‹ Traité théorique et pratique de droit pénalChapitre 9 sur 141 · XIV NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR VICTOR MOUNIER · texte numérisé non relu

XIV NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR VICTOR MOUNIER

coula, paisible, partagée entre le travail, qu'il aimait avec passion, et les joies de la famille.

QuoiquMl eût depuis longtemps abandonné la vie militante du barreau, Holinier resta inscrit au tableau de Tordre des avocats et fut souvent, dans le cours de sa longue et laborieuse existence, consulté avec fruit par les plaideurs sur des questions difûciles de Droit commercial et de Droit international ; ses profondes connaissances des principes de la législation commerciale et des détails des législations étrangères lui permirent de s'associer, jusqu'à ses derniers jours, à l'œuvre de la Justice.

En 1851, Molinier adhéra avec empressement à l'idée de son collègue Bénech de fonder l'Académie de législation. Il s'attacha avec amour à entretenir la vie qu'il avait contribué à lui donner, en s'associant avec une telle ardeur à ses travaux, qu'on trouve à peine, vers la fin de sa longue et laborieuse carrière, quelques rares volumes de son Recueil qui ne contiennent pas une étude de lui ; il profita des rapports scientifiques que l'Académie nouvelle ne tarda pas à avoir avec tous les points du monde civilisé, il les entretint et les augmenta en faisant honorablement connaître son nom à l'étranger.

Les relations scientifiques de Holinier se multiplièrent bientôt, et un échange de communications pleines d'intérêt s'établit entre notre savent toulousain et les criminalistes les plus distingués des pays étrangers. 11 était tenu au courant de tous les travaux les plus importants publiés dans les divers Etats de l'Europe et les faisait connaître dans d'intéressantes monographies qui ont largement contribué à répandre l'étude critique, si féconde en enseignements, de la législation étrangère. A son tour, il faisait connaître aux étrangers les progrès de la législation et de la science du Droit pénal de notre France ; il communiquait ses idées personnelles et avait plusieurs fois l'honneur d'être consulté par les jurisconsultes et même par les gouvernements étrangers. Il obtint ainsi une légitime notoriété en Italie, en Espagne, en Portugal, en Belgique, jusqu'en Suède et en Russie, et entretint une correspondance suivie et pleine d'intérêt avec les sommités scientifiques de ces divers pays : MM. Mittermaîer, Mancini, Pietro Ellero, Garrara, Brusa, Lucchini, De Gardenas, Nypels, Thonlssen, De Hubé, D'OIivecrona, Jordao, De Silva Ferrao.

M. Molinier, dans quelques voyages qu'il fit en Suisse et en Italie, trouva chez ces hommes éminents l'accueil le plus empressé et le plus bienveillant, qu'il fut heureux de leur rendre à son tour lorsque quelques-uns, M. Nypels, M. de Gardenas, M. de Hubé, M. Jordao, s'arrè* tèrent dans notre ville.

NOTICE BIOGRAPHIQUIi SUR VICTOR MOUNIER. XV

Cette réputation vraiment européenne et ces relations devenues amicales entre notre regretté confrère et les savants les plus distingués des pays étrangers, sont un côté caractéristique et original de cette noble existence et font le plus grand honneur tant au criminaliste qu'à Thommc privé dont ceux qui Tout connu appréciaient la bienveillance et la courtoisie.

Le gouvernement français remercia publiquement Molinier des services qu'il avait rendus à la science en le nommant chevalier de la Légion d'Honneur en 1860. A leur tour, les gouvernements étrangers voulurent lui témoigner leur reconnaissance pour le concours effectif qu'il prêta aux juristes et aux hommes d'Etat des divers pays dans l'important travail de révision de leur législation pénale. En i861, il était nommé chevalier de l'Ordre de Saint-Jacques de TEpée de Portugal ; en 4871, une remarquale étude sur la réforme du Droit pénal italien lui valait la décoration de l'Ordre de la Couronne d'Italie, et neuf ans plus tard, à la suite de belles monographies sur le projet de Code pénal italien présenté par M. Hancini, il était élevé au grade de commandeur du même Ordre. Enfin, notre gouvernement couronnait cette longue et laborieuse carrière du savant criminaliste en i88l, en le nommant officier de la Légion d'Honneur.

En même temps, les académies étrangères ouvraient leurs portes à celui qui avait tant fait pour la science : l'Académie royale de Lisbonne, l'Acadéitaie des -sciences morales et politiques de Madrid et celle de Législation et de jurisprudence de la même ville lui accordaient le titre de membre correspondant. Le roi d'Italie, pour remercier notre savant collègue de l'affection qu'il n'a cessé de manifester pour ce beau pays où il vit le jour, l'invita, en 1880, à assister à un congrès juridique tenu à Turin. Malgré son ftge avancé, Molinier n'hésita pas à se rendre à cette invitation ; il fut nommé président honoraire de cette assemblée, y prit plusieurs fois la parole sur des questions de Droit commercial international et de Droit criminel, et fut toujours écouté avec un respectueux intérêt. En i885, il était nommé membre du comité d'honneur formé à Liège pour organiser une manifestation en l'honneur du cinquantenaire de professorat de son collègue et ami, M. Nypels ; il reçut du président, M. Thonissen, ministre de l'instruction publique, l'invitation d'assister à ces fêtes, et les étudiants lui écrivirent pour lui demander de leur annoncer le jour de son arrivée, afin qu'ils pussent venir le recevoir à la gare. Quelque séduisantes et flatteuses que fussent ces démarches officielles et officieuses du monde savant et de la jeunesse studieuse, pour laquelle Molinier eut toujours tant de sympathie, il dut s'abstenir d'un aussi long voyage, de fatigues et d'émotions que ses quatre-vingt-six

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