuité, promiscuité, super fluité, vacuité, ruine, bruine, suicide, druide, bruire, truie.
Fuir comptait autrefois deux syllabes. Ex. :
Les oiseaux, tout ravis, demeuraient sans fuyr.
(Desporteb.)
Juif de même. Ex. :
Adonc allez sus les Juifs.
(Christine.)
Yé, ya, yeur, yen, yau, ay, yi, sont monosyllabes. Il faut excepter patjs, paysan et abbaye.
§ ni
A la fin du vers, la syllabe muette ne compte pas dans la mesure. Ex. :
Il faut que l'herbe tombe au tranchant des faucilles.
(V. Hugo, Orientales.)
Cette règle s'explique aisément ; en considérant le vers comme une unité isolée, dans sa constitution théorique, la dernière syllabe accentuée est le lieu d'un arrêt. La voix se prolonge donc sur cette tonique finale en y attirant, pour ainsi dire, tout ce que l'atone muette peut avoir de valeur. Nous verrons plus tard que, par suite du même principe, notre ancienne versification annihilait aussi la syllabe muette placée après la tonique de l'hémistiche^. C'est d'ailleurs par ce procédé que nous traitons les muettes dans la conversation : elles ne font entendre par elles-mêmes aucun son, mais la syllabe tonique qui précède se trouve renforcée. De même dans les vers populaires, où les e muets sont remplacés par des apostrophes devant la
i. V. chapitre M.
consonne du mot suivant. C'est plutôt en comptant les muettes dans l'intérieur du vers que notre versification déroge à l'usage ordinaire.
Cet usage peut seul expliquer comment la muette finale du vers ne compte pas non plus, lorsqu'il y a continuité dans le sens par suite d'un enjambement. Ex.:
Il expira. Le jour où ceci sur la terre S'accomplissait, voici ce que voyait le ciel.
(V. HcGO, Légende des Siècles, Mourad.)
La syllabe muette se reporte, pour ainsi dire, sur l'accentuée qui précède, y détermine un prolongement de la voix, et fortifie encore l'accent tonique et l'accent rythmique dont cette syllabe est frappée : la fin du vers est donc marquée d'une façon plus sensible^ et cela dans les cas même où l'enjambement risquerait de tromper l'oreille.