COMPARAISON DES DIVERS SYSTÈMES
OÙ on le rencontre^ est appelé par la force même des choses à diriger, à encourager et à contrôler les nouveaux entrepreneurs et les nouvelles entreprises.
En Ecosse^ les banques ont exercé sur les nouveaux venus dans le commerce une influence excellente : elles seules disposaient du crédit et elles ne l'accordaient qu'à bon escient. Établies en vue d'une longue existence^ elles ont apporté dans toutes leurs opérations un esprit de suite et des principes fixes, dont le particulier le plus éclairé ne peut faire usage que dans les limites étroites de sa vie. Leurs comptoirs ont été des séminaires de banquiers habiles^ instruits par une tradition savante dans l'art de faire des placements. Aussi, en Ecosse^ le passage des habitudes agricoles aux habitudes commerciales a eu lieu sans secousse violente^ et l'agriculture elle-même a emprunté à l'industrie ses allures et ses procédés.
En France, plusieurs banquiers^ en divers temps et en divers départements, ont tenté ce qu'on pourrait appeler des défrichements commerciaux : ils ont favorisé^ dans le rayon de leurs opérations, la création d'usines et de maisons de commerce. La plupart d'entre eux ont échoué ou n'ont obtenu qu'un médiocre succès, soit parce qu'ils avaient accordé des crédits à des entreprises mal combinées ou à des hommes peu propres aux affaires^ soit parce qu'ils avaient eux-mêmes mal conduit leurs propres opérations et immobilisé leurs capitaux. Aucun d'eux, que je sache^ n'avait songé à l'agriculture et ne l'avait considérée comme une industrie susceptible de donner des produits importants.
jto reste, quelques lumières et quelque application qu'un homme apporte dans une telle œuvre, il ne peut guère établir une tradition qui lui survive ; en tous cas, il n'a jamais autant da moyens qu*une compagnie d'appliquer longtemps les mêmes méthodes, et pour obtenir quelque résultat avec l'agriculture il faut toujours beaucoup de temps. Que d'obstacles d^ailleurs n'opposent pas d'une part la routine et l'ignorance, de l'autre l'absence de principes fixes, de sentiments pratiques' et une éducation purement littéraire I
Cràce aux obstacles de toute sorte que la véritable banque, la banque du commerce, a rencontrés^ elle s'est souvent découragée et n'a pas même usé des moyens qui restaient à sa disposition.
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Ainsi c'ast à peine £i, dans quelques départements du aoid.eft •de l'est de la France, on émet des obligations à quarante-oifiq ou quatre-vingt-dix jours de vue, portant un iotérét médïocact : sur la plus grande partie du territoire, on n*a essa^^ ni de mobiiiser, ni de régulariser les dépôts, ni de les rendre plus eommodes, ni d'empêcher les capitaux de répondre aux appels de Tagiolage.
Dans la NouveUe-Angleterie, les banques, à cause de leur isolement, oat moins de puissance de propagation qu'en Ecosse, mais elles en ont moins besoin. Aux États-Unis, c'est la population commerciale qui a donné le ton, formé les habitudes, dirigé Tactivité collective du peuple. Les mœurs commerciales ajustent partout et elles impriment à la société anj^éric^ne cette activité que les étrangers admirent sans la bien comi^endre et dont Téta* blissement des banques est le résultat plutôt que La cause.
En Ecosse, l'instrument est plus fort et Fart plus grand qu'en .Amérique; dans Tun et dans l'autre pays Tétat du crédit et <ie la banque est infiniment plus avancé qu'en France. Il ne faudrait pas se hâier d'en conclure qu'il suffit de tran^[H)rter chez nous les institutions écossaises ou américaines pour obtenir les mimds résultats. Chacun sait combien Tacclimatement de la moindre industrie sur un terrain nouveau est lent, difficile, dispendieux, et ;[}uels frais il a fallu faire pour introduire chez nous, paur exem]^, la fonderie d'acier et le laminage du fer; Tindustrie du banquier qui opère sur les hommes et dont Tintelligence est le princijial agent est bien autrement délicate et difficile à transplanter d'un pays à l'autre.
D'ailleurs un banquier , quelque habile qu'il soit, dépenAitoujours des habitudes de la population qui Tentoufe ; la valeur de son portefeuille est toujours subordonnée à ceUe des opératioas qui ont donné lieu à la création des effets qui s'y trouvent; il est forcé de tenir conapte aussi des dispositions des capitalisas qui ont des fonds déposés chez lui. Essaierait-il de faire en Franoe i£s opérations hyjK>thécaires fréquentes en Ecosse «taux États-l^nis? Mais en Ecosse, la terre, considérée comaie une usine par la majorité de la population , mise en valeur par des entepreneurs nombreux et habiles, a un prix courant à peu près £xe; aujc États-Unis , il en est de même , et de plus, %sAùt «u ftogrès de la poiMilation et à l'activité du travail, la valeur du lel
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augmente tous les jours, tandis qu'en France, la terre û'a point de prix courant et sa valeur reste stationnaire ou même diminue dans plusieurs contrées. Et si Ton considère les habitudes^ quelle différence! En France^ la ruine périodique des entrepreneurs les plus hardis a donné aux affaires une allure défiante ; on attend un profit plutôt de l'occasion et de la puissance éventuelle des capitaux que d'un travail opiniâtre ; chacun craint moins de perdre du temps et une occasion de travail que de faire une opération mal conçue. Aux États-Unis^ où la confiance est plus grande, on craint moins de faire une opération mal conçue que de peardre du temps et du travail. Le banquier ne peut observer les mêmes coutumes, ni agir suivant les mêmes maximes, dans ^éux pajs si différents et où les rapports de toutes choses sont établis en sens contraire.
Est-C'C à dire pour cela qae Tétude des procédés soit inutile et qu'il suffise de se renfermer dans l'observation de la routine? Non sans doute. Quels que soient les mouvements rétrogrades que subissent de temps en temps sur le continent européen Tindustrie et k commerce, ils font chaque jour des progrès nouveaux. Les popalations changent d'habitudes et reconnaissent davantage la loi du travail. Les commencements sont pénibles^ car dans cette mêlée où chacun se précipite pour embrasser une profession, sans r^es^ sans principes arrêtés, sans éducation pratique , la confusion est grande et donne beau jeu aux nauirageurs de Tindustrie. Mais peu à peu les habitudes commerciales , chèrement achetées^ se propagent et se répandent, de manière à présenter aux entreprises de banque un champ fécond. Le jour où les barrières qui s'opposent à rétablissement des banques de circuiatkm seront levées, et œ jour viendra sans doute comme est venu œlai des cfaemiiis de fer, une vaste carrière s'ouvrira devant ceux qui se seront préparés 4 y entrer. D'ailleurs fuasent-iis condanmés à rester dans les conditions actuelles, les hommes qui s'occupent d'opérations de banque retireraient encore un avantage de Fétude des procédés étrangers : ils s'y confirmeraient dans les vrais principes de leur art et seraient plus capables d'inventer ou du moins d'améliorer.