‹ Traité théorique et practique des opérations de banqueChapitre 66 sur 168 · SG · texte numérisé non relu

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L'expérience, on le yoit, ne répond pas, il s'en faut (Je beaucoup, d'une manière uniforme. Cependant ce n'est ni par des tentatîTea empiriques, ni sur les résultats d'un jour, que ces rapports sont établis. A (juelquee yariations près qui n'ont pas d'imporlani^e, ils existent depuis environ 30 ans, pendant lesquels iesbanquesd'Europe et celles de la Nouvelle-Angleterre ont également fonctionné d'une manière régulière et obtenu des résultats avantageux à leurs actionnaires. Tout ce qu'on peut en conclure, c'est qu'il n'y a point de rapport fixe qui convienne en tout temps et en tout pays.

Si les banques étaient complètement libres ou si celles d'Europe et d'Amérique te trouvaient dans des conditions absolument égales, on pourrait affirmer sur-le-champ que les banques américaines sont mieux administrées, puisqu'elles utilisent, pour elles et pour le public, une portion de capital qui reste stérile dans les caisses des banques européennes. Mais pour faire la part de ce qui est du fait de l'administration et de ce qui tient à la difTéren» du milieu dans lequel les banques opèrent, il convient de chercher ce que les directeurs de la Banque d'Angleterre ont négligé d'expliquer dans leurs intern^atoires : quels sont les faits en considération desquels le rapport de la circulation à l'eneaisse doit être établi; en d'autres lermes, quelles circonstances p^ riodiques ou irrégulières peuvent provoquer une présentatica

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extiraocdioaifd de iMUeto au cfaa&ge à la caisBe d'une Italique de

cireulatioa.

Noos aTOQs déjà remarqué et énuméré les motib qui font réclaiB^ le change du billet de banque. Sur ces quatre motifs, il n'y en a que deux qui puissent déterminer une demandeextraordi* naire et considérable : 1® un changement d'opinion défavorable à la banque^ Une panique ; ^'^ un besoin subit d'espèces pour rexporta* lion. On peut donc poser en principe oette proposition : que plus une baiHiue est exposée aux paniques et aux demandes d'espèces pour l'exportation, plus son encaisse^ comparé à la somme de ses billets, doit être élevé. De ces deux sortes de demandes^ on pourrait même en négliger une^ la principale, lorsqu'il s'agit de banques anciennes et bien accréditées. Les paniques ordinaires n'atteignent pas leur crédit particulier; et^ lorsqu'on en vient à douter de tout crédit^ Texpérience a trop bien établi que le plus fort encaisse était insuffisant, comme le prouve ce qui est arrivé à la Banque d'Angleterre en 1797, à la Banque de France en 1805, 18U et 1848.

Les banques doivent calculer leur encaisse sur les demandes éventuelles d'espèces auxquelles elles peuvent être exposées par les besoins de l'exportation : c'est le principe admis et professé à la Banque d'Angleterre , qui prétend régler ses émissions sur le cours des changes^ augmentant son encaisse lorsque les changes sont contraires, et son portefeuille lorsque les changes deviennent favorables. Hàtons-nous de dire toutefois que cette maxime est restée à l'état de théorie^ et que^ sauf quelques circonstances ex* ceptionnelles , la Banque d'Angleterre a toujours accepté le bon papier q^'on lui a présenté^ sans trop s'inquiéter du cours des chauges et sans faire vendre ses consolidés ou ses bons de l'échiquier pour remplacer les billets émis par l'escompte. Cependant, comme elle opère sur une monnaie d'or, plus sujette à l'exportation que la monnaie d'argent, il est certain que la Banque d'Angleterre est peut-être^ de toutes les banques du monde, celle qui est contrainte par ses besoins réels à garder le plus fort encaisse, par rapport au chifire de ses billets en circulation.

(^ant aux banques placées hors des grands marchés , elles tmX 'ta géoéral moins exposées aux demandes pour l'exportatien, au moins en Amérique, en Ecosse et partout où l'on est ha-

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bitué à Tusage de la monnaie de papier. En France^ au contraire, les banques départementales étaient exposées à de fortes demandes chaque fois que le commerce qui employait leurs billets allait aux achats dans la campagne, qui sous ce rapport pouvait être assimilée à un pays étranger.

