X NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR VICTOR MOLINIER
La vocation de notre collègue était donc bien affirmée et bien déterminée : l'enseignement du droit avait pour lui tout Tattrait des études élevées, était de nature à donner satisfaction h son esprit orné de cette profonde culture intellectuelle que le mouvement des idées de la fin du dix-huitième siècle avait favorisée. Hais un obstacle sérieux s*élevait devant lui et rendait difficile et coûteux Taccomplissement de son désir. Le titre de docteur était nécessaire pour entrer dans la carrière ambitionnée, et pour le conquérir le jeune magistrat était obligé de reprendre des études théoriques et classiques abandonnées depuis une quinzaine d'années ; il lui fallait plier son esprit à ce travail aride et pénible de la préparation d*examens difficiles, d'autant plus aride et pénible que le candidat avait plus de trente-cinq ans, et avait, depuis son passage déjà lointain à TEcole de Droit, perdu quelque peu de vue ces principes approfondis de Droit romain qui constituent le fondement obligatoire des études de doctorat. Cependant cette difficulté n'était pas faite pour Farrêter ni le décourager. Molinier était de ces natures fortement trempées pour lesquelles le travail est un besoin et un plaisir et qui placent dans Tétude Tobjectif de toute leur vie. Il se mit résolument à cette besogne ingrate à Tàge qu'il avait atteint, et sut concilier les devoirs du magistrat avec les nécessités de la vie d'étudiant. Le 5 février 1838 il soutenait devant notre Faculté de Droit sa thèse de doctorat et y recevait, en récompense de son énergie et de ses mérites, le titre de docteur en Droit qui allait lui permettre de donner satisfaction à ses goûts et à son ambition ; ce titre devait lui servir de transition entre la magistrature qui le possédait depuis sept ans et l'enseignement du Droit auquel il allait se consacrer pendant près d'un demi-siècle.
A peine le laborieux magistrat avait-il conquis son grade de docteur, qu'un concours s'ouvrait à Toulouse, le 7 mai 1838, pour la chaire de procédure et de législation criminelle, et pour une place de suppléant vacante à notre Faculté de Droit. Molinier n'hésita pas à affronter les deux concours et ne recula pas devant les difficultés et la fatigue des doubles épreuves qu'il aurait à subir. Molinier ne fut point désigné pour la chaire de procédure ; mais, s'il ne fut pas l'élu du jury pour la chaire de professeur, il obtint ses suffrages pour la place de suppléant et fut installé, le 6 novembre 1838, comme membre de notre Faculté de Droit.
Le gouvernement ne tarda pas à mettre à profit les connaissances philosophiques et historiques du nouveau suppléant, en lui confiant cet enseignement que, dès 1831, il avait manifesté le désir de voir établir dans nos Facultés de Droit : il fut bientôt chargé d'un cours d'Introduotion générale à l'étude du Droit.
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Cependant Toccasion s'offrit bientôt pour notre confrère de rentrer dans Tarène et d'entreprendre de nouveau la lutte du concours. Le professeur de Droit commercial de notre Faculté, M. Ferradou, mourut en J839. Un concours fut ouvert pourpourvoir à la vacance de cette chaire, Ie30maii840, et Molinier se fit inscrire parmi les concurrents. Par suite d'autres vacances dans diverses Facultés, l'ouverture de ce concours, d'abord retardée en novembre, fut fixée au ^6 janvier 1841, et son siège fut porté à Paris.
Ce concours dura six mois. Dufour et Molinier luttèrent avec ardeur avec les autres concurrents, de façon à se partager les suffrages. Dufour sortit vainqueur de la lutte au scrutin de ballottage et Molinier revint prendre sa place de suppléant à Toulouse après avoir vaillamment combattu et acquis de solides connaissances en Droit commercial.
Ne regrettons pas pour lui l'insuccès de 1841 ; ce fut une bonne fortune qui lui permit de se consacrer bientôt à l'enseignement du Droit pénal et d'y conquérir une réputation européenne.
Le souvenir de ce concours et le sérieux travail qu'il avait dû faire pour l'affronter dignement valurent à la France un volume de Droit commercial, dont la publication, commencée en vue de cette lutte universitaire, fut achevée en 1816. « Ce traité, comme le faisait justement remarquer le professeur de Droit commercial et doyen honoraire de notre Faculté, dans son rapport au Conseil académique pour l'année scolaire 1886-87, malgré les modifications subies par la législation depuis sa publication, reste encore au rang des œuvres magistrales, et n'a rien perdu de son autorité auprès des jurisconsultes ; on lit toujours avec fruit ce traité doctrinal, dans lequel un dogmatique exposé des principes fondamentaux du Droit, s'unit harmonieusement à une judicieuse critique de la jurisprudence et à une nette conception des nécessités pratiques de la vie commerciale. »
Malheureusement cette savante et utile publication fut et demeura interrompue. Une décision du ministre de l'instruction publique venait de tracer à Molinier son avenir, et notre confrère trouva dans une branche négligée jusque-là de la science du Droit la voie qu'il devait si brillamment suivre jusqu'à la fin de sa longue et belle existence.
Le 3 janvier 1843, le ministre de l'instruction publique autririsa Molinier à substituer au cours d'introduction générale à l'étude du Droit dont il était chargé, celui de législation criminelle comparée.
A partir de ce moment commença cet enseignement du Droit criminel, auquel Molinier allait consacrer toute la puissance et toute l'énergie de son amour du travail et de son dévouement pour la jeunesse, et au-