‹ Traité théorique et pratique d'analyse grammaticale, d'analyse logique et de ponctuation [microforme]Chapitre 93 sur 104 · LE BON PAUVRE · texte numérisé non relu

LE BON PAUVRE

Ah! je sais que la vie est un banquet suave, Une longue fête pour vous ;

Vos chants toutes les nuits m’éveillent dans ina cave : Frères, je ne suis pas jaloux.

Dieu n’a-t-il pas placé sur les cimes sereines Le beau cèdre au riche manteau ?

Et le long des torrents, courbé sous leurs haleines, Le pâle et frissonnant roseau ?

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Malheur au pauvre aigri qui de sa lèvre torse Où flotte une écume de fiel,

Insulte à la justice, à l’amour, à la force De ce Dieu qui créa le ciel!

Non, jamais je ne dis une parole amère ; Mon regard, troublé par les pleurs,

Ne s’est jamais dressé contre la main sévère Qui m'’a brisé dans les douleurs.

O Christ! devant ton front que les épines ceignent Je bénis mon sort et ta loi.

N'as-tu pas dit : ‘ Heureux celui dont les vieds saignent ‘ Sur les ronces, derrière moi ?

(6 I] faut que l’homme souffre en son corps, en son âme ; 4 Seule une larme est un trésor. !

‘6 Les pauvres brilleront au ciel comme une flamme, ‘6 Et tiendront une palme d’or.”

Tu comptes tous nos pas, nos peines infinies : Tu le dis, soudain je te crois....

Frappe donc, 6 douleur! redoublez, avanies,

Que je tombe sous votre poids !

134 EXEROICES,

Mon pauvre cœur, semblable à l'épi qu'on flagelle, Reste vide aprés tant de coups...

Mais que j'aie une larme à inon heure mortelle, 0 Christ, à verser sur tes clous!

ALFRED ŒARNEAU.

Ah! s'il nous était donné de nous adresser à la jeune génération qui voit l'avenir souriant lui tendre les bras, nous lui dirions avec l’accent de cette aflectueuse émotion que l’on éprouve au sortir d’un âge auquel on vient de dire adieu :

—Vous avez devant vous une des plus magnifiques carrières qu’il soit donné à des hommes d'ambitionner, Issus de la nation la plus chevaleresque et la plus intelligente de l'Europe, vous êtes nés, à une époque où le reste du monde a vieilli, dans une patrie neuve, d'un peuple jeune et plein de sève. Vous avez dans l’âme et sous les yeux toutes les sources d'inspiration : au cœur, de fortes croyances; devant vous, une gigantesque nature, où semblent croître d’ellesmêmes les grandes pensées ; une histoire féconde en dramatiques événements, en souvenirs héroïques. Vous pouvez, si vous savez exploiter ces ressources inépui les, créer des œuvres d'intelligence qui s'imposeront t lniration, et vous mettront à la tête du mouvement suwilectuel, dans cet hémisphère. Souvenez-vous que noblesse oblige, et que c’est à vous de couronner dignement le monument élevé par vos aïeux, et d'y graver leurs exploits en caractères dignes d'eux et de vous. Mais souvenez-vous aussi que vos

ères n’ont conquis le sol de la patrie que par les sueurs et e travail, et que ce n’est que pe le travail et les sueurs que vous parviendrez à conquérir la patrie intellectuelle. D'une main saisissant les trésors du passé, de l’autre ceux de l'avenir, et les réunissant aux richesses du présent, vous élèverez un édifice qui sera, avec la religion, le plus ferme rempart de la nationalité canadienne,

H. R. Casanaix, ptre.

Bien des jeunes gens, au sortir du collége on du magasin, ou du bureau d’un patron, s'imaginent qu'il suffit de vouloir être agriculteur, sans À assez à ce qu’il faut être pour cela. Bons enfants, du reste, ils ne soupçonnent pas même que pour être agriculteur, il faut certaines dispositions morales. Le vouloir agricole n’est qu’une vocation

stérile, s’il ne se fonde pas sur des habitudes qui enchaînent le cultivateur à sa terre, comme l'abeille s'attache à +a ruche, le lapin à son terrier, l'hirondelle à son toit, Ces habitudes constituent ce qu'on pourrait appeler les mœurs agricoles. Ces habitudes sont celles de lu vie de la campagne : habitudes de travail, de simplicité, de frugalité, de sobriété, d'ordre en toutes choses. Plusieurs ont peine à renoncer au goût des frivoles nécessités des villes. La campagne ne leur apparaît Re que comme un théâtre vide de spectateurs, et l'ennui les tue. En arrivant à l’école, leur premier soin devrait être de changer leurs idées comme leurs allures. Il faudrait d’abord prendre l'habitude du travail manuel, C’est le travail qui donne la santé, fortifie le corps en le rendant capable de supporter le froid, la chaleur et la pluie. C’est au travail que l’on gagne l'appétit et le sommeil, éléments du véritable bien-être, de ce bien-être que la médecine et tous les raffinements du luxe ne sauraient procurer. Malheureusement, plusieurs, accoutumés aux amusements et aux distractions des villes, n’ont pas toujours compris cette vérité.

