‹ Traité théorique et practique des opérations de banqueChapitre 59 sur 168 · LIVRE 111. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE 111. CHAPITRE II

en caisse une somme considérable et à faire les placements les plus réalisables qui, recherchés par tous les capitalistes^ sont ceux qui produisent le plus médiocre intérêt.

Aussi existe-t-il en France peu de maisons constituées spéciar lement dans les conditions que nous venons de décrire. On en trouve un certain nombre à Londres où le banquier est en quelque sorte le caissier du commerce de gros et où une masse considérable de grandes afiaires donne lieu à des négociations à la * fois sûres et actives. Chez nous^ ces opérations^ que nous appellerons de première classe y sont plus divisées , soit parce que les affaires sont moins considérables et moins actives^ sait parce que les opérations de caisse du commerce n*ont pas encore été transportées, comme à Londres^ chez les banquiers^ soit parce que la Banque de France absorbe le meilleur papier dans ses portefeuilles.

2^ Maisons qui opèrent sur des dépôts mixtes.

Les comptes courants mobiles de première classe ne suffisant pas aux capitaux et à Tactivité des banquiers, il s'est ouvert des comptes d'un autre genre. Des personnes étrangères au commerce ont apporté leurs économies en dépôt pour un terme assez long; en même temps, des commerçants dont les affaires ne suffisent pas habituellement à l'emploi de leurs capitaux ont fourni à leur banquier des fonds disponibles pour un certain temps. Les uns et les autres, en considération d'un intérêt qui leur était bonifié^ ont consenti à laisser leurs fonds chez le banquier plusieurs mois^ quelquefois plusieurs années, jusqu'à placement permanent et définitif. A côté de ces comptes^ il s'en est établi d'autres : des commerçants qui avaient plus d'activité que de capitaux ont présenté à l'escompte des valeurs à moyenne ou à longue échéance et réclamé le secours du crédit. L'intelligence du banquier a mis promptement en rapport l'offre d'une part et la demande de l'autre^ mesurant le crédit qu'il donnait à celui qu'il recevait.

Ainsi se sont constituées les maisons de seconde classe qui sont assurément les plus nombreuses en France et ailleurs. Aux affaires de première classe qu'elles peuvent obtenir, elles joignent l'escompte du papier à longue échéance et font parfois des avances temporaires à découvert.

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îci la -clientèle commence à se fiier : les relations sont moins mobiles^ parce qu'elles sont moins libres et beaucoup plus personnelles. Le banquier reçoit de chacun et donne à chacun plus de crédit que dans les maisons de première classe : il examine avec plus de soin les affaires de ses clients et ceux-ci s^occupent aussi un* peu de Tétat et de la conduite des siennes : ils appré* oient ses formes, sa facilité ou sa roideur, son exactitude ou sa Dégligence, sa discrétion ou sa légèreté. Le papier de seconde classe se compose d'effets plus nombreux que celui de la première classe^ mais l'importance de chaque effet est moindre : dans la seconde^ classe, les commissions donnent encore au banquier la meilleure part de ses bénéfices; mais la différence des intérêts acquiert plus d'importance au compte de Profits et Pertes : l'en* semble de ses affaires présente un aspect plus lourd que dans la première classe, et s'il peut impunément se contenter d'un encaisse moindre, il fait sagement d'opérer sur un capital plus considérable, parce que le portefeuille^ garni d'effets à plus longue échéance^ peut être plus difficile à réaliser et présente des chances de perte plus grandes.

Toutefois la liquidation d'une bonne maison de cet ordre peut s'opérer sans trop de difficulté. Les négociants auxquels elle donne du crédit ne lui empruntent qu'une partie de leur capital de roulement dont ils peuvent^ à la rigueur^ se passer, en restreignant leurs affaires. Le banquier doit dépenser plus de travail^ d'attention, d'intelligence et engager un capital plus fort que dans le» opérations de première classe; mais en sonune les profits peuvent être encore abondants et assez faciles.

30 Maisons qui opèrent sur des dépôts à long terme.

Il -en existe un petit nombre à Paris et un nombre plus grand dans les départements : elles reçoivent en dépôts pour un temps assez long^ les fonds des petits et moyens capitalistes qui considèrent ce placement comme définitif ou tout au moins comme indéfini. Au lieu de demander l'ouverture d'un compte courant^ ces capitalistes prennent soit un billet du banquier^ soit un effet de son portefeuille à six mois^ huit mois, un an ou plus, payable à sa caisse et endossé par lui.

Ce banquier peut donc prêter à long terme en fondant ses bénéfices, moins sur la commission d'escompte ou de recouvre-

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ment^ que sur la différence d^intérêt. Il fiât deg STaao^ eu eowr meroe , non-eeulement pour ajouter à un fonde de roulement insvffiiant, maie pour donner ce fonds de roulement lui-même : il accepte du papier à longue échéance et ouvre à découvert des crédits garantis par des hypothèques. Les entrepreneurs, les manuiaçturiers^ les propriétaires qui entrent dans le commerce fournissent la matière ordinaire de ces opérations et a{^rfent au banquier leur compte courant commercial.

