XVI NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR VICTOR MOLINIER
ans, malgré la santé robuste dont il jouissait encore, ne lui permettaient pas d'entreprendre et de supporter ; il dut se contenter à regret d*adre8ser à H. Nypels une lettre de félicitations qui fut lue à la séance solennelle.
L'Age avancé auquel arrivait Molinier, sans que sa santé, son intelligence et sa puissance de travail en ressentissent la moindre atteinte, lui rendit cependant difficile renseignement du Droit criminel à un auditoire nombreux; sa voix avait faibli, et les étudiants ne pouvaient plus profiter comme autrefois de ses remarquables leçons. Le savant maître le comprit, et, quoique à regret, il se décida, avec cette force de résignation qui imposa dans les plus pénibles moments de sa vie le calme à son âme, à descendre de cette chaire où il enseignait, depuis près de quarante ans, la science à laquelle il avait rendu des services si nombreux. Il demanda et obtint, en décembre 1881, un suppléant pour son cours, continuant, du reste, à vivre de la vie universitaire et faisant à un auditoire plus restreint de candidats au doctorat de savantes et intéressantes leçons sur laprocédujre devant la Cour d'Assises et la loi nouvelle du 29 juin 1881 sur la presse, jusqu'au moment où il fut chargé du cours de Droit constitutionnel nouvellement introduit dans nos écoles pour les examens du doctorat, et à l'enseignement duquel l'avaient depuis longtemps préparé ses études élevées et une longue pratique de la vie publique comme conseiller général du canton de Lanta.
J'eus l'honneur d'élre désigné pour le suppléer dans cette chaire, dans laquelle je devais le remplacer. Je n'oublierai jamais le bienveillant intérêt avec lequel le savant maître m'accueillit et voulut bien me guider dans cet enseignement nouveau pour moi ; se plaçant bien audessus de ces sentiments de regret et de jalousie qui atteignent parfois ceux qui se retirent de la vie publique, il me prodigua au contraire les plus fréquents témoignages de sympathie dont je saisis ici l'occasion do lui témoigner ma reconnaissance.
Atteint, en 1886, par une décision fixant une limite d'âge à la carrière de l'enseignement, Molinier se retira avec une admirable résignation, se consacrant désormais tout entier à la publication de son Cours de Droit constitutionnel^ qui devait rester malheureusement inachevé.
Un dernier honneur attendait le savant octogénaire : le 26 mars 1887, le Président de la République instituait et nommait, au ministère de la justice, une commission extra-parlementaire chargée de préparer la revision de notre législation pénale ; notre confrère Molinier était désigné pour en faire partie. Malgré ses quatre-vingt-huit ans, il ne put se résigner à considérer cette mission comme purement honoraire, il voulait prendre une part effective à ces travaux qui l'intéressaient et pen-