‹ Traité théorique et pratique de droit pénalChapitre 13 sur 141 · NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR VICTOR MOLINIER. XIX · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR VICTOR MOLINIER. XIX

nir de la société. Ennemi déclaré des idées utilitaires de Bentham, qu'il avait combattues, dès 1836, dans un fragment d*un traité inédit de droit naturel inséré dans la Revue de législation^ dirigée par M. Wolowski (i ), Molinier repoussa avee une énergique conviction toutes les justifications du droit de punir qui se rattachaient exclusivement à Tutilité ou à la défense sociale, ne voyant dans ces moyens que l'emploi de la force brutale et un retour dangereux aux procédés violents des époques barbares.

Molinier enseigna toujours que Tidée de justice devait nécessairement présider à la répression des crimes et délits, que le droit de punir était inséparable de la notion de mérite et de démérite, et qu'il était bien difficile de détacher du châtiment toute idée d'expiation, car on ne peut supprimer ce qui est inhérent à la nature même des choses et qui est dans le domaine du sentiment. Cependant il sut se garder d'un excès facile en ce sens. Disciple fervent et fidèle des de Broglie, Guizot, Ck)usin, Rossi, il tempéra les exagérations possibles de l'idée de justice par le contre-poids de l'utilité sociale, et établit nettement la distinction nécessaire entre la justice divine et la justice humaine.

2» Molinier criminaliste, — Les profondes et nobles convictions philosophiques de Molinier, éclairées par une attentive étude du passé, des besoins des peuples, des progrès de la civilisation et une exacte connaissance des législations étrangères et des travaux scientifiques publiés par les savants des autres nations, lui permirent de s'élever à la place distinguée qu'il a occupée comme criminaliste.

Nous ne pouvons faire connaître ici toutes ses doctrines personnelles i propos des nombreux problèmes que soulève l'étude du Droit pénal ; on les retrouvera exposées dans ce traité.

Le savant maître est toujours au courant des moindres progrès des idées, se gardant de toute exagération et de tout système absolu, se préoccupant de l'application pratique et dos résultats sociaux des réformes qu'il désire, enfin appuyant ses propositions sur une étude attentive des législations étrangères.

Molinier ne borna pas son horizon scientifique à l'étude et & l'interprétation des textes de la loi : il éleva plus haut la science du Droit criminel, et, grdce & une critique sûre appuyée sur de solides bases philosophiques et historiques, il fit de cette branche du Droit une science internationale, on peut dire universelle, en ce qu'elle embrassait pour lui toutes les époques et tous les pays, et qu'il savait tenir compte, dans son application, des différences de temps, de civilisation et de mœurs.

(1) Revue de législation et de Jurisprudence, t. V, p. 209 et suiv. — Jérémie Bentham considéré commo moraliste et comme légiste.

XX NOnCE BIOGRAPHIQCB SUR YICTOR MOUmER.

C'est ce caractère qu*il sut donner à Tétude du Droit pénal, qui fit acquérir à son enseignement cette légitime renommée dont il a joui.

3*^ Molinier professeur. — Doué d'une haute intelligence qui saisissait avec facilité et s'assimilait les principes fondamentaux de la science, possédant à merveille la littérature juridique, heureusement ser\i par une excellente mémoire naturelle que Tétude avait encore développée, Molinier sut attirer et retenir, pendant quarante ans, la jeunesse studieuse groupée autour de sa chaire. Appuyant son enseignement sur de solides principes et une méthode sûre, exposant avec simplicité et clarté les données du droit rationnel et naturel, en montrant Tapplication dans les temps passés, il préparait ainsi Tesprit de ses auditeurs à rintelligence et à la critique des législations actuelles ; ses citations fréquentes et bien choisies des philosophes, historiens ou littérateurs célèbres, le récit d'anecdotes empruntées aux drames judiciaires donnaient à ce cours une vie et un intérêt tout particulier, tenaient sans cesse en éveil l'esprit de ceux qui l'écoutaient et aidaient à graver dans leur mémoire les raisonnements abstraits et les arides discussions juridiques qui ne les trouvaient jamais fatigués. L'on peut appliquer à notre criminaliste toulousain ce que l'on a dit d'un homme éminent dont Molinier suivit bien souvent les idées élevées : « Les législations avec la nature de leurs principes, les peuples avec le développement de leurs destinées, les chefs d'école avec la diversité de leurs théories trouvèrent en lui un juge profond, un historien savant, un conciliateur adroit. Plus pénétrant encore que fécond, plus ingénieux qu'inventif, il comprenait tout cependant en homme qui aurait pu le découvrir et, séparant avec soin le vrai du faux, le chimérique du praticable, il rendait très souvent siennes les idées d'autrui en les rendant justes... En usant bien des principes destinés à prévenir le respect judaïque des textes ou leur trop libre application, il apprit au jurisconsulte à ne pas se tromper dans ses avis, au magistrat à ne rien hasarder dans ses sentences ; il fit de l'un l'intelligent interprète, de l'autre le juste observateur de la loi » (1).

Molinier contribua, par son enseignement distingué, à faire acquérir à notre Faculté de droit la juste renommée de science dont elle jouit ; il a fait de nombreux élèves, et ceux qui avaient su profiter de ses précieuses leçons avaient une réputation justement méritée de science en matière criminelle et prouvèrent souvent leur supériorité dans les épreuves du concours d'agrégation.

4» Molinier publicisle. — Molinier, dans le cours de sa longue existence, a beaucoup écrit, soit dans les revues de Droit françaises et

(1) Mifçnet, Portraits et Notices, Rossi, t. II. p. 192 et 193.

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