Les prête de ee genre sont de véritables primes d'encouragé*ment données au commerce, à ^industrie, àFesprit d*entre]^ise, et on peut considérer le banquier qui s'y livre comme le pionnier du crédit. Mais^ comme le pionnier^ il entreprend une besogne rude, pénible, dangereuse; sa clientèle est peu habituée au commerce, à ses lois et à ses besoins ; elle opère sur un terrain inconnu, souvent ingrat, où les débouchés manquent^ où les moyens de production trop chers et incertains peuvent faire avorter un grand nombre d'entreprises d'ailleurs bien conçues. Dans cep conditions, le succès d'un banquier peut souvent à juste titre être considéré comme un hasard heureux.

£n tout cas, le prêt sur hypothèque ne peut avoir d'échéance fixe; l'amortissement graduel de la dette a lieu quelquefois, mais très^rarement : une subrogation ou une vente sont les seules voies sur lesquelles on puiese raisonnablement compter pour liquider l'opération. La subrogation est toujours trèsHdiffioile et souvent impossible : preste la vente. Volontaire ou forcée, elle ne procure qu'une réalisation lente^ incertaine^ et dans laquelle il y a presque toujours des chancee de perte. L'hypothèque peut être mal assise, et d'ailleurs, nous l'avons vu, le prix des immeubles tombe quelquefois sous l'influence de certaines circonstances^ de manière à dérouter toutes les prévisions.

Les prêts de ce genre sont très«4angereux pour le prêteur et l'emprunteur, à moins quUls ne soient à longue échéance : alDis même, ils placent le banquier et son client dans un état de dépendance réciproque, nuisible quelquefois à la liberté qui fait faire les bonnes aflEsiires. A Texi^ration du contrat, si le rei^ou** vellement est impossible, s'il faut recourir à la réaUsatioUi la perte est toiQOura considérable pour ^empru^te^r^ et ^e peut attjSiQdr^ le préteur lui-même, parée qu'un imnietdde «ffeqté à

Pioclu9tri« n'a point de prix courant, Axm les prêta bjrpotbéeaires axaènent^ils la plupart dei })aoquidrs qui les pratiquât à garder pour leur compte des immeubles qui se vendent mal» au-dessous du prix présumé. Ces banquiers aliènent ainsi peu à peu la faculté de faire mouvoir leurs capitaux, et tombent quelquefois^ par cette cause^ dans Timpossibilité de remplir leurs engagements.

Ajoutons que les effets qui figurent aux comptes courants de cette classe sont plus nombreux encore^ et ont pour objet des sommes plus petites que ceux de la seconde.

Cette banque de troisième classe se contente d'un encaisse moindre que les deux autres ; mais il lui faut un capital plue fort, parce que ses opérations lentes, pénibles, se liquident diffi* cilement. Il faut aussi cbes le banquier, pour y réussir, des facultés d'un ordre plus élevé que pour réussir dans la prenûère et même dans la seconde classe^ parce que les difficultés, les ob« stades et les dangers, y sont infiniment plus grands»

La classification que nous venons d'indiquer est purement théorique. On ne peut pas dire rigoureusement que telle maison de banque soit de première^ telle autre de seconde et telle autre enfin de troisième classe. La plupart de celles qui existent r^u* lussent même les combinaisons des trois classes d'opérations, mais dans des proportions difiGérentes. Deux grandes maisons de premier ordre, dont le capital réuni s'élevait à 39 millions, et qui avaient vu passer, dans leur portefeuille, près dehuitcents millions en 1847, ont péri^ en 1848, par Teffet des opérations de troisième classe faites avec des dépôts de première classe ; par des prêts hypothécaires en garantie de crédits industriels faits au moyen de dépôts remboursables à vue. Mais si notre classification est théorique, elle n'est pas arbitraire, parce qu'elle résulte des rap-. ports nécessaires qui existent entre le caractère des dépôts et celui des placements, et qu'elle indique avec précision la raison des diverses combinaisons de banque, les avantages et les inconvénients, le sens vrai de chacune d'elles*

Rappelons sommairement les traits distinctifs des trois classes que nous avons définies.

Première classe : quasi-égalité des dépôts et des placements, les uns et les autres à courte échéance; intérêt minime ou nul,

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placements peu productifs : opérations et commîssioils multi-' pliées sur des sommes considérables fournissant le principal élément de profit : clientèle mobile, encaisse fort, capital propre médiocre, parce que les placements présentent peu de chances de perte et sont facilement réalisables : liquidation à volonté.

