C. F. Cazeau, ptre., V. G
Dieu veut-il une œuvre Le doit exercer une grande et
salutaire influence sur les destinées de tout un peuple? Il
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fait surgir un homme capable de l’entreprendre et de l’exécuter; il lui donne le génie des grandes choses; il lui confie le soin de sa gloire et l’accomplissement de ses desseins. Il le remplit de l'esprit d'intelligence, il conduit ses conseils, il dirige ses instructions ; il lui donne la fcrce, le courage ; mais aussi, sous ses pas, il semble multiplier à dessein les obstacles, pour éprouver sa vertu, et manifester avec plus d'éclat sa puissance et sa bonté.
Dans un hermitage, bâti au milieu de la ville de Caën, par M. de Bernières de Louvigny, un prêtre jeune encore, d’une naissance illustre, maïs d'une vertu plus illustre et plus haute, méditait dans son âme ardente et dévouée sur le néant de la vie et la frivolité de la gloire humaine, se sanctifiait par l’oraison, les jeûnes, les conférences spirituelles, et demandait à Dieu, dans l’ardeur de sa foi et la ferveur de sa prière, la sagesse pleine de lumière, plus estimable que la force, et dont la beauté ne se flétrit jamais. C’est l’homme que Dieu suscite pour accomplir ses desseins : son nom est François de Montmorency-Laval. La Providence, qui veille sur le petit peuple qui vient de naître sur les bords du St. Laurent, le donne, dans une pensée de gloire et d'amour, à l'Eglise du Canada. ‘Seigneur, accomplissez en votre Prêtre le comble de votre mystère ; ornez-le de toute décoration sainte et glorieuse, donnez-lui, comme à vos Apôtres, l'esprit de force et d'amour; revêtez d’une forte armure l’athlète destiné à de si grands combats; que l’onction découle de ses lèvres; que ses pieds soient beaux par votre grâce, pour évangéliser la paix ..... Soyez son autorité, soyez sa puissance, soyez sa force. .... Qu'il soit fort entre les forte, ”
Ah! qu’elle fut légitime la joie de tous les habitants du pays, lorsque Mgr. de Laval foula pour la première fois le sol de la patrie! A l’arrivée de l'élu de Dieu, elle dut tressaillir d’allégresse et de bonheur cette terre de la Nouvelle-France, que lui avaient donnée Ja foi et le zèle, sanctifiée par la vie angélique de ses Missionnaires et de ses Vierges, etencore rouge du sang de ses Martyrs.
Au début de son épiscopat, il trouvait déjà sous sa main des Institutions qui remplissaient de joie son cœur d’'Evêque
et de Père. Au collége .de Québec, les illustres enfants de.
Loyola, les frères des Brébœuf et des Lallemant, instruisaient la jeunesse ; à l’Hôtel-Dieu, des anges de charité interrompaient leurs prières pour soigner Îles malades et consoler les infirmes; à côté, une jeune Dame, douée de
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tous les avantages de la nature et de la grâce, entourée des filles sauvages qu'elle aime comme ses enfants, consacrait sa jeunesse et toute sa fortune à la fondation du Monastère des Ursulines ; avec elle une autre femme Missionnaire annonçait la parole du salut aux jeunes sauvages, voyait à ses genoux de vaillants capitaines, la suppliant avec une simplicité d’enfant, de leur apprendre à prier Dieu. C’est la femme forte dont parle le roi Salomon ; c’est une trèsdigne enfant de Ste. Ursule, la première Supérieure des Ursulines de Québec, la Thérèse de la Nouvelle-France, la Vénérable Mère Marie de l’Incarnation.
ANT. RACINE, ptre.
Une tradition constante et universelle accorde à Sainte Cécile le titre de patronne des musiciens. Sur quoi cette tradition est-elle fondée ? C’est ce qu’il est assez difficile de dire. Des savants refusent à la sainte cette qualité de musicienne qui, selon eux, devrait justifier les honneurs et le culte dont elle est l’objet; d’autres vont jusqu’à nier l'authenticité de sa légende et même l’authenticité de son martyre. Mais laissons dire ces habiles raisonneurs qui s’imaginent être dans le vrai, parce qu’ils sont secs et froids ; ce n’est pas d’eux qu'il s’agit en ce moment. Cette tradition, pour être obscure, n’en est pas moins respectable. Le choix est fait, et il est bien fait. Il y a des choses que le génie catholique, que l'instinct des peuples a consacrées et que nous devons admettre, sinon comme vérité historique, du moins comme vérité symbolique. Et quel plus touchant symbole que celui qui nous présente, sous les traits d’une vierge, cette muse céleste, chaste et pure, qui préside aux chants de nos cérémonies, pour unir toutes nos voix en une seule voix, tous nos cœurs en un seul cœur, en un seul élan d’amour vers la divinité ?
