LES BANQUXS EN FRANCE
banques d'Ecosse payaient intérêt sur dépôts depuis cent cinquante ans^ sans que leur circulation fût frappée de mort; que les banques américaines payaient de même Fintérèt des fonds déposés pour longtemps, sans que leur circulation fût frappée de mort; que la Banque de France elle-même avait payé pendant longtemps un intérêt de 5^ puis de 4 p. % sur les fonds déposés chez elle^ sans que sa circulation eût été frappée de mort, etc., etc. Mais , avec l'administration on ne discute jamais, il faut se résigner et se soumettre.
La question posée au gouvernement par Texpiration du privilège de la Banque de France était celle-ci : Fallait-il remettre à cet établissement le monopole du crédit par émission de billets? Fallait-il, au contraire, restreindre dans Paris le champ de ses opérations? L'utilité de la Banque de France comme banque d*Etat et du commerce de Paris n'était contestée par persoime. Il n'en était pas de même de Futilité de ses comptoirs et de son monopole étendu aux départements.
Selon l'usage de ce temps, la question fut éludée et la solution ajournée. La discussion de la loi du 30 juin 1840 prouva que les assemblées de cette époque ne se doutaient pas même de ce qu'était une banque de circulation. 11 fallut discuter jusqu'à l'opportunité de la publication trimestrielle d'un bilan de la banque de France, et on considéra l'article relatif à cette publication comme une grande innovation. Le privilège fut prorogé jusqu'à 1867, avec réserve pour le Gouvernement d'en changer les conditions auparavant^ en 1855.
À dater de ce jour, on n'autorisa plus la création d'aucune banque départementale. La Banque de France continua de propager ses comptoirs; elle en établit successivement à Besançon, à Caen, à Châteaurouxet àGlermont-Ferrand,en 1841; à Mulhouse, en 1843; au Mans, à Nîmes, à Strasbourg, à Valenciennes, en 1846. L'action de cette banque s'étendait tous les jours, et la fondation de chaque comptoir ajoutait à la puissance productive de tous les autres : d'ailleurs il semblait que le couseil général fût devenu insensible à l'insuccès et même aux pertes occasionnées quelquefois par la médiocrité des opérations.
Les afTaires de la Banque étaient prospères : elle jouissait d'un crédit sans bornes et d'une considération à laquelle un prêt con-
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senti à la Banque d'Angleterre donnait un nouveau relief, lorsque survinrent les crises mémorables de 1846, 1847 et 1848.
En 1846 la récolte des céréales fut médiocre dans la plupart des contrées de TEurope, notemment en France et en Angleterre : les deux pays eurent recours aux achats de grains étrangers. Les importations de ce genre, on Fa déjà remarqué, viennent en surcroît des importations ordinaires et se soldent habituellement en espèces. Lorsqu'il se manifeste un déficit dans la récolte, les banques de circulation, quel que soit leur crédit^ doivent toujours s'attendre à une demande extraordinaire d'espèces métalliques.
Bien que la disette de 1846 eût été appréciée dès le printemps et que le commerce eût aussitôt commencé d'acheter des blés au dehors, la Banque ne ressentit l'influence de ces opérations qu'en juillet. Il semble même qu'en ce temps, la diminution de l'encaisse n'alarmait pas encore le conseil général. En effet, a chaque année, dans le cours de l'été et de l'automne, 50 à 60 millions d'espèces sortent des caisses de la Banque et se dispersent dans les départements^ où ils servent aux achats de soies, de laines, de vins, etc. Dès les premiers jours de décembre et quelquefois même dès la fin de novembre, ces espèces refluent vers Paris et viennent reprendre leur place. Depuis longtemps ce mouvement se reproduit avec une étonnante régularité ^ d On put croire un moment que la diminution de l'encaisse métallique avait la même cause que les années précédentes; mais au bout de deux mois elle prit d'effrayantes proportions. Les réserves métalliques furent réduites :
En juillet 1846, de fr. 17,538,000
En août, de 2,904 ,000
En septembre, de 27,211,000
En octobre, de 53,164,000
En novembre, de 43,235,000
En décembre, de 18,191,000
^ Du l*' au 14 janvier 1847, de 10,604,000
Total 172,847,000
Au 10 janvier 1847, les sorties^ d'espèces s'arrêtèrent. Elles avaient été excessives, tant que la demande pour l'exportation avait coïncidé avec la demande intérieure annuelle; elles avaient
* Compte rendu présenté par M. d'Argout, gouverneur^ en 1S47.