Seconde classe : inégalité plus grande entre la somme des dépôts et celle des placements ; les seconds l'emportent : encaisse moindre, capital propre plus fort, parce que les placements sont plus chanceux et moins promptement réalisables : liquidation un peu lente, mais possible; clientèle plus fixe. Les profits se fondent autant sur les différences d'intérêts que sur les commissions. Dépôts et placements à plus long terme ; effets plus nombreux ayant pour objet des sommes moindres.

Troisième classe : la somme des placements l'emporte beau-* coup sur celle des dépôts. La clientèle est presque fixe; les affaires se renouvellent lentement, et les profits naissent plutôt de la différence des intérêts reçus et des intérêts payés que des commis* sions; effets nombreux et petits, encaisse médiocre, capital propre relativement très-fort, parce qu'il faut courir des risques de retard dans les réalisations, et aussi plus de chances de perte.

Ces trois classes forment, on le voit, une série régulière, dans laquelle la progression est uniforme. Encaisse, capital propre, mouvements du portefeuille, coupure des effets, tout subit, de la première à la troisième classe, les mêmes variations. Si cette classification est théorique , elle est du moins établie sur les faits, elle ressort de la nature même des choses, et les lois qui en résultent ne peuvent être violées impunément. On Ta bien vu chaque fois qu'on a voulu établir des placements hypothécaires ou seulement à long terme, sur des dépôts de première classe, ^chaque fois qu'on a entrepris de faire des placements de troisième classe avec un capital propre médiocre et qui pourtant, dans la première classe, aurait suffi à un chiffre quadruple d'affaires. De même, on a vainement essayé de fixer la clientèle dans la première classe et de la mobiliser dans la troisième. Tous ceux qui ont voulu établir une banque contre la loi naturelle des choses ont échoué, comme échouerait un constructeur qui tenterait d'établir une machine, sans tenir compte des propriétés de ses ma* tériaux et des lois de la pesanteur.

bjUiques du commerce. 149

§ 3. — Oscillations des dépôts et des placements •

L'art du banquier consiste à tenir les fonds dont il dispose aussi employés que possible, aux conditions les pluslucrativeSy et cependant à n'être jamais embarrassé pour faire face^ soit aux demandes de remboursement de dépôts soit aux besoins légitimes de ses ayants compte. Pour parvenir à résoudre ce problème^ il doit posséder une connaissancee approfondie et spéciale des habitudes de sa clientèle et des causes qui peuvent amener un accroissement de demande ou d'offre de capitaux : car les affaires sont rarement calmes et égales à elles-mêmes ; tantôt les fonds affluent chez le banquier^ tantôt il éprouve de la peine à suffire aux paiements ^ de telle façon qu'il est quelquefois obligé de chercher des capitaux^ et quelquefois de courir après les placements.

On comprend tout d'abord que ces alternatives de hausse et de baisse soient naturellement considérables dans les affaires de première classe, moyennes dans celles de seconde , et presque nulles dans celles de troisième classe^ sous l'exception toutefois des causes particulières et locales. En tout cas^ ces alternatives, tantôt périodiques et spéciales, tantôt générales, ont un caractère temporaire.

Où et dans quelles conditions est-il avantageux au banquier de chercher tantôt des placements et tantôt des fonds?

Ceux qui font principalement des opérations de première classe sont presque tous en rapport avec la Banque de France ou ses succursales. En temps ordinaire, ils y réescomptent une partie de leur portefeuille. Lors donc que les dépôts abondent dans leur caisse, ils ont un placement facile et commode dans leur porte* feuille même ; il leur suffit d'user plus sobrement du réescompte. Si l'abondance devient telle que le portefeuille ordinaire ne suffise plus au placement, ils peuvent acheter des bons du trésor ou, à Paris, des bons de monnaie qui produisent, il est vrai, un médiocre intérêt, mais dont la négociation est toujours facile, dont la valeur ne varie point, et djnt le paiement à l'échéance peut être considéré comme certain ; c'est une sorte de papier de commerce de premier ordre.

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Par rachat de rentes ou d'actions industrielles, on obtient un intérêt assez élevé, tout en conservant la faculté de réaliser à volonté : mais à quel prix î La chose est incertaine^ et les variations qui ont lieu entre l'époque de l'achat et celle de la vente, peuvent donner lieu à des pertes d'une importance supérieure à celle de l'intérêt bonifié. Elles peuvent présenter aussi des chances de gain; mais alors il faut jouer^ et chacun sait combien il est difficile de conduire de front et sans accident le jeu et les affaires régulières.

On préfère généralement placer sur les reports * ce qui équivaut à un prêt de quiiize jours ou d'un mois sur dépôt d'actions ou de rentes. Dans cette opération^ le banquier possède^ outre le dépôt, un garant qui est l'emprunteur cautionné lui-même par son agent de change. Le placement sur report donne des produits très-variables, mais quelquefois très-élevés.

Souvent on offre au banquier des prêts sur consignation ou même sur nantissement de marchandises. Ces opérations présentent plus encore que le prêt sur le report le danger de perdre, s'il faut réaliser. Toutefois il est facile, dans les prêts de ce genre, de se réserver une marge pour les éventualités de dépréciation de la marchandise.