Il n'y a ni règle, ni mesure fixe pour le rapport qui doit exister entre rencaisse et les émissions de billets d'une banque de circulation, parce que les habitudes et les besoins du commerce varient en chaque pays, et même dans chaque localité. Mais dès qu'une banque a quelques années d'existence, il lui est bien facile, en mesurant les mouvements ascendants et descendants de son encaisse métallique , et en étudiant les causes de ces mouvements , de voir si elle a gardé en réserve des espèces dont elle pouvait se passer. Si, par exemple, son encaisse métallique, représenté par 100, a varié longtemps entre ce chiffre et 50, il est évident que la banque a conservé en caisse une somme de 40 environ, dont elle avait la faculté de disposer et qu'elle peut hardiment donner à cette somme un placement productif.

En effet une fois qu*une banque a porté ses émissions au chiffre qu'il convient au public d'accepter et de. conserver, soit qu'elle garde en caisse les espèces remplacées par ses billets, soit qu'elle en emploie la valeur aux escomptes et en provoque l'exportation ou la fonte, cette circonstance n*in£Lue' en rien sur les besoins de numéraire que le marché peut éprouver. Les habitudes du commerce restant les mêmes, il est probable qu ij aura à peu près les mêmes besoins, tant qu'il ne se produira aucun fait nouveau et considérable de nature à les faire changer. Il importe donc fort peu, quant au service monétaire, que le numéraire inutile soit dans la caisse de la banque ou aux antipodes , et il est fort important pour la banque et pour la production en général que l'on ne garde pas dans une cave une somme de numéraire dont on n'a nul besoin, comme un avare garde son trésor.

§ 5» — Quelles affaires conviennent aux banques de circulation.

Les ressources que l'émission des billets à vue et au porteur fournissent aux banques de circulation sont infiniment moin? mobiles que les dépôts particuliers des banques de première

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classe. Une fois que le public est habitué à Tusago desjbiliets* monnaie, il n'en demande jamais le change par fantaisie et par caprice. Une banque de circulation dont les affaires sont bien conduites peut compter sur la durée de son crédit de billets^ tant que le commerce extérieur ou une panique politique ne feront pas accourir les porteurs à sa caisse. Elle peut donc faire^ contrairement à l'opinion établie en France^ des placements à plus longue échéance que les banques ordinaires qui opèrent sur des dépôts particuliers.

Lorsqu'une banque de circulation est ancienne^ elle peut considérer son minimum de circulation comme un dépôt permanent et faire avec les capitaux de. ce dépôt, des pla)eemen(s à long terme. Je ne dis pas qu'elle doive le faire^ ni surtout qu'elle ne doive pas réfléchir beaucoup avant de s'engager dans cette voie; mais seulement qu'il ne faut avoir sur ce point ni préjugés^ ni craintes superstitieuses. Les banques d'Ecosse prêtent couramment sur hypothèque et celles des États-Unis n'y répugnent pas. La Banque d'Angleterre et celle de France même ont fait^ par dérogation à leurs statuts et par exception^ quelques placements de ce genre et cette circonstance n'a point altéré leur crédit.

L'expérience a prouvé bien d'autres choses que les théoriciens n'avaient pas même soupçonnées et, par exemple^ que les oscillations de caisse des banques de circulation établies dans des contrées agricoles étaient moindres que celles des banques de même nature établies dans de grands centres industriels et commerciaux. Gomment s'en étonner? Les agriculteurs ne vont point faire des achats par masses au dehors^ et ceux avec lesquels ils ont affaire étant habitués au crédit, il n'y a point par leur fait d'exportation d'espèces^ partant point de présentation au change des billets émis par les banques. Les districts agricoles^ où le crédit est ordinairement peu développé, ne connaissent point non plus les crises périodiques^ si dangereuses pour les banques établies dans les grands centres commerciaux ou industriels.

