‹ Traité théorique et pratique de droit pénalChapitre 31 sur 141 · UBERTÉ MORALE. DOCTRINES DÉTERMINISTES · texte numérisé non relu

UBERTÉ MORALE. DOCTRINES DÉTERMINISTES

« Une étude attentive .des faits tiistoriques peut expliquer ces rigueurs excessives de la justice des temps passés, sans cependant les justiJBer. — L'histoire du droit nous naontre en effet que les besoins de chaque période historique peuvent souvent être mai appréciés et que les lois, lorsqu'elles ne sont considérées que comme des actes de puissance, présentent fréquemment des dispositions peu équitables, édictées sans intelligence comme produits de la force qui, selon TEcole historique, est à elle seule génératrice du Droit.

« En tenant compte des données de la philosophie du Droit et de l'histoire, l'art du législateur consiste à formuler méthodiquement des règles qui expriment le droit rationnel en les adaptant aux mœurs et aux besoins divers de chaque époque et en conciliant l'exercice de la liberté de chacun avec celui de la liberté de tous.

€ Le jurisconsulte et le juge ont pour mission d'appliquer exactement aux faits qui se présentent les dispositions de la loi, seloa la pensée et la volonté du législateur. Ils doivent posséder les principes de Droit pur ; mais la loi positive, lorsqu'elle a statué, se présente à eux dans les conditions d'un fait historique impératif et dont ils sont obligés de faire l'application.

« L'observation des préceptes du Droit et leur application réalise, dans les sociétés, le règne de la justice, c'est-à-dire d'une pondération des droits et des obligations de chacun qui produit l'ordre et l'harmonie de la vie sociale. La justice, c'est l'attribution à chacun des droits dont il est investi et l'intervention des pouvoirs publics pour assurer l'accomplissement des obligations envers la société et les particuliers ; c'est la rémunération par des récompenses du dévouement qui produit des actions utiles et la répression des faits coupables par des peines.

Liberté morale. Doctrines déterministes.

« Le règne de la justice suppose la liberté ; je ne l'aperçois pas avec les doctrines qui ne voient dans les actions humaines que le produit d'un automatisme obéissant mécaniquement à des forces contingentes et invincibles. Vouloir transporter dans le domaine des faits psychiques ce qui se produit dans le monde

des phénomènes physiques, c'est confondre des choses dont la nature est entièrement différente. — Dans le monde de la matière, tout s'accomplit par l'action des forces qui lui sont inhérentes ; la reproduction constante des mêmes phénomènes manifeste l'action d'une puissance, qu'en généralisant et à l'aide de l'induction, on érige en loi ; tout s'accomplit fatalement selon les lois physiques et nul ne songe à se soustraire à leur empire ; on dit d'elles avec raison : volentemdiicunty nolentem trahunt ; les animaux eux-mêmes accomplissent, par l'action d'un déterminisme qui exclut en eux la liberté, les fins en vue desquelles ils ont été créés : les abeilles fabriquent toujours leurs rayons de miel de la même manière, le printemps ramène parmi nous les hirondelles qui y bâtissent chaque année leurs nids avec les mêmes éléments et en leur donnant les mêmes formes. — - En estil de même dans les sociétés humaines ? Présentent-elles des évolutions qui seraient le produit de certaines formes constantes rendant toute résistance impossible ? Sans doute un profond penseur napolitain, Vico, a pu, en contemplant le monde romain, nous présenter les sociétés subissant successivement trois transformations pour passer, en les parcourant en cercle, de l'âge du gouvernement théocratique à celui des aristocraties et à celui des démocraties, puis, recommençant leur évolution dans ce même cercle, retombant, à travers les révolutions, de la civilisation à la barbarie. Mais si les sociétés humaines subissent de semblables transformations, c'est, ajoute Vico, par l'œuvre des hommes qui agissent toujours avec choix et par de libres déterminations de leur volonté.

« N'y a-t-il pas d'ailleurs dans la doctrine de Vico une lacune qui dépare son système ? Est-il vrai que les peuples civilisés reviennent à l'état de barbarie pour renouer l'anneau que formerait l'humanité dans son cours, pour recommencer l'âge divin, pour passer ensuite sous la domination des forts en sortant du règne de l'équité naturelle ? Sur ce point des doutes peuvent se produire et, en ne fixant pas uniquement ses regards sur le peuple romain, le puissant génie de Vico eût peut-être reconnu que l'humanité marche sans cesse en ligne droite, au lieu de parcourir l'orbite qu'il trace et dont elle ne sortirait jamais selon lui. En généralisant et en considérant l'espèce humaine dans tout

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