LIVRE I. CHAPITRE XIV
grandes perturbations et qui se ressemblent sous tant de rapports^ se distinguent donc par des effets très-difiérents. Les variations dans le prix des monnaies affectent le prix de toutes choses en raison inverse et d'une manière uniforme : les variations dans le prix des capitaux mobiliers affectent le prix des autres marchandises ou capitaux appropriés d*une manière fort inégale. Une variation du prix des monnaies n'introduit aucun changement dans les rapports de valeur qui existaient entre les divers capitaux appropriés : ainsi une baisse des monnaies fait hausser le prix des grains dans la même proportion que celui des immeubles, tandis qu'elle n'affecte point le prix des rentes. Une variation du prix des capitaux mobiliers^ au contraire^ change le rapport de valeur qui existait entre les divers capitaux appropriés. Est-ce une hausse ? le prix des immeubles, des rentes^ des actions^ s'abaisse inégalement^ tandis que celui des denrées reste stationnaire. Dans la pratique^ on peut donc distinguer les per* turbations qui viennent des monnaies de celles qui viennent des capitaux mobiliers à ce signe que les premières n'affectent point le prix des rentes et que les secondes n'affectent guère le prix des denrées.
On a observé que la baisse des monnaies facilitant l'acquittement des débiteurs, Texécution des contrats de crédit, augmentait la confiance et, par suite, imprimait de l'activité aux affaires, abaissait le taux de l'intérêt et élevait celui des immeubles , rentes, etc., tandis que la hausse du prix des monnaies produisait des effets contraires. Celte observation , exacte quant aux effets de la hausse du prix des monnaies, cesse de l'être, quant à la baisse, au-delà de certaines limites. Si, par exemple, le capitaliste, le vendeur à terme, etc., voyaient la monnaie suivre un mouvement de baisse rapide et dont ils ne pourraient prévoir la fin, ils s'empresseraient de convertir leur capital en marchandises et refuseraient de s'engager davantage dans aucun contrat de crédit. Cette liquidation, qui serait facile, aurait pour effet d'accélérer la dépréciation des monnaies, de priver les emprunteurs pour l'avenir des bénéfices du crédit, ou de faire établir les contrats, non plus en monnaie, mais en marchandises d'un cours moins variable et à un taux d'intérêt élevé. C'est ce qu'on a vu en France à la fin du système de Law et au temps des assignats,