‹ Traité théorique et practique des opérations de banqueChapitre 60 sur 168 · BANQUES DU GOMMERCE · texte numérisé non relu

BANQUES DU GOMMERCE

rétat actuel des habitudes, justifierait une rupture et nuirait, 3*il n'y avait cause^ à la réputation du banquier. En effet la présentation diminuerait la considération du tireur dans l'esprit de ceux auxquels les traites seraient présentées.

Toutefois^ comme la Banque de France et les Comptoirs d'escompte n'admettent que des effets réguliers et acceptés^ les habitudes du commerce tendent sensiblement à se régulariser sous le rapport de Tacceptation. Bientôt^ probablement, les petites traites seules en seront dispensées et l'opinion plus éclairée reconnaîtra que la présentation doit être la règle et la non-présentation l'exception. En attendant^ les idées et les habitudes qui régnent encore sur cette matière imposent au banquier une extrême vigilance^ car^ bien que le papier en l'air soit heureusement rare en France et que le commerce de ce pays manque plutôt d'exactitude que de probité, on a vu négocier quelquefois des quantités considérables de papier de cette espèce.

Il est impossible d'indiquer des signes certains et un ensemble de précautions qui garantissent le banquier contre le papier de complaisance et les traites en l'air. Il doit d'abord, sans doute^ en prenant les informations qui précèdent l'ouTerture du compte courant^ étudier avec soin le chapitre des habitudes et de la moralité du commerçant avec lequel il va se lier. Une fois le compte ouvert, conçoit-il quelques soupçons^ il doit s'informer directement s'il est vrai que le tireur et le tiré aient entre eux des relations d'affaires^ si l'importance de ces affaires correspond avec celle indiquée au compte courant, etc. On regarde aussi avec défiance les traites du commerce de marchandises en nombre» ronds, tels que 1,000,2,000, 3,000 fr., parce qu'il est rare qu'une facture ou une balance de comptes fournissent des nombres ronds.

Lorsque le papier de complaisance ou le tirage en l'air sont employés systématiquement^ il existe cependant un signe gêné* rai auquel on peut les soupçonner, sinon les reconnaître : le mouvement du compte courant est ascendant. En effet il faut du temps pour développer une émission de titres factices et pour la dissimuler dans un certain mouvement d'affaires réelles : d^ailleurs, on le comprend, des emprunts contractés à des conditions pareilles^ chargés, outre l'intérêt^ de commissions de banque et de frais de transports effectifs d'espèces^ sont presque toujours

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ruineux. Le oonunerçant qui y a recours ii'empk)ée guère de Mi moyens que pour dissimuler le msurais état de ses BËabneB, espérant qu'il comblera i'abime au moment même où il Ta^andit; ou bien il essaie, en désespéré, de prolonger le plus qu'il peut une aisance qui lui édiappe. C'est pourquoi les crédits de ce genre impriment au compte courant un mouveihent ascendant et presque en tout semblable à celui d'une maison activement ccmduite et en pleine prospérité.

Il y a cependant deux symptômes auxquels le banquier ne peut guère se tiromper. Lorsque la comptabilité d'une maison indique d'une manière ^certaine la négligence ouïe désordre; lorsque les dépenses personnelles y deviennent considérables et surtout dé* réglées , lorsque l^s habitudes personnelles de l'ayant compte se dérèglent aussi, il n'y a plus de doute, la maison marche à sa ruine. Ajoutons qu'il est extrêmement rare que les mauvaises affaires ne produisent pas sur Tentrepreneur de commerce ou d'industrie les effets moraux que nous venons d'indiquer, et s'il est vrai que Finconduite, quelque forme qu'elle ait, «oit une cause de détresse commerciale, il est constant que la détresse commerciale n'est pas moins souvent la cause première de l'iBconduite, de Tirl'égularité des habitudes. Quelque soin que Tayant compte mette à dissimuler ces symptômes, il a de la peine à y parvenir sous les yeux d'un banquier vigilant et sensé.

Mais quelques soins, quelques précautioiis que prenne un banquier, quels que soient son esprit et sa vigilance, il 66t exposé à éprouver des pertes et il doit, tout en faisant effort pour les éviter, s'y tenir préparé. Non-seulement, en effi^, les papiers de complaisaïkceet les tirages en l'air sont pratiqués par des maisons de commerce, mais on a vu des banquiers eux-mêmes s'y U* vrer. Ainsi, il y a qmlçues années, une maison de banque, établie sur une des piincipales places de France, succ(»nbait en même temps qu'une maison de Londres et une maison d'Amsterdam avec lesquelles elle avait échangé des acceptations de complaisance. Vers la même époque, une maison de banque du centre de la France avait affermé par un intermédiaire une forge et unhaut-^ouraieau qui lui servaient moins à faire de la fonte et du fer -qu'à fabriquer 4es lettres de change en l'air. Le maître 4e (forges remettait des traites importantes sur diveis marchands de