Certes, l’art musical ne manque pas dans le ciel de protecteurs qui, pendant leur vie terrestre, auraient mérité plus que Cécile le titre de musiciens. Saint Augustin a écrit le livre De musica ; Saint Ambroise a introduit le chant dans l'église de Milan; Saint Grégoire a réglé celui de l'Eglise romaine auquel il a attaché son nom; un grand nombre d’autres ont enrichi le répertoire ecclésiastique de leurs inspirations, ou fait des règlements pour en assurer la bonne exécution. Au lieu de ces graves et historiques personnages, le génie catholique du peuple, toujours porté vers
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l'idéal, a donné pour patronne à l’art musical une jeune chrétienne, qui probablement n’offrit point à Dieu d’autres hymnes que ceux de la virginité et du martyre, mais dont la céleste figure apparut comme celle d’une muse inspiratrice de l’art chrétien. Elle n'entoure point son front de lauriers périssables, comme les déesses païennes ; elle ne s'élance point d’un pied léger dans les danses profanes; sa démarche est grave comme celle d’une vierge chrétienne ; sa beauté tout intérieure n’attire que ceux dont l’âme est # la hauteur de la foi chrétienne; ses palmes sont celles du martyre ; et ce qu’elle demande à ses serviteurs, c'est la pureté du cœur, la pureté des sens. Tel est l’idéal de la musique chrétienne comme l'ont comprise nos pères dans la foi; une gravité calme et pleine de cette tristesse douce et souriante qui est le caractère du sentiment religieux ; une voix qui ignore le langage des passions terrestres et qui n’a d’accents que pour Dieu seul ; un art enfin qui, pour fuir la corruption inséparable des choses humaines, habite une sphère inaccessible aux joies même légitimes de ce monde.
P. Lacacé, ptre.
Pour apprécier avec justice et impartialité l'œuvre de M. Garneau, il faut se reporter à l’époque où il a commencé à écrire. Il traçait les premières pages de son Histoire au lendemain des luttes sanglantes de 1837, au moment où l'oligarchie triomphante venait de consommer la grande iviquité de l’union des deux Canadas, lorsque par cet acte elle croyait avoir mis le pied sur la gorge de la nationalité canadienne. La terre était encore fraiche sur la tombe des victimes de l’échafaud, et leur ombre sanglante se dressait sans cesse devant la pensée de l’historien; tandis que du fond de leur lointain exil, les gémissements des Canadiens expatriés, leur prêtant une voix lugubre, venaient troubler le silence de ses veilles. L’horizon était sombre, l’avenir chargé d’orages ; et quand il se penchait à sa fenêtre, il entendait le sourd grondement de cette immense marée montante de la race anglo-saxonne qui menaçait de cerner et d’engloutir le jeune peuple dont il traçait l’histoire, comme elle avait déjà submergé deux nationalités naissantes de même origine: au sud, celle de la Louisiane: au nord, celle de cette infortunée Acadie, jetée aux quatre vents du ciel. Parfois il se demandait si cette histoire qu’il écrivait n’était pas plutôt une oraison funèbre,
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L'heure était donc solennelle ponr remonter vers le passé, et le souvenir des dangers qui menaçait la société canadienne prête un intérêt dramatique à ses récits. On y sent quelque chose de cette émotion du voyageur assailli par la tempête au milieu de l'Océan, et qui, voyant le vaisseau en péril, trace quelques lignes d'adieu qu’il jette à la mer, pour laisser après lui un souvenir.
Au milieu des perplexités d’une telle situation, le patriotième de l'historien s’enflammait, son regard inquiet scrutait l’avenir en interrogeant le passé, et y cherchait des armes et des moyens de défense contre les ennemis de la nationalité canadienne. Car l’Aistoire du Canada n’est pas seulement un livre, c’est une forteresse où se livre une bataille qui est déjà devenue une victoire sur plusieurs points, et dont l'issue définitive est le secret de l'avenir. Ce coup d'œil jeté sur l’époque peut servir à expliquer, sinon à justifier, certaines erreurs d’appréciations que l’auteur a d’ailleurs loyalement reconnues plus tard : illusions d’une âme généreuse, que la vérité réfute, mais qu’elle respecte et honore.
H. R. CasGRain, pire.
La première quinzaine de juillet est consacrée, de temps immémorial, à couronner le mérite naissant et à récompenser les succès de la jeunesse studieuse en lui distribuant la collection Mame ou Lefort. On ne rencontre par les rues que des pères pliant sous le poids des lauriers remportés par leurs filles, et des mères inquiètes escortant au bateau ou à la gare les malles en désordre de leurs fils.
Queiques parents, prévoyant que leurs enfants n'auront pas de prix, ont le soin de les retirer avant la fin de l’année ; ce qui leur fournit l’occasion de dire à leurs amis et connaisgances :
4 Ce pauvre enfant ! i! n’a pas eu de bonheur. Il comptait avoir tous les premiers prix de sa classe, mais il avait tant travaillé toute l’année qu'il en », fait une maladie. Il a fallu le ramener en toute hâte à la maison, jugez de son désappointement. Il est tombé dans une sombre mélancolie dont nous ne savions q:e faire pour le tirer. Il rêvait chaque nuit qu’on lui volait ses prix. C’était navrant.”
Parfois, c’est l’écolier bien avisé qui de lui-même tombe . malade et échappe ainsi aux humiliations de la défaite.
En général, Pécolier qui, durant tout son cours, se tient
à l’arrière-garde, emploie aussi bien ses vacanees qu'il a mal employé le temps de ses études. Il pille les économies de sa vieille tante et joue au cheval fondu avec ses camarades dans le salon de sa mère. Le calme ne renaît dans la camagne qu’au mois de septembre, à la rentrée des classes. es vacances des écoliers finies, les vacances des parents commencent, H. Fanre.