F. Pivore, ptre.

Les événements de la dernière guerre (1812) ont resserré les liens qui unissent ensemble la Grande-Bretagne et les Canadas. Ces provinces lui ont été conservées dans des circonstances extrêmement difficiles. Lorsque la guerre a éclaté, ce pays était sans troupes, sans argent, et votre Excellence ( Sir George Prévost ) placée à la tête d’un peuple en qui, disait-on, l'habitude de plus d’un demi-siècle de repos avait détruit tout esprit militaire. Vous plaçant audessus de ces préjugés, vous avez su trouver dans le dévouement de ce peuple brave et fidèle, quoique injustement calomnié, des ressources pour déjouer les projets de conquête d’un ennemi nombreux et plein de confiance dans ses propres forces. Le sang des enfants du Canada a coulé, mêlé avec celui des braves envoyés pour les défendre. Les preuves multipliées de l'efficacité de la puissante protection de l’Angleterre et de l’inviolable fidélité de ses colons, sont devenues pour ceux-ci de nouveaux titres en vertu desquels ils prétendent conserver le libre exercice de tous les avantages que leur assurent la constitution et les lois.

How. L. J. PAPpINEaU.

A Son Excellence Monseigneur Bédini, Archevéque de Thèbes, Nonce Apostolique au Brésil, maintenant en mission extraordinaire aux Etats-Unis, etc., etc.

Monseigneur,

Permettez à la population de St. Hyacinthe de profiter de la présence du premier Représentant du Chef de l’Eglise qui ait visité notre pays, pour lui exprimer, par notre organe, les sentiments de profond respect et de vénération dont elle est pénétrée envers le Pontife vertueux, et l’homme particulièrement éminent sous tant de rapports, que la Providence a préposé à la garde des destinées du Catholicisme.

Permettez à cette population, Monseigneur, de vous offrir, pour les reporter aux pieds du Père commun des fidèles, ses protestations sincères de dévouement à la foi de ses pères, et d’attachement inviolable à ses croyances religieuses.

Permettez-lui enfin, Monseigneur, d'offrir à votre Excellence l'hommage de son respect, et de lui témoigner combien est grande et vraie la satisfaction qu’elle éprouve à voir au milieu d’elle un ami personnel du Souverain Pontife, né dans la même ville, instruit et formé dans les mêmes établissements, que son caractère personnel autant que sa haute intelligence ont élevé au poste éminent qu’il occupe aujourd’hui.

La population de St. Hyacinthe, Monseigneur, remercie avec gratitude, votre Excellence, de la condescendance et du bon voiloir qu’elle a bien voulu mettre à venir consacrer à la Religion, et faire surgir, en quelque sorte, à la vie morale, le nouvel Édifice où sera bientôt installée la précieuse institution que notre ville a le bonheur de posséder.

Cet établissement, Monseigneur, nous est cher à plus d'un titre. Nous y avons presque tous reçu le pain de l’intelligence; nous y avons été nourris et fortifiés dans les croyances religieuses, préparés aux idées d'ordre public, affermis dans les principes de morale privée qui paraissent, aux yeux des étrangers, former un des traits saillants du caractère de notre population; nous lui devons enfin, en grande partie, les progrès que notre ville a faits dans le

assé, ainsi que ia prospérité que semble lui promettre ’avenir.

Nous savons surtout nous apps Monseigneur, que

ces bienfaits, si grands, si, féconds en heureux et impéris-

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sables résultats pour la ponulation canadienne, sont dus à la prévoyance éclairée, au zèle infatigable, à l'amour bien entendu de la patrie, déployés par un membre du clergé canadien, par le vénérable Antoine Girouard, bienfaiteur tout à la fois de son pays et de sa localité.

Nous avons tous connu et chéri cet homme remarquable, d'autant plus grand à nos yeux qu’il se faisait plus modeste et plus humble; d'autant plus méritant au’il mettait plus d’abnégation personnelle dans ses sacrifices et ses bienfaits: et les vingt années qui se sont écoulées depuis que cette paroisse a eu le malheur de le perdre, n’ont affaibli en rien l'estime et la reconnaissance que, pendant sa longue et utile carrière, nous avions vouées à cet homme juste et vénéré de tous.

