LES DÉPÔTS
pour calculer les (^rations auxquelles il les emploie. Plus le terme de remboursement est éloigné^ plus le banquier a de latitude dans ses opérations; plus ce terme est rap[irocbé, plus le banquier est forcé de se restreindre.
En général , l'intérêt que les capitaux ainsi placés produisent à leurs propriétaires est calculé en raison du temps pour lequel est fait le dépôt. Lorsque le capitaliste veut jouir de la faculté d'exiger à volonté le remboursement^ il est rare que le banquier consente à lui payer un intérêt^ parce que si ces capitaux ne restent pas tout-à-fait oisifs en caisse^ occasionnant seulement des risques et des frais de garde, ils ne peuvent être employés utilement que par aventure et à des opérations qui produisent peu. La Banque de France^ qui ne reçoit pas d'autres dépôts, ne bonifie à ceux-ci aucun intérêt, mais elle fait gratis les recouvrements et paiements sur place que les déposants ont à eflfectuer.
Les dépôts remboursables à terme prévu, mais indéterminé, à quinze jours ou un mois après demande, par exemple, obtiennent souvent un intérêt minime, suivant le temps et les besoins, mais toujours proportionné à la disponibilité qu'ils donnent au banquier. Les dépôts à terme fixe, à six mois ou à un an, obtiennent en général un intérêt plus élevé.
I^s services rendus par le banquier dans ses relations avec les capitalistes ne sont pas aussi généralement appréciés que les autres, et cependant ils sont immenses. Par les avantages accordés au dépôt, le banquier attire sur le marché commun de petites sommes, des capitaux disponibles pour peu de temps, qui, sans son intermédiaire, n'auraient jamais pu venir féconder le travail. Son action est doublement utile : au capitaliste d'abord, auquel elle procure un intérêt qu'il n'aurait pu se procurer par un placement direct, ensuite à l'entrepreneur auquel ces capitaux sont prêtés et qui les fait valoir.
Ce service est en même temps très-dangereux. Les dépôts di« rects forment chez le banquier un passif dont l'exigibilité plus ou moins soudaine> plus ou moins imprévue, peut jeter la perturbation dans ses affaires et dérouter ses combinaisons les plus savantes. Les dépôts sont l'instrument avec lequel il opère; et si le banquier vient à se tromper, soit dans ses prévisions relatives aux demandes de remboursement, soit dans ses calculs relatifs
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aux rentrées probables, il est aussitôt frappé d^impuissance^ ou même exposé à une ruine, dans laquelle il entraine ceux dont les opérations sont trop étroitement liées aux siennes.
Quelquefois le dépôt n'est fait par le capitaliste qu'en vue d'un placement direct et déterminé. Le banquier prend, par exemple, dans son portefeuille des valeurs qu'il présente au capitaliste et que celui-ci accepte à l'escompte à prix débattu. Alors il n'y 4 point dépôt à proprement parler^ le banquier a simplement cédé au capitaliste une opération de crédit que lui-même avait effectuée : son bénéfice résulte de la différence entre l'intérêt perçu et l'intérêt reçu. Dans certains départements, le banquier négocie aux capitalistes des valeurs en blanc, sans y ajouter même la garantie de sa signature : il remplit en ce cas le rôle de. courtier, et les versements faits à sa caisse à la suite de ces négociations ne peuvent point être qualifiés de dépôts.
CHAPITIUE IV.
VimSIUNTS.
Les banquiers de l'antiquité recevaient des dépôts : ils faisaient le change des monnaies et aussi des virements. Gléon, par exemple, a mille drachmes à payer à Irénée, et ils ont, Tun et l'autre» des fonds déposés chez Socles. Au lieu de prendre les mille drachmes dans la caisse de Socles, pour les remettre à son créancier, Cléon, d'accord avec celui-ci, donne ordre au dépositaire commun de passer les mille drachmes de son crédit à celui d'Irénée. L'opération faite, Irénée a mille drachmes de plus et Cléon mille drachmes de moins en dépôt chez Socles, et la créance qui existait entre les deux déposants a été éteinte par des écritures, sans aucun mouvement matériel de fonds. C'est cette opération que Ton nomme virement.
Les virements sont le premier moyen employé pour économiser l'usage du numéraire, et des établissements importants ont été fondés autrefois pour faire presque exclusivement cette opération.
viBnmm. TS
Les banques de Venise^ de Génes^ d'Amsterdam, de Hambourg n'eurent pas^ à l'origine^ une autre destination.
Ces banques; établies sans capital propre^ recevaient les dépôts d*espèces ou de lingots que faisaient dans leurs caisses les négociants^ et transféraient, suivant les dispositions qui leur étaient notifiées^ les crédits d'un compte à Tautre par des écritures, sans déplacement d'or et d'argent. Les dépositaires pouvaient retirer leurs fonds de la banque, mais ils y avaient rarement intérêt, et les entrées égalaient au moins les sorties.
Les négociants retiraient plusieurs avantages de remploi des banques à virements. Le plus apprécié était celui qui résultait du titre uniforme de la monnaie de banque k une époque où les monnaies courantes étaient très-nombreuses, très-diflérentes les unes des autres et très-fréquemment altérées, particulièrement dans les villes dont le territoire était peu étendu. En effet, les banques à virements adoptaient pour type uniforme une pièce de monnaie neuve et n'en changeaient plus : tous les dépôts effectués en lingots ou en monnaie courante étaient évalués d'après ce tjpe, et c'est ^wurquoi la monnaie de banque, tout idéale au bout d'un certain temps, et qui n'avait cours nulle part en matière, avait un prix supérieur à celui de la monnaie courante. La différence de valeur des deux monnaies constituait l'agio de banque qui, joint à un droit de commission très-léger, servait à payer les frais d'administration. Il y avait en réalité trois espèces d'opérations dans ces banques : 1^ Change de monnaies; 2* Acceptation de dépôt ; 3*» Virements de compte.
Bientôt on s'aperçut que le fonds des dépôts variait peu et qu'il serait avantageux de lui faire produire un intérêt ou du moins de le faire travailler. Ainsi la banque de Venise avait prêté le sien au gouvernement ; celle d'Amsterdam, après avoir inviolahlement conservé les dépôts pendant longtemps, consentit à des États provinciaux des avances considérables : celle de Hambourg faisait diverses opérations de caisse pour la ville et notamment des achats de grains. Les banques de virement devinrent des caisses publiques établies par les négociants qui ne croyaient pas payer trop cher par la perte de l'intérêt des fonds déposés les avantages que leur procuraient les virements. L'engagement et même la quasi-aliénation du fonds de dépôt ne les inquiétaient