‹ Traité théorique et pratique de droit pénalChapitre 11 sur 141 · NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR VICTOR MOLINIER. XVU · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR VICTOR MOLINIER. XVU

sait pouvoir encore rendre des services à son pays et à la science. N'écoutant que son amour du travail, sourd aux conseils de la prudence, fortifié du reste dans son illusion par une santé que rien n'avait ébranlée jusque-là, il partit pour Paris, accompagné par une fille dévouée, avec rintention de s'y établir pendant plusieurs mois pour suivre les travaux de la commission et d'y appeler tour à tour auprès de lui ses enfants. Hélas I à peine arrivé dans la capitale, il fut mortellement frappé d'une congestion pulmonaire, qui l'emporta en quarante-buit heures, et mourut le 28 juin 1887 au cbamp d'bonneur, combattant encore pour la science. Il mourut, ainsi que l'écrivait quelque temps après un éminent criminaliste italien, un ancien élève du maître regretté, aujourd'hui notre collègue et doyen honoraire « dans la sérénité d'un cœur doux à tous, d'une âme vaillante à l'étude, dévouée au bien, étrangère aux préjugés, ouverte à toutes lumières, naïve et bonne d'une façon si naturelle qu'il n'a jamais pensé à s'en faire un mérite. »

Molinier a réalisé, pendant de longues années, cet idéal de la vieillesse tracé par le grand orateur et philosophe de Rome, et si attrayant qu'on a pu dire qu'il fait appétit de vieillir ; chez lui, comme chez le vieillard de Cicéron, la gravité était tempérée par des manières aflTables et les années n'avaient point altéré son caractère ; il possédait ces armes précieuses de la vieillesse, l'amour des lettres et de la science et la pratique des vertus, et il put jouir en paix de ce bonheur que le philosophe romain considère comme le plus grand : la conscience d'une vie passée dans la vertu et le souvenir de tout le bien accompli. Enfin, il eut l'heureux privilège de n'être affligé, dans les dernières années de sa longue existence, d'aucune infirmité et, comme le vieillard rêvé par Cicéron, il put sentir son corps vieillir, mais son esprit demeura toujours jeune ; en consacrant ses jours à l'étude et au travail, il arriva à un &ge qu'il est rarement permis d'atteindre sans s'en apercevoir et sans en être incommodé ; son existence marcha insensiblement à son terme et, au lieu de se briser tout à coup, elle s'éteignit peu à peu par la longueur même de sa durée, comme un feu qui s'éteint de lui-même parce qu'il ne trouve plus d'aliments.

Après avoir retracé les principaux événements de cette belle et noble existence tout entière consacrée au culte du vrai et du juste, à l'accomplissement scrupuleux des moindres devoirs, dévouée sans réserve au progrès de la science, à l'instruction de la jeunesse et au bien public, je voudrais rappeler les doctrines les plus essentielles auxquelles il demeura toujours fidèle et, après avoir fait connaître l'homme, je voudrais dire ce que fut le savant comme philosophe, comme criminaliste, comme professeur et comme publiciste, et mettre en lumière les services qu'il rendit à ces divers titres.

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