Permettez-nous, Monseigneur, de vous réitérer nos plus sincères assurances de respect, en même temps que les remercîments de la population de St. Hyacinthe, pour votre bienveillante visite, et laissez-nous espérer que Votre Excellence remportera quelque souvenir agréable de son court séjour chez un peuple qui, s’il n’a pu lui rappeler les splendeurs des nations européennes, a peut-être pu lui paraître mériter quelque intérêt par son attachement à sa Religion, par ses mœurs douces et ses habitudes primitives, dues à ses occupations exclusivement agricoles.

Acceptez enfin, Monseigneur, l'expression sincère que nous formons que Votre Excellence puisse longtemps encore consacrer au service du Saint-Siége les brillantes facultés que la Providence lui a départies.

| L. A, DESsaULLEs.

St. Hyacinthe, 8 sept. 1853.

L'histoire de l’ Amérique offre un intérêt particulier à ceux qui veulent étudier la formation des sociétés, se rendre compte des causes qui président à leur développement et à leurs progrès.

Par suite de la position dans laquelle se sont trouvés placés les peuples de ce continent, les moyens et la marche de la civilisation ont subi des influences toutes particulières, Ici, il n’y à pas eu férmation, mais seulement transplantation de société, c’est-à-dire d'idées, d'opinions et d'institutions, transformées cependant par le milieu nouveau dans lequel elles avaient à se mouvoir et à fonctionner.

En Europe et en Asie, les peuples se sont élevés de l'état de barbarie à celui de civilisation par la voie la plus na. turelle, celle du travail. S'ils avaient pu arriver à ce résultat par eux-mêmes, et sans un secours supérieur à l’homme, nous dirions qu’ils ont inventé la civilisation ; disons du moins qu’ils ont été les premiers à en goûter les nobles bienfaits.

La civilisation est dans l’ordre moral ce qu’est le La dans l’ordre économique, et les liens qui unissent ces deux gloires et ces deux puissances de l’homme sont assez intimes qu’elles ne peuvent pas exister l’une sans l’autre: le capital précède la civilisation, qui, sans lui, ne pourrait exister: ce serait l’état de nature, où l’homme, sans souci de son intelligence, est obligé d'appliquer chaque minute de son existence et chaque moyen d’action qu’il possède, au soutien de sa vie. Chaque progrès de l'humanité a été produit par le travail et le sacritice: le progrès, c’est la récompense,

Il fallut que l’homme commençât par gagner son pain à la sueur de son front, puisqu’un excédant de travail où une plus grande somme de sacrifices produisit quelque épargne : c'était le commencement du capital. Ce capital était ana ceptible de travailler à son tour et de produire; dès ce moment l’homme a pu divertir une part de son temps pour son instruction, ou quelques hommes ont pu être choixis dans une société pour être con-acrés à la culture de l'intelligence. Tel fut le premier pas de la civilisation,

Avec l'éducation vinrent (‘autres besoins et de nouvelles aspirations. Le progrès coatinua sa marche à l’aide du capital centuplé par l'instruction et par l'expérience, Ainsi commença la gravitation de l’hot,ime vers la fin qui lui est assignée.

Les progrès étaient les mêmes dans l’ordre posa La propriété se fondait sur des assises solides : des lois étaient promulguées qui consacraient les droits nouveaux ; l’ordre et la régularité s’établissaient dans tous les rangs de la société; on donnait au gouvernement assez de force pour qu’il assurât la sécurité personnelle et la conservation des droits des individus, et les peuples se réservaient assez de droits et restaient assez attachés à la liberté pour ne pas devenir les jouets de la tyrannie des chefs.

Mais tout ce travail se fit lentement, naturellement, par la su: force des choses et par la logique des événements, Il n'y eut rien d’arbitraire, rien d’artificiel, rien de forcé, Les constitutions ne furent écrites qu'après avoir reçu

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l'épreuve du temps, et les lois ne furent sanctionnées qu’aprés qu’une longue pratique en eût consacré la nécessité. De nouveaux rouages ne furent jamais introduits dans le système politique sans que la nécessité ne le commandât. La part des législateurs fut bien faible dans ce travail et dans ce mouvement de progrès. Ils n’eurent jamais qu’à décréter l'existence légale d'institutions déjà établies par le fait.

C’est ce que nous apprennent en même temps l’histoire et la philosophie sur l’origine de l’homme, sa nature, sa fin. Les nations privilégiées n’ont échappé à toutes ces phases de la civilisation que par l'influence directe de Dieu : ainsi le peuple dont l’histoire est un miracle continu, ne peut être étudié à la lumière de la raison seule. Dans la sphère religieuse, c'est à la révélation et à la tradition que nous devons demander la vérité et la raison de sa mission dans le monde.

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