DU CHANVRE
La culture, le traitement et l’usage du chanvre sont presque les mêmes que ceux du lin. Lorsqu’on le cultive pour la graine, c’est une récolte qui épuise beaucoup ; mais arraché vert, on le considère comme nettoyant laterre. Les sortes de sol convenables au chanvre sont du nombre de ceux qui sont d’une espèce de aoir foncé putride et végétal, qui sont dans une situation basse et un peu moite ; les espèces de terre grasse, molle et sableuse lui conviennent également. Des terres grasses meubles et argileuses feront bien et rien n’égale d'anciennes prairies.
La saison pour semer le chanvre peut être k même que celle pour le lin, et la quantité de graine sera à peu près de 2 bushels par acre, mais un peu moins lorsque le sol est bien riche. On le sème ordinairement à la volée, et il est nécessaire d’en éloigner les oiseaux jusqu’à ce qu’il soit entièrement levé.
Dans le chanvre les fleurs mâles et femelles se trouvent dans des plantes différentes, circonstance qui a une certaine influence sur sa culture et son traitement. Lorsque la récolte est assez avancée quant à sa fibre, on l’arrache en fleur, sans faire la moiudre différence entre les plantes mâles et femelles. Mais comme on le cultive ordinairement pour la fibre et pour la graine, on a l’habitude d’arracher les plantes mâles