Cest en vertu de ces principes que fonctionnent depuis un siècle avec un incomparable succès les banques d'Ecosse, l'une des plus belles créations des temps modernes. Ces banques ont presque toutes leur principal établissement dans une grande ville^ mais elles s'appuient sur un certain nombre de succursales réî* ipiTiox. 13

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pandues dans les campagnes où elles ont provoqué et secondé les progrès de l'industrie agricole et introduit les habitudes exactes du commerce en matière de crédit. Dans cette orgamaa-tion^ les succursales servent de point d'appui à la caisse centrale contre les grandes secousses commerciales et la caisse centrale xe* nouvelle sans cesse auprès des succursales l'impulsion et le mou* vement.

Comment est-il possible, dit-on quelquefois en France avec uû étonnement incrédule^ comment est-il possible que le cultivateur. écossais accepte les billets de banque et les préfère aux espèces, tandis que dans tout le reste de l'Europe le cultivateur se défie de ces billets et les repousse? Le cultivateur écossais accepte ces billets parce qu'ils n'ont jamais eu cours forcé et parce qu'il profite du crédit que les émissions procurent aux banques : débiteur de ces établissements^ il n'a pas besoin qu'on lui fasse des discours sur leur solvabilité pour la connaître. N'a-t-il pas presque toujours en ses mains un capital prêté égal et bien supérieur à celui des billets qu'il accepte? S'il n'est pas débiteur lui-même> s'il n'a pas eu besoin de crédit^ c'est un de ses parents, un de ses voisins, un homme qu'il connaît en un mot^ qui l'a obtenu. D'ailleurs^ si lui-même n'a pas eu recours au crédit des banques^ il peut en avoir besoin à l'avenir.

Le fondateur d'une banque, c'est encore l'expérience qui le prouve, peut calculer exactement d'avance le marché sur lequel ses billets circuleront : ce sera celui même où il fera ses escomi^tes* Les billets s^étendront dans la même sphère que les escomptes et ne les dépasseroat guère, quel que soit d'ailleurs le crédit d'une ^ banque* On a pu s'en convaincre en France par le peu d'exten* sion des émissions de la banque de Paris, de ses succursales et des anciennes banques départementales. Si donc on veut étendre ' partout le crédit des billets de banque, on n'a qu'un moyen, mais il est sûr, c'est d'étendre partout les escomptes au moyendesquels l'émission de ces billets a lieu.

Les banques de circulation peuvent faire toutes les opérations de banque sans exception, aussi biei\ celles de troisième classe que celles de première et de seconde. Elles ont une portion de leurs dépôts qui peut être considérée comme dépôt perpétuel; une autre partie est à long terme dans les contrées où il y a des sorties

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périodiques de numéraire; enfin^ elles ont des dépôts mobiles qui ne peuvent convenir qu'aux opérations de première classe- Les banques de circulation , une des dernières et des plus hautes combinaisons qui aient été trouvées pour Tadministration du crédit^ constituent un mécanisme savant et en même temps trèssimple, très-fort, et qui peut facilement être adapté par une direction habile à toutes les localités et à tous les besoins.

Je n'ignore pas que ce court exposé des lois naturelles qui régissent les banques de circulation contredit des maximes passées en force de dogme en France et même, quoique d'une manière moins absolue, en Angleterre. Mais en matière de banques, aussi bien qu'en physique et en mécanique , les faits seuls et les lois qui en résultent font autorité : les opinions individuelles les plus imposantes, les théories les plus ingénieuses, les principes de fantaisie les plus spécieux, ne peuvent prévaloir contre l'évidence des faits qu'une expérience positive a constatés.

Dans une autre partie de cet ouvrage, nous étudierons la question du privilège et de la concurrence, et toutes celles qui se rattachent à Tinfluence dep banques de circulation sur les intérêts sociaux, et à Taction qu'elles exercent. Ici, nous avons voulu seulement énoncer les lois générales de la banque de circulation grande ou petite, telles qu'elles résultent, non de la volonté des particuliers ou des gouvernements, mais du mouvement sponta,né des affaires et de la force même des choses.

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