‹ Traité théorique et pratique de droit pénalChapitre 33 sur 141 · LIBERTÉ MORALB. DOCTRINES DÉTERMINISTES · texte numérisé non relu

LIBERTÉ MORALB. DOCTRINES DÉTERMINISTES

« de Tamour de Dieu, et il est nécessaire qu'il périsse (1). » De nos jours M. le docteur Gustave Le Bon reproduit la même idée en termes plus énergiques encore : « Une vipère, dit-il, un chien « enragé me mord, je ne me soucie pas de savoir si l'animal est « responsable ou non de son méfait. Je tâche de me protéger en « l'empêchant de me nuire et de nuire à d'autres : voilà ma « seule préoccupation... Ce n'est, sans doute, pas plus la faute « d'un individu s'il est bon ou méchant que ce n'est sa faute s'il « est beau ou laid, intelligent ou stupide, bien portant ou « malade. Rien ne l'empêche cependant d'être, dans ces diSé- « rents cas, récompensé ou puni par la nature ou par les « hommes, pour des qualités ou des vices aussi indépendants de « sa volonté que le contour de ses yeux ou la forme de son « nez (2). » —De nos jours, en Italie, des publicistes s'inspirant aussi des doctrines fatalistes, ont refusé à la société le droit de punir. Ils n'ont voulu considérer le crime que comme le produit d'un état physiologique et moral de ceux qui le commettent. Ils n'ont reconnu à la société que le droit de se protéger en soumettant les coupables à une tutelle spéciale à peu près semblable à celle à laquelle sont soumis les insensés, les fous, les furieux. C'est là la doctrine qu'exposait M. Poletti dans II Diritto di punire e la tutela pénale. Le docteur Cesare Lombroso, professeur à l'Université de Turin, a également publié un ouvrage considérable sur VUonio delinquente (3), accompagné de dessins nombreux représentant les traits du visage, les dimensions du crâne et l'état du cerveau d'un certain nombre de brigands et de criminels : il y montre que le criminel offre un état qui lui est propre et qui, par sa constitution cérébrale, le rapproche du sauvage plutôt que du fou ; les actions sanguinaires seraient souvent des cas d'atavisme qui, sous l'homme actuel, reproduisent le sauvage ou la bête (4).

(1) Œuvres de Spinoza traduites par M. Emile Saisset, t. II, p. 347 et 350. [ Ce passage est extrait du Cours de droit constitutionnel de M. Molinier, Introduction, p. 18, note 1 (Arthur Rousseau, 1885). ]

(2) Revue philosophique, mai 1881, t. XI, p. 519. [Passage extrait du même Ck>urs de droit constitutionnel, /. c. ]

(3) [3« édition, 1884, nouvellement traduit en français avec une introduction par le D' Letoumeau (Alcan, 1887). ]

(4) [ Passage extrait du Cours de droit constitutionnel de M. Molinier, /. c. ]

« Il n'y a et il ne peut y avoir dans ces doctrines aucune idée de châtiment ni de justice ; la société n*obéit qu'à la prudence sous l'action de la crainte qu'inspire Texistence d'un danger. — Sans doute, avec elles, la société n'est pas entièrement désarmée et ne reste pas sans défense ; mais, toute idée de mérite, de démérite et de justice disparaissant, il n'y a plus que l'action de la force brutale. Vous tuez un animal furieux, si vous êtes plus fort que lui ; vous vous délivrez d'un homme dangereux, parce que la société est douée d'une force plus puissante que la sienne. Que devient la liberté avec des doctrines qui substituent ainsi à l'empire du Droit et de la justice celui de la force, qui n'admettent qu'un devoir de soumission et d'obéissance et l'impossibilité de toute résistance ?

« Sans doute, les déterminations de l'homme sont amenées par des causes auxquelles elles viennent se rattacher : c'est même en cela que consiste la liberté. Supposez l'absence de toute cause déterminante chez un être qui s'abslient ou agit sans aucun mobile : il n'y a chez un être pareil qu'une liberté d'indifférence impliquant l'absence de toute moralité, quant aux actes qu'il accomplit automatiquement. Agir ou s'abstenir en se guidant par le discernement et en suivant une impulsion qui détermine un choix, c'est en cela que consiste la liberté. C'est sur ce rapport de causalité qui existe entre nos déterminations et le fait accompli que repose l'imputabilité qui engage notre responsabilité pénale : d'un côté était le mobile moral qui nous prescrivait de nous abstenir d'un acte condamnable, d'un autre côté était le mobile intérieur ou le mobile passionné qui nous portait à le commettre; nous avons délibéré; avec le sentiment de notre liberté, nous avons éprouvé une joie coupable en voyant notre ennemi en notre puissance, en pensant que c'est par nous, par une détermination de notre volonté, qu'il subira un mal qui nous vengo : n'y a-t-il pas en cela un fait qui procède de notre moi, qui trouve sa cause efficiente en nous-même ? Le châtiment qui suivra ce fait n'aura-t-il pas été mérité, n'aura-t-il pas la vertu d'être exemplaire en donnant satisfaction à la conscience publique?

« Nous n'avons pas la prétention de traiter à fond cette grande question de la liberté morale qu'affirme la conscience encore

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