VICTOR MOLINIER
La science du Droit pénal a pris, dans le courant de notre siècle, de si importants développements qu*elle s'est presque entièrement renouvelée : l'esprit généraî qui Tinspire est si différent de celui qui la guidait autrefois, qu'on peut affirmer que cette science est de création moderne et qu'elle s'est constituée dans le cours du dix-neuvième siècle.
Intimement liée à la religion, mais uniquement inspirée par les seules idées de vengeance et d'intimidation, subissant le contre-coup direct de l'ignorance des sciences physiques et physiologiques et de la superstition qui en est la conséquence, la législation pénale de l'ancien régime réagissait brutalement par de nombreux supplices contre les moindres attentats, contre les simples opinions considérées comme dangereuses pour l'unité politique et religieuse ; elle exterminait par les moyens les plus divers les ennemis de la société, et cependant elle ne pouvait en diminuer le nombre, elle paraissait même les pousser au mal et les rendre d'autant plus cruels et féroces dans leurs attentats qu'on était plus impitoyable à leur égard. ~ Nul souci d'humanité pour eux : les supplices attirent à leur horrible spectacle une foule nombreuse et joyeuse, à laquelle les dames de la haute société ne craignent pas de se mêler, et les récits que Mme de Sévigné fait si plaisamment des supplices de la Brinvilliers et de la Voisin montrent combien les ftmes les plus sensibles s'émeuvent difficilement des tortures infligées aux criminels. — Nulle préoccupation de ramener au bien et de rendre meilleurs les délinquants : la société est en guerre ouverte avec eux, elle use du droit du plus fort, elle se défend, elle extermine ses ennemis et ne prend point la peine de tenter leur conversion. Aussi lalsset-elle à ses justiciers le soin de la protéger par une pénalité arbitraire,