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te des ailles voisiiies : la maison de banque les pas^^ait en compte cour^dAt à œs correspondaDt^ et faisaiît les fimds à l'échéance. Tel mardbaod de fer qui n'ayait aucune affaire avec la forge ou qui y av^t peut-être pris une facture de 10 ou 1 5^000 fr., payait deux, tr<Hfi ou quatre cent mille francs de traites par an, et cela peadaal plusieurs années. Les usages n'admettant^ de banquier à banquier, que des effets à courte échéance, il fallait renouveler souvent les traites, acheter à un prix exorbitant le crédit obtenu par ee mc^en. P»b n'est besoin de dire que la maison de banque et la forge ont bientôt fait faillite en même temps

I^ papier de complaisance et le tirage en Tair sont ordinairem^t très^ffîeiles à reconnaître, surtout à Torigine, et c'est à l'origine qu'il importerait de les saisir. En effet, au bout de quelque temps, il est quelquefois bien tard : le banquier a fait des avances considérables : s'il ferme brusquement le compte et exige un remboursement immédiat, il peut déterminer une faillite et perdre la plus grande partie ou même la totalité de ce qu'il a avancé : s'il eoBtinue le crédit et le régularise, il peut fort bien avoir le sort d'un joueur qui, pour se racquitter, court de nouvelles chances et ajoute à ses pertes. S'il peut obtenir des garanties, hypothécaires ou autres, il ne doit pas manquer de les exiger. Quelquefois, comme disent les Anglais, il a nourrit le compte, » tolérant le découvert, réclamant des couvertures et essa) ant de rentrer p^a à peu, à fwce d'instances, dans les fonds qu'il se -trouve avoir avancés malgré lui. Mais ce procédé, qui peut être efficacs avec un client négligent et de bonne foi, dont on a laissé aller le compte ou qui se trouve tout-à-coup débiteur par suite de retours iaiprévus, réussit rarement à la suite de la négociation de valeurs fictives. La découverte de telles négociations, dans un de ses comptes coui-ants. est une des plus rudes épreuves auxquelles un banquie^r puisse être exposé. C'est dans ces occurrences qu'il doit se servir de tout ee qu'il a de prudence, de discrétion, de fermeté. Quant à la conduite qu'il doit tenir, il n'y a point de règles : tout ee qu'(»ûL peut dire, c'est qu'après avoir vérifié à fond la situation de son débiteur, il doit avisw et prendre parti au mieux de ses intérêts, sans bésitatidn et sur-le-diamp.

Oa admet ûréquranment dans tes comptes courants du papier qui, bi^j^iie aifieêre et sérieux, bien qu'il ait la forme extérieure

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du papier de banque^ n^en remplit pas pourtant les conditions essentielles. Ce sont des effets à moyenne échéance^ soitOO jours^ souscrits en représentation d'une avance à découvert, et destinés^ par une convention formelle, à être renouvelés deux, trois, quatre fois ou plus. En général ce papier reste à la nourrice dans le portefeuille du banquier ou d*un capitaliste et ne sert pas aux négociations courantes; mais lorsqu'il est employé, le banquier qui le reçoit doit toujours le surveiller avec défiance.

C'est par l'admission à l'escompte de papier ainsi créé que les banques par actions éludent les prescriptions de leurs statuts. Le prêt de 2,500,000 /. consenti en 1839 par la Banque de France à la Banque d'Angleterre, eut lieu sous la forme d'escompte de lettres de commerce tirées par la maison Baring sur diverses maisons de Paris. 11 n'y avait certes, dans cette affaire, aucune intention de tromper qui que ce fût, puisque l'Europe entièie était dans la confidence de l'opération : seulement on voulait respecter la lettre des statuts de la Banque de France, au moment même où on les transgressait ouvertement. Quelques-unes des grandes maisons d'escompte qui existaient à Paris avant 1848, avaient éludé les prescriptions de leurs statuts par le même procédé, elles avaient dissimulé des prêts hypothécaires faits sur des mines, sur des carrières, sur des forges, sur des ateliers de construction, sous la forme d'escompte de papier de commerce, et ce sont justement ces opérations qui, en immobilisant les capitaux de ces maisons^ ont causé leur ruine dans la grande crise de 1847-48.

Il ne faut donc pas accepter trop facilement et à la lettre les comptes-rendus que publient périodiquement les banques par actions et les bilans dans lesquels le résumé des opérations est figuré en chiffres seulement. Les escomptes, dit-on, se sont élevés à 300 millions : c'est fort bien! Il n'y a pas d'effets escomptés en souffrance : encore mieux 1 Les dividendes montent à 10, 12, 15 p. % : à merveille l Cet état de choses dure depuis plusieurs années : bravo I Mais combien existe-t-il, au fond du portefeuille^ d'effets à la nourrice, renouvelés de trimestre en trimestre, qui ont grossi le chiffre des escomptes, celui des commissions, élevé les dividendes, et qui tout- à-coup perdront toute valeur au moment du danger?... Voilà le point important, et c'est celui sur lequel les comptes rendus et bilans ne s'expliquent guère : aussi^

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n'est-il pas rare de Toir les actionnaires marcher gatment à leur ruine par un sentier facile, semé de fleurs et de dividendes.

