‹ Traité théorique et pratique d'analyse grammaticale, d'analyse logique et de ponctuation [microforme]Chapitre 94 sur 104 · J. A. N. PROVENCHER · texte numérisé non relu

J. A. N. PROVENCHER

Ce n’est pas dans les journaux impies et les pamphlets de la Révolution qu’il faut aller chercher la vérité: nous la

trouverons dans les statistiques, dans les écrits officiels, dans les rapports d'hommes consciencieux et bien renseignés, et surtout dans la bouche du Souverain Pontife, qui doit connaître mieux que personne ses propres affaires, et dont aucun vrai fidèle ne révoquera en doute ia véracité. Or, que nous disent ces autorités? Que le peuple romain est un des plus heureux. La vie est chez lui à grand marché. La plaie du paupérisme qui dévore l'Angleterre, qui ronge plusieurs autres contrées, beaucoup de belles villes de ces pays si grandement civiiisés, y est inconnue, Les établissements d'éducation et de bienfaisance y sont multipliés. Les taxes, ces lourdes charges imposées au peuple, y sont, de moitié, moindres qne dans l’Empire français et la Grande- Bretagne. On y est surtout exempt du terrible impôt du sang : la famille n’y est pas décimée par la conscription et le recrutement, comme en France et ailleurs, où l’on enlève, chaque année, pour le métier des armes, la fleur de la jeunesse. Les secours religieux et les véritables, si propres à sécher les larmes, y sont répandus avec une profusion qui n'a pas d’égale. Rien ne parle mieux contre cette prétendue tyrannie du Souverain Pontife, que l’état de la force armée dans les domaines Pontificaux. C'est à l’aide de 400,000 à

500,000 baïonnettes qu’on maintient l’ordre dans ces Etats qui se vantent de marcher en tête des pays civilisés, et qui veulent se donner pour modèles au St. Père. Or, dans les domaines Pontificaux, la moitié moins de soldats, proportion gardée, suffit pour conserver la paix, malgré les menées continuelles des sociétés secrètes, et les turbulents émissaires payés par l’ennemi.

On veut faire passer les Papes pour ennemis du progrès. Ce ne peut être du progrès moral certainement, puisque c’est de la chaire de St. Pierre, comme d’un centre, que rayonne l’enseignement de la vérité et de la justice dans le monde. Quant au progrès matériel, dont il ne faut pas trop exalter l'importance, les faits prouvent que les Pontifes ne l’ont pas négligé. Quoiqu’ils n’aient jainais été très. riches, leurs peuples ont néanmoins vécu dans l’aisance et le bonheur. Ils ont donné à l’agriculture et à l’industrie, selon leurs ressources. Pour ce qui est des arts et des lettres, ils en ont été les sauveurs et les plus grands protecteurs. Et si les ennemis de l'Eglise peuvent formuler si éloquemment, av, urd’hui, leurs fausses accusations contre le gouvernement de ses Etats, c’est à la Papauté qu’ils le doivent.

Mar. Louis LAFLÈCHE, Evéque d'Anthédon.

Si l'on contemple l’histoire du Canada dans son ensemble, depuis Champlain jusqu’à nos jours, on voit qu’elle a deux phases, la domination française et la domination anglaise, que signalent l’une, les guerres avec les tribus sauvages et les provinces qui forment aujourd’hui les Etats-Unis ; l’autre, la lutte politique et parlementaire des Canadiens pour conserver leur nationalité et leur religion. La différence des armes, à ces denx époques, nous les montre sous deux points de vue distincts; mais c’est sous le dernier qu'ils nous intéressent davantage. Il y a quelque chose de touchant et de noble tout à la fois à défendre la nationalité de ses pères, cet héritage sacré qu'aucun peuple, quelque dégradé qu’il fût, n’a jamais répudié. Jamais cause plus grande et plus sainte n’a inspiré un cœur haut placé, et n’a mérité la sympathie des hommes généreux !

Si la guerre a fait briller autrefois sur le champ de bataille la valeur des Canadiens, depuis, les débats politiques ont fait surgir au milieu d'eux des noms qu’honorera la postérité ; des hommes dont les talents, l’éloquence ou le patriotisme

sont pour nous un juste sujet d'orgueil et une cause de digne et généreuse émulation. Les Papineau, les Bédard, les Vallières, les Stuart, ont, à ce titre, pris la place distinguée que leurs compatriotes leur donnent dans l’histoire comme dans leur souvenir.

F. X,. GarNear.

mers

Ce qui caractérise la race française par-dessus toutes les autres, c’est cette force secrète de cohésion et de résistance qui maintient l’unité nationale à travers les plus cruelles vicissitudes, et la relève triomphante de tous les obstacles. ‘6 La vieille étourderie gauloise, dit un auteur, a survécu aux immuables théocraties de l’Egypte et de l'Asie, aux savantes combinaisons politiques des Hellènes, à la sagesse et à la discipline conquérante des Romains.” Doué d'un génie moins flexible, moins confiant et plus calculateur, ce peuple antique et toujours jeune, quand retentit l’appel d'une noble pensée ou d’un grand homme, ce peuple eût disparu comme tant d’autres plus sages en apparence, et qui ont cessé d’être parce qu’ils ne comprenaient qu’un rôle, qu'un intérêt ou qu’une idée.

Tout démontre que les Français établis en Amérique ont conservé ce trait caractéristique de leurs pères, cette puissance énergique et insaisissable qui réside en eux-mêmes, et qui, comme le génie, échappe à l'astuce de la politique comme au tranchant de l'épée. Ils se conservent, comme type, même lorsque tout semble annoncer leur destruction. Un noyau s'en formet-il au milieu de races étrangères, il se propage, en restant comme isolé, au sein de ces populations avec lesquelles i! peut vivre, : tais avec lesquelles il ne peut s’incorporer. Des Allemands, des Hollandais, des Suédois se sont établis par groupes dans les Etats-Unis, et se sont insensiblement fondus dans la masse, sans résistance, sans qu’une parole même révélât leur existence au monde. Au contraire, aux deux bouts de cette moitié du continent, deux groupes français ont pareillement pris place, et non-seulement ils s'y maintiennent comme race, mais on dirait qu'une énergie qui est comme indépendante d’euxmêmes, repousse les attaques dirigées contre leur nationalité. Leurs raugs se resserrent ; la fierté du grand peuple dont ils descendent, laquelle les anime alors qu’on les menace, leur fait rejeter toutes les capitulations qu’on leur offre; leur nature gauloise, en les éloignant des races flegmatiques, les

soutient aussi dans les circonstances où d’autres perdraient toute espérance. Enfin cette force de cohésion, qui leur est propre, se développe d’autant plus que l’on veut la détruire.

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