En somme, le banquier qui fait principalement des opérations de première classe ne peut guère être embarrassé par les dépôts. Sa clientèle est mobile ; il peut donc refuser les fonds qu*on lui apporte, ou n'en payer qu'un très-médiocre intérêt, et s'il éprouve des besoins extraordinaires, il lui est facile de réescompter son portefeuille à la Banque de France.

Celui qui pratique surtout les opérations de seconde classe, dont la clientèle tend à se fixer, et qui veut établir avec elle des relations durables, est moins libre dans ses mouvements. Les comptes qui lui fournissent ses placements habituels ont un caractère plus personnel : ils sont réglés tantôt par des engagements positifs, tantôt et le plus souvent par des habitudes qu'il est utile de maintenir. Chaque ayant compte suppose qu'il trouvera toujours chez son banquier des conditions de crédit égales et sur lesquelles les considérations tirées de la balance de son compte

* Voyez pag« 124 et Buivanies.

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doivent seules exercer quelque influence : il ne songe ni au besoins extraordinaires que peut éprouver le banquier, ni aux erises commerciales : ce n'est pas à ]ui de s'en occuper. Il a disposé ses aifaires dans la prévision qu'il lui suffisait de tenir son compte en bon état pour obtenir toiyours un crédit égal> et le banquier est intéressé à maintenir Cette conviction dans sa clientèle»

Si le banquier comprend cet intérêt^ il ne doit s'engager dans les placements ordinaires par compte-courant que jusqu'à concurrence d'une moyenne d'affaires ou d'un minimum prévu* liOrsque les dépôts abondent et viennent à l'embarrasser^ il doit chercher des placements de réser\'e plus impersonnels^ tels que bons du trésor, bons de monnaies^ etc« Il peut aussi demander à ses correspondants du papier de portefeuille en bonnes valeurs, à plus longue échéance qu'à l'ordinaire. Ces crédits, lorsqu'ils sont judicieusement offerts, ne tirent pas à conséquence, parce que les banquiers auxquels ils sont ouverts ne les considèrent jamais comme permanents et n'éprouvent aucun désappointement à voir réduire les réescomptes de ce genre. La rente, les actions indus* trielles, le report, la consignation et le nantissement de marchandises s'offrent aussi avec des avantages et des inconvénients dont nous avons déjà parlé.

Le placement qui semblerait le plus simple et le meilleur, c^lui que les banquiers préfèrent souvent, parce qu'il est plus commode, est celui qui résulte d'une facilité plus grande accordée à la clientèle. On accepte, par exemple^ à l'escompte, du papier à I^us longue échéance, on ouvre des crédits à découvert. Mais ces placements sont-ils bien sûrs? N'engagent-ils pas pour un temps bien long les capitaux prêtés ? Ces capitaux reparaitront-ils au moment précis dubesiHn? Telles sont les questions auxquelles il faut mûrement réfléchir avant de faire des opérations de ce genre. En admettant même que ces placements soient satisfai gants^ est-on sûr de ne pas déranger les afEaires de Tayant compte et de ne pas l'indisposer, lorsqu'il faudra rentrer dans les condi tions normales? ,

L'expérience a montré qu'un grand nombre de banquiers s'étaient compromis pour avoir ouvert légèrement, dans un moment où leur caisse était surchargée, des crédits à leur clientèle. En efièt^ dans Fétat normal, lorsqu'un banquier ouvre un compte, il

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prend ses renseignements, fait ses réflexions et décide en luimême jusqu'à quel point il veut s'engager. S'il va plus tard audelà de sa résolution première pour se débarrasser d'un encaisse trop lourde il agit sous l'impulsion d'une cause extérieure et d'un état de passion qui peut troubler son jugement. 11 y a gros à parier qu'il place mal^ de manière peut-être à nuire à son client et à lui-même.

L'excès temporaire de l'encaisse d'un banquier peut avoir des causes locales et spéciales : il peut aussi résulter de l'état général des affaires. Dans le premier cas, les placements sur rentes, actions^ nantissements et consignations ont peu d'inconvénient^ parce qu'il n'existe aucun motif financier pour prévoir une baisse de prix : au contraire, lorsque l'excès d'encaisse a son origine dans l'état général des affaires, les prix sont fort élevés et on doit s'attendre à une baisse. En ces matières, du reste, le banquier doit tenir compte du temps et du lieu, savoir mesurer par approximation la durée probable des périodes de hausse et de baisse et prévoir les éventualités qui peuvent en sortir : s'il est loin du marché central, qu'il soit prudent, parce que ses informations sont plus imparfaites et plus lentes. En tout cas, l'acquisition du bon papier de commerce lui offrira toujours le placement, sinon le plus lucratif, au moins le plus commode et le plus sûr.