Le banquier qui opère pour son propre compte n'est pas toujours exempt de ces illusions. Il est si doux de constater un bénéfice, de voir sur ses livres un beau compte profits et pertes, une balance d'inventaire satisfaisante, et de répandre en même temps le crédit, le travail, Taisance autour de soi I... Tous les sentiments les plus forts et les plus légitimes conspirent en quelque sorte pour pousser le banquier à Timmobilisation des capitaux et pour lui dissimuler à lui-même les dangers auxquels Texpose son imprudence. Il faut presque de l'héroïsme et de plus un peu de bonheur pour ne pas se laisser aller sur cette pente.

Aussi ne doit-on pas s'étonner de voir quelquefois sombrer toutà-coup et à Timproviste des maisons qui, pendant longtemps, avaient présenté tous les signes d'une prospérité éclatante, et de voir plus souvent encore disparaître dans une liquidation honorable, mais difficile, les bénéfices inscrits sur les livres depuis plusieurs années. Solon, dit-on, répétait souvent qu'on ne peut savoir si un homme a été heureux qu'après sa mort; on peut dire de même que la bonne gestion d'un banquier n'est bien constatée qu'après sa liquidation. C'est une vérité que ne doivent jamais perdre de vue ceux surtout qui veulent acquérir des suites d'affaires.

§ 5. — Deux questions pratiques,

1*» Un banquier doit-il mener de front avec ses opérations de banque un commerce ou une industrie? — On croit généralement que le commerce du banquier est exclusif de sa nature et qu'il n'est pas possible d'y joindre utilement l'exercice d'un commerce ou d'une industrie. En effet dans les entreprises de banque, comme dans toutes les autres, il est fort avantageux de spécialiser le travail, de restreindre les opérations non-seulement aux affaires de banque proprement dites, mais à une seule branche de ces affaires. Maïs on n'est pas toujours libre d'agir ainsi, et d'ailleurs il n'est pas rare, même dans les grands centres, de voir joindre ulilement quelques opérations de banque à l'exercice du commerce auquel elles se rapportent. Non-seulement les

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opérations de banque se combinent naturellement et sans difficulté avec la commission en marchandises et surtout avec la eonsignatioD^ mais on peot les joindre ayec avantage à un commerce de gros, par exemple, ou même à une industrie, lorsqu'elle n'occupe qu*une partie des capitaux de celui qui l'exerce.

Toutefois, il faut bien le remarquer, il n'est guère possîlile à une maison fondée dans ces conditions de prendre en dépôt les fonds d*autrui et d'emprunter à des comptes courants créditeurs une grande partie des capitaux dont elle dispose, parce qu'elle ne d<Ht jamais, si elle est dirigée par un homme prudent et consciencieux, être obligée de forcer à un moment donné la réalisation de ses propres marchandises ou de celles sur lesquelles elle a fait les avances. C'est pourquoi les combinaisons de ce genre conviennent moins aux banquiers qu*à de riches capitalistes.

Dans les petites localités, le banquier est parfois amené à exercer le commerce de marchandises par d'autres motifs que dans les grands centres. Les opérations de banque proprement dites ne peuvent bien souvent suffire ni à remploi de son activité, ni à l'emploi des capitaux dont il dispose. Dans cette situation, il est tenté de se livrer à d'autres opérations avec d'autant plus de raison que les dépôts faits chez lui sont presque toujours des dépôts de troisième classe, à très-long terme. On ne peut pas dire d'une manière absolu^ que, dans cette situation, le banquier ait tort de se livrer à des opérations autres que celles de banque : il est même possible que ces autres opérations soient bonnes ; mais on court toujours de grands risques lorsque Ton emploie à la - fois ractivité d'un seul individu à deux sortes d'affaires. 11 n'appartient qu'aux hommes supérieurs de surmonter les difficultés qui naissent de cette double direction; encore n'y parviennent-ils guère que pour un temps, et à la condition de posséder des capitaux propres assez importants : dans ce cas même il arrive qu'un jour ou l'autre il faut qu'ils sacrifient les affaires de banque H celles de commerce et d'industrie ou celles-ci aux affaires de banque. — On a vu bien souvent des maisons établies dans de petites localités périr pour s'être engagées légèrement et sans connaissances suffisantes dans des entreprises commerciales ou indus^

rielles.

2»» Le banquier doit-il commanditer des entreprises commer-

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