‹ Traité théorique et pratique de droit pénalChapitre 5 sur 141 · NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR VICTOR MOLINIER. VU · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR VICTOR MOLINIER. VU

livre une €onnaissance approfondie du cœur humain et des ressorts qui le font agir, une science détaillée des temps passés et des législations étrangères toujours pleine d'enseignements, un sentiment exact des besoins de la société et des droits de chacun de ses membres, une expérience éclairée des résultats obtenus par Tapplication des lois, cette science difficile qui consiste à découvrir dans les faits et les statistiques la révélation des réformes nécessaires, enfin Tesprit juridique, cette sûreté de méthode et de jugement qui aide à bien saisir le sens des lois, si important à fixer, en matière pénale surtout, cette souplesse d'esprit nécessaire pour la combinaison des textes et cette clarté, cette simplicité, qu'exige l'exposition des principes.

Toutes ces qualités, dont l'ensemble est si rare chez le même homme, se trouvaient réunies chez notre regretté collègue Molinier et ont contribué & faire de lui un professeur de Droit pénal éminent et un criminaliste célèbre, dont le nom et la réputation avaient depuis longtemps franchi les limites de la France pour se répandre au loin dans les pays étrangers.

Victor Molinier est né le 8 avril 1799, à Turin. Le dix-huitième siècle touchait à sa fin et venait de traverser la plus profonde et la plus sanglante crise qui ait jamais atteint une société.

Le calme paraissait se rétablir : mais après avoir tremblé sous la Convention, les hommes prenaient leur revanche sous le Directoire, et, comme l'a dit un historien de la Révolution, en sortant de la Terreur, on se mit à jouir avec une folle ardeur du plaisir de n'avoir plus peur; un grand nombre d'hommes fatigués, usés, ne voulaient plus de la République, l'on attaquait le gouvernement du Directoire qui la personnifiait et on se vengeait sur lui de la peur qu'on avait éprouvée par d'autres. En même temps les hommes nouveaux, ceux qu'avait enrichis la Révolution, désiraient le despotisme comme un refuge et cherchaient de tous côtés un maître auquel ils s'engageaient à obéir aveuglément, pourvu qu'il les couvrît de son épée contre les anciens possesseurs. Après la Terreur, on croit trouver un peuple libre : tout au contraire, dit encore Quinet, il ne reste que des débris de partis, une nation disloquée par la torture, des membres disjoints et épars, des caractères brisés, méconnaissables, qui s'échappent par lambeaux.

Les conquêtes de la Révolution sont donc compromises, c'est l'hallali contre une révolution exténuée qui marque, suivant l'énergique expression du même publiciste, la fin du dix-huitième siècle. En même temps nos armées essuient des revers et sont obligées d'évacuer l'Italie si glo- . rieusemcnt conquise. Un seul homme grandit à vue d'œil dans l'affaissement général, et il faudra qu'il renverse, avec l'approbation de tous.

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ce gouvernement impuissant et méprisé, pour assurer le« InstitutionB conquises par la Révolution et imposer les idées nouvelles à FEurope entière.

C'est à cette époque de langueur et de transition que naquit Victor Molinier, sur cette belle terre de l'Italie que nos armées avaient conquise et qu'elles occupaient, qu'elles allaient abandonner pour y revenir avec plus de gloire à la tète du jeune conquérant sur lequel étaient fixés tous les regards. — Son père, capitaine de dragons, avait fait partie de l'armée de Sambre-et-Meuse et appartenait, en i799, à l'armée d'Italie. Il habitait Turin, lorsque naquit, le 8 avril, notre savant confrère.

Victor Molinier a toujours conservé pour son pays natal un profond sentiment d'affection, et nous le verrons dans le cours de sa vie s'intéresser aux progrès politiques et législatifs de l'Italie, s'y rendre à des congrès scientifiques et revoir avec émotion la maison où il reçut le jour.

Molinier quitta bientôt l'Italie avec son père qui, après avoir pris sa retraite et avoir abandonné le service, vint s'établir sur le domaine de sa famille, à Sainte-Foi-d'Aigrefeuille, dans le canton de Lanta. Là, l'ancien officier, après avoir vaillamment combattu, ayant atteint Tâge du repos, s'abandonna aux douces et paisibles joies de la famille et fit lui-même la première éducation de son fils Victor, jusqu'en 1810, époque où il le plaça, pour terminer ses études, à l'école Saint-Martial, à Toulouse.

L'élève y donna bientôt des preuves de cette application au travail qui devait le suivre jusqu'à sa dernière heure et il fut reçu bachelier en

Notre confrère se sentit attiré vers l'étude du Droit à laquelle il était préparé par la solide instruction littéraire et philosophique qu'il avait reçue et que son père avait favorisée. Son grand-père avait été avocat au Parlement, son grand-oncle était président au Tribunal de Villefranche ; il voulut continuer les traditions de sa famille. 11 devint, en 1818, élève de notre Faculté de droit et fut reçu avocat en 1821.

Il alla s'établir aussitôt à^Villefranche^de-Lauraguais et débuta au barreau sous la protection de son grand-oncle. Il y conquit une situation assez sérieuse pour se marier, à l'âge de vingt-cinq ans, avec la fille d^un des propriétaires de la contrée.

Elevé par son père dans des idées sérieusement et sagement libérales, il jouit, pendant tout le gouvernement de la Restauration, de l'indépendance et des satisfactions que procure la noble profession d'avocat.

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