Lorsque surviennent les crises^ le banquier prudent y fait face en réalisant ses réserves, la portion la plus mobile de ses placements. Réduire, en de tels moments, les facilités accordées aux ayants compte est une mesure désastreuse qui peut causer leur ruine et qui leur inflige presque toujours des pertes considérables : c'est pourtant à cette mesure extrême qu'est réduit le banquier, lorsqu'il ne s'est pas ménagé une réserve en dehors de ses opérations courantes : au lieu de porter secours à ses ayants compte, il achève de les écraser. Celui qui n'a pas exagéré ses crédits pendant la bonace peut être égal à lui-même durant la crise et quelquefois même se montrer plus libéral qu'à l'ordinaire. S'il est toujours forcé de signifier un grand nombre de refus, ses ayants compte n'en éprouvent que du regret r ils ne peuvent se plaindre, lorsqu'ils jouissent, après tout , de leur crédit accoutumé.

C'est dans les grandes alternatives d'abondance et de rareté des

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disponibles que parait dans tout son jour la capacité ou Tincapacité du banquier. C'est par la manière dont il conduit ses opérations dans Tune et l'autre fortune qu*il devient le soutien ou le fléau de sa clientèle^ qu'il se l'acquiert ou la détruit. Si son habileté, si sa capacité ne sont pas toujours comprises, elles sont au moins toujours senties^ et dans les afiTaires on distingue instinctivement celui qui sème la ruine^ de celui autour duquel les fortunes s'élèvent.

Dans les banques établies sur les opérations de la troisième classe^ les osciUations sont lentes et peu marquées; mais comme les dépôts produisent un intérêt assez élevé, les excès d'encaisse sont plus onéreux que dans la première et la seconde classe. D'une part donc le banquier est plus vivement sollicité à placer, et de Tautre il a peine à trouver un placement qui reproduise rintérèt payé au capitaliste. La difficulté en face de laquelle il se trouve est réelle et considérable, et le désir de la surmonter a fait commettre souvent de fausses opérations. Au fond^ il n*y a de placement sûr et convenable^ en ce cas^ que l'escompte du bon papier de commerce.

Mais ce papier est rare à certaines époques^ et n'en a pas qui veut. Quelquefois donc le banquier entre plus avant dans la voie des crédits à découvert et des prêts hypothécaires : quelquefois même il se laisse tenter et joue à la Bourse. Là les spéculations^ toujours dangereuses, ne le sont jamais davantage que dans les temps d'excitation commerciale. Combien de banquiers de département y ont trouvé leur ruine ou s'y sont gravement compromis? Pouvait-il en être autrement? Les départements n'éprouvent les inconvénients de l'abondance des capitaux que par contre-coup, longtemps après Paris et lorsque la période d'excitation du marché central touche à son terme^ c'est-à-dire à Ja veille des désastres et des paniques. Celui qui vient, dans un tel moment, jouer sur un marché qu'il ne connaît pas, contre des gens qui suivent ce marché par profession, qui sont renseignés d'heure en heure, aurait un bonheur bien étonnant s'il réussissait dans ses opérations. Ëût-il réussi une fois, qui pourrait l'avertir, à l'heure convenable, qu'il est temps de se retirer?

Tout banquier de commerce doit se faire une loi de ne point se commettre dans les spéculations de Bourse; mais c'est à peu

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près la seule rtgle générale que l'on puisse poser en principe^ Quant aux placements des excès d'encaisse^ quant à la recherche des voies et moyens en temps de crise^ chacun manœuvre sui* vant les occasions^ les circonstances et surtout suivant son m* ractère. a Quelque personnaige que* Thomme entreprenne^ dit » Montaigne, il joue toujours le sien parmy. » Cette vérité a son application en banque aussi bien qu'ailleurs ; il y a des banquiers qui étendent ou restreignent, d'après le besoin, leurs opérations sur leur propre clientèle, gagnant davantage un moment, au risque de perdre plus tard; d'autres, plus prudents ou moins hardis, préfèrent les gains uniformes. Les uns sont patients et étendent au loin leur prévoyance^ les autres vont au jour le Jour et réussissent ou échouent en peu de temps ^ selon les occurrences.

§ 4. — Administration des Comptes Courants,

tout banquier de commerce ouvre des comptes courants à d*autres banquiers, à des capitalistes et à des marchands ou in* dustriels. Il y a, pour l'administration de ces comptes courants^ quelques lois communes et des règles particulières.

On s'accorde à reconnaître que dans tout compte courant, le banquier doit être couvert^ c'est-à-diré ne verser aucune somme s'il n'en a reçu auparavant le montant en espèces ou Téquivaleut en effets. On s'accorde aussi à n'admettre à l'escompte, et par suite au compte courant, que les effets résultant d'opérations Commerciales ayant, indépendamment de la garantie des signar tures, une sorte de gage ou plutôt une représentation en marchandises ou créances régulières.

