‹ Traité théorique et pratique de droit pénalChapitre 12 sur 141 · XVIII NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR VICTOR MOLINIER · texte numérisé non relu

XVIII NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR VICTOR MOLINIER

i® Molinier philosophe, — Comme philosophe, MoUnier fut toujours fidèle aux doctrines du spiritualisme le plus élevé.

Adversaire convaincu des doctrines naturalistes et positivistes qui cherchent, de nos jours, & courber les sciences morales sous le joug avilissant de la méthode purement expérimentale et de révolution, et qui, confondant Thomme dans Panimalité, n'admettent que la fatalité d'un déterminisme universel, Molinier a toujours tenu haut et ferme le drapeau du spiritualisme et affirmé avec conviction Texistencc de principes absolus et immuables dont les législations doivent s'inspirer ; il a constamment enseigné, dans ses remarquables leçons sur la philosophie du Droit pénal, que les lois positives doivent obéir aux principes du droit naturel, à ces règles dictées par la sagesse et la raison humaine et doivent tendre vers la réalisation en ce monde de la justice idéale dont Dieu a placé en nous le sentiment, tout en tenant compte de Tétat de civilisation et de Tétat économique des peuples pour lesquels elles sont faites. Il a consacré à ces nobles doctrines les premières pages de son Cours de Droit constitutionnel^ et dans la remarquable introduction de cette œuvre à laquelle il a consacré ses dernières pensées, il proclame hautement l'empire du Droit naturel otde la justice, et s'élève avec force et indignation contre la maxime du despotisme que favorise l'école historique et évolutionniste : la force prime le droit. « La loi, dit-il, n'est paB un acte de puissance ; elle ne doit être qu'un acte de sagesse et de raison; la loi positive ne doit dès lors avoir d'autre objet que celui de produire une manifestation objective de la loi naturelle propre à en assurer l'observation... Ce que nous repoussons, ajoute-t-il plus loin, c'est cet empire souverain qu'on attribue à la force ; c'est cette doctrine, si favorable à l'absolutisme, qui ne voit dans la loi qu'un principe impératif dépourvu de toute valeur morale et auquel on doit obéissance tant que les agents du pouvoir ont à leur disposition des moyens de contrainte suffisants, mais auxquels la ri^sistance est légitime dès qu'elle peut triompher. A cette maxime la force prime le droite nous répondons en disant que c'est le droit qui prime la force dont l'emploi n'est légitime que lorsqu'elle intervient pour assurer l'empire du Droit... Le Droit est le souverain, parce qu'il a une puissance morale qui domine dans l'Ëtat... C'est par le Droit quo les sociétés vivent et prospèrent; c'est en s'écartant de ce qu'il commande qu'elles souflHrent et qu'elles meurent ))(i).

Ces nobles et généreux sentiments inspirèrent toujours notre criminaliste dans ses doctrines sur le problème fondamental du droit de pu-

(1) Cours de droit constHulionnet^ n»« 17, 21, 46, p. 27, 35 et 74. — Avantpropos, p. VIII.

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