Les banquiers ont entre eux, de place en place, des comptes courants dans lesquels ils ont Thabitude d'observer strictement la règle générale contre les crédits à découvert. Le compte s'ouvre presque toujours, après conventions arrêtées, par une remise en recouvrement : celui qui Ta reçue couvre par une remise en papier à plus ou moins longue échéance, suivant l'état de ses affaires. S'il est dans une situation normale, il ne couvre guère qu'en valeurs brûlantes. Les tirages directs sont rares : le créditeur attend la couverture de son compte et cesse de remettre, dès qu'il veut ralentir les rapports*

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De banquier à banquier^ les crédits sont interdits par Tusage. n y a cependant deux exceptions i dans les spéculations sur les arbitrages ou sur les fonds publics, qui se font presque toujours de compte à demi, il n'est pas rare de voir un banquier tirer sur l'autre à découvert : à l'intérieur, lorsque le change est contraire à une localité, lorsque de grandes émissions d'espèces y sont nécessaires pour les achats à faire à la campagne, les banquiers de cette localité remettent quelquefois à Paris du papier à longue échéance^ ce qui équivaut à un emprunt, lorsqu'on les couvre en papier brûlant.

Il y a des comptes qui apportent du crédit au banquier, d'autres lui en demandent, d'autres enfin en apportent et en demandent alternativement. Ce sont les premiers qui règlent, comme nous Tavons déjà dit, le reste de ses opérations, les seconds lui fournissent des affaires courantes et faciles, les derniers sont Tobjet de sa plus vigilante attention. Chaque banquier règle les conditions de ses comptes courants d'après les nécessités de la concurrence et les exigences des capitaux dont il dispose. Les mouvements s'effectuent par des remises réciproques d'espèces ou de valeurs soit à l'escompte, soit en recouvrement.

Le premier soin du banquier est de s'informer de la solvabilité et du caractère de celui auquel il se dispose à offrir ou à consentir un compte courant. Il examine ensuite et toujours si les effets présentés à l'escompte ou remis en recouvrement sont bons ou mauvais; s'ils ne résultent ni d'un faux matériel, ni d'une fraude ; si celui qui les fournit est digne de crédit, si Ton doit raisonnablement présumer qu'il en remboursera le montant dans le c^s où ces effets ne serait pas payés. Le banquier regarde également si réloignement de Véchéance ne met pas ces effets hors des conditions ordinaires de ses opérations ; il suit avec attention les mouvements du compte en crédit et en débit ; il veille à ce que les couvertures soient remises exactement et dans les conditions arrêtées dans le principe ; à ce que les effets escomptés à encaisser ne dépassent pas le montant du crédit qu'il lui convient d'accorder. Lorsque, par exception, on lui demande l'ouverture temporaire d*un crédit à découvert, il refléchit et prend un parti.

Afin de mieux apprécier les habitudes et les affaires de leurs

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clients^ de manière à prévoit les besoins et éviter les fraudes^ les banquiers^ dans les grands centres de population^ aiment à spécialiser leurs affaires. A Paris, à Londres, à New- York, tel banquier fera des affaires avec lei marchands de métaux, tel autre avec les marchands de cotons, de spiritueux, de denrées coloniales, etc. Cette division du travail s'est effectuée tout naturellement et sans calcul, parce qu'elle était dans l'intérêt de tout ie monde. Le banquier y trouve un moyen d'obtenir une connaissance plus intime des affaires de ses ayants comptes, et de pouvoir, en même temps, se garantir et mieux satisfaire à leurs besoins. Dans les départements où tout le monde se connaît, où le chiffre peu élevé des affaires exige qu'elles soient réunies, cette division par spécialités n'a pas lieu et n'est pas nécessaire.

Tant que le client et le banquier réussissent dans leurs opérations, tout est facile dans les relations : mais dès que les affaires du client commencent à décliner ou à s'embarrasser, ou dès qu'il veut, à tout prix, obtenir plus de crédit que le banquier n'en veut accorder, les difficultés commencent.

Un compte peut décliner de deux manières : par des retours subits et considérables ou par des remises lourdes et lentes. Les retours fréquents attestent, ou que les opérations de l'ayant compte sont faites légèrement et mal liées, ou qu'il travaille avec des gens' d'une foi douteuse : dans les deux cas, le compte réclame une attention vigilante de la part du banquier qui ne peut plus se reposer sur la balance apparente. Quelques maisons de banque, dit-on, aiment les retours, parce qu'ils donnent lieu à une commission double ou triple et à des bénéfices de correspondance; mais plus d'une fois, probablement , ces commissions et ces bénéfices ont été chèrement achetés.

ï^ lenteur des remises, la présentation de papier à plus longue échéance, attestent généralement, ou la négligence, ou le déclin des affaires du négociant. Au commencement , par exemple, son compte était habituellement créditeur ; puis il se balance à peu près exactement , ensuite le négociant qui remettait du papier à 10, 15, 30 jours au plus, remet des effets à deux mois, à trois mois ou même à plus long terme; enfm , il laisse son compte débiteur et augmente ses demandes. Lorsque ce mouvement de décadence est continu , lorsqu'il se prolonge longtemps , c'est un

BÂNQtltâ t)D GOMMtlRCË. 157

âigne infaillible auquel le banquier ne peut être trompé : mais il aurait tort de prendre l'alarme au premier changement; des achats, des approvisionnements extraordinaires, des ventes qui se réalisent lentement , peuvent altérer l'aspect d'un compte, sans qu'on puisse en conclure que les aflaires du négociant sont mauvaises. Si rembarras n'est que temporaire, le compte ne tarde pas à se rétablir. — Quelquefois aussi le compte présente un aspect inquiétant par l'effet de la négligence d'un négociant qui n*a pas les habitudes commerciales; en ce cas, un avertissement, répété au besoin, doit sufQre poyr ramener les remises à l'état normal.

Quand l'état des affaires du négociant se manifeste ainsi par des signes matériels en quelque sorte , les difiîcultés sont mé- <diocres. Le banquier n'a qu'à prendre parti sur une situation qu'il 'connait, parce que son client est de bonne foi, à restreindre ou à îermer le compte. Le danger est bien autrement grand, lorsque le banquier a été abusé par du papier de complaisance et des tirages 'en lair. Alors, en effet, l'aspect du compte courant ne fournit ^ucun moyen de pressentir la vérité; le chiffre des affaires s'élève, les remises sont plus abondantes, et de temps en temps seulement à une échéance un peu éloignée. Mais c'est ainsi que se modifie h compte des maisons dans lesquelles l'activité du travail multiplie les affaires jusqu'à excéder quelque peu la puissance du capital. Or les maisons placées dans ces conditions sont justement celles qui donnent au banquier les plus beaux bénéfices : commissions multipliées, recouvrements faciles, compte d'intérêts tavorablfô; ce sont celles auxquelles le banquier s'attache le plus fct qu'il traite avec le plus de faveur. Quelle déception n'est pas la tsienne, s'il apprend tout-à-coup que telle maison dont le compte «donnait de beaux produits, et était très-régulièrement tenu , le laisse -à découvert pour une somme considérable, bien supérieure au crédit accordé, lorsqu'il supposait les affaires de cette maison prospères; s'il apprend que ce crédit a été obtenu par la remise en compte de papier de complaisance ou de lettres tirées en l'air! Voici de quelle manière sont créés l'un et l'autre : Le papier de complaisance ne peut être fait que par la complicité de deux ou de plusieurs personnes. Jean , de Nantes, qui n'a tait avec Jacques, de Paris, aucune affaire commerciale, tire sur

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lui y soit pour 1 ,000 fr . à un , deux ou trois mois ; lacques accepte la traite et, afin de se payer de sa complaisance, tire sur Jean pour une somme égale, à peu près à la même échéance que la traite de celui-ci f qui donne son acceptation. Jean et Jacques se procurent chacun, par ce moyen, un effet de 1,000 fr., très-régulier en la forme, et par l'escompte duquel ils obtiennent un crédit d'égale somme chacun chez son banquier. Vient l'échéance des traites : si remprunt avait été fait pour peu de temps, si les fonds obtenus avaient reçu un bon emploi, ils pourraient servir à l'acquit des traites et les deux banquiers se trouveraient remboursés. Mais il est rare que les emprunts à découvert soient éteints aussi vite et avec tant d'exactitude, surtout lorsqu'ils ont été effectués par une manœuvre frauduleuse, en abusant le préteur. Toutefois, le négociant qui sait s'ouvrir un crédit si facilement , ne laisse pas protester ses acceptations; il crée de nouvelles traites qui sont né* gociées de la même manière que les premières, et dont le produU sert à acquitter celles-ci. Puis, une fois sur cette pente, il ne s'ar-* rète pas; il multiplie les effets sans cause commerciale , et en grossit son compte chez le banquier, dans l'esprit duquel ces effets représentent des affaires réelles excellentes, parce qu'ils sont ponctuellement acquittés à l'échéance.

Si la chose se pratiquait exactement comme nous venons de la décrire, le banquier aurait quelque chance de découvrir la vérité. L'acceptation de Jean, de Nantes, pourrait lui être remise en recouvrement'par un correspondant de Paris et il s'étonnerait avec raison de la réciprocité du tirage, de l'identité de somme et d'échéance. En effet, deux négociants que leurs affaires régulières constituent alternativement débiteurs et créditeurs l'un de l'autre, sont en petit nombre dans le commerce, et ceux-ci ont l'habitude de compenser leurs comptes et de ne tirer que pour le montant de la différence ou balance. Le banquier de Jean, en allant aux renseignements, arriverait bientôt à la connaissance de la vérité. Mais s'il y a trois complices, si Jean tire sur Jacques, et si celuici, au lieu de se rembourser sur Jean, se rembourse par un tirage sur Pierre, de Bordeaux, et si celui-ci, à son tour, se couvre en tirant sur Jean, la réciprocité des tirages cesse d'être apparente, surtout si les relations de commerce établissent habituellement Jean créancier de Jacques, Jacques créancier de Pierre et celui-ei

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créancier de lean. Quant à Tidentité des somines et des échéances, elle se dissimule {acilement par l^ouverture d'un compte courant d'acceptations de complaisance entre Jean^ Jacques et Pierre.

Heureusement^ un tel concours de circonstances est rare, parce qu'il suppose la complicité de trois maisons d*un crédit établi et faisant ensemble des affaires réelles* Or les maisons dont le crédit est établi ont une responsabilité; d^ailleurs, la fabrication du papier de complaisance suppose une certaine confiance réciproque entre ceux qui s'y livrent, et cette confiance ne peut guère exister, parce que chacun d'eux sait fort bien que ses complices ne sont pas plus que lui-même d^honnètes gens.

liais il existe d'autres procédés plus simples et plus usités pour dissimuler la réciprocité du tirage, le feu croisé^ cros$ firing^ comme disent les Anglais. U créateur du papier dissimule sa qualité et prend celle de premier ou de second endosseur par l'interposition de signatures sans valeur, qu'il achète au prix d*UQe rétribution fort légère. A Paris^ ce commerce de signatures est très-pratiqué dans les régions inférieures du crédit : il a ses courtiers , ses cafés , sa bourse ; mais ce trafic et les signatures qui en fout Tobjet sont bien connus des banquiers, et ce ne sont pas eux qui s'y laissent prendre.

Le tirage en l'air est plus facile encore que la création du papier de complaisance, parce quUl ne suppose l'assistance nécessaire d'aucun complice La plupart des recouvrements de Pans sur les départements et d*un département à l'autre se font au moyen de traites ou mandats qui sont négociés sans acceptation. Le négociant de mauvaise foi peut donc tirer sur une personne qui ne lui doit rien ou même qui n'existe pas, et passer la traite à son banquier en compte courant. Quelque temps avant Téchéance, il prend le montant de cette traite dans la caisse même du banquier et le couvre par une nouvelle remise du même genre que la première; les fonds sont envoyés au domicile indiqué , et la traite est payée fort exactement à Téchéance. Il ne manque pas de négociants, honnêtes d'ailleurs, qui consentent à prêter leur nom aux tirages en Tair, à payer avec les fonds envoyés la veille ou le jour de Téchéance par le tireur.

On peut, ce semble ^ facilement reconnaître le tirag[e en Tair

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en présentant la traite suspecte à Tacceptation; mais, dans l'état actuel des habitudes du commerce moyen et inférieur dans les départements, cette présentation est un acte fort grave et qui n'amènerait pas toujours la découverte de la vérité. Si Ton excepte un petit nombre de maisons* de gros^ placées dans les grands centres ou engagées dans le commerce extérieur^ la plupart des commerçants éprouvent une grande répugnance à accepter une traite, même lorsqu'elle est légitime et régulière. Le marchand au détail notamment, dont les rentrées sont incertaines et qui n'a pas de banquier, n'est jamais sûr de payer à l'échéance, et il veut se réserver la faculté de répondre au protêt, s'il ne peut payer, qu'il ne doit rien ou qu'il n'est pas d'accord sur le compte avec le tireur. Cela est triste à dire : il est douloureux de constater ces usages peu civilisés du commerce inférieur, mais ils existent et ne peuvent disparaître que par la diffusion du crédit dé banque, toujours fondé sur une exactitude rigoureuse dans Texécution des engagements.

D'autres causes encore s'opposent à la présentation. Trop souvent le tireur a besoin d'un crédit immédiat et il remet sa traite au banquier aussitôt que sa facture est établie, lorsque la marchandise qui en fait l'objet est encore chez le commissionnaire de roulage, en route, en rivière ou en mer. Le tiré n*a reçu que la facture et serait disposé souvent à refuser l'acceptation : en tout cas, il ne la donnerait qu'avec déplaisir et en constatant, chose grave, que son vendeur éprouve un pressant besoin de crédit. Ainsi le tireur et le tiré, chacun pour des motifs particuliers, résistent à l'établissement d'habitudes régulières, et, dans le commerce de gros même, on a imaginé des lettres de change imparfaites sous le nom de a mandats non susceptibles d'acceptation. »

Enfin les lettres tirées pour de petites sommes sont en trèsgrand nombre, et le banquier ne pourrait les présenter à l'acceptation sans exiger pour ce service un prix supérieur aux conunissions de recouvrement elles-mêmes.

Ainsi, dans l'intérieur de là France, la non-présentation est la règle, et l'acceptation n'a lieu que pat exception, même pour les lettres de changes régulières. Les choses sont à ce point que le th'eur considérerait la présentation de ses traites à l'acceptation comme un témoignage de défiance, comme une ii\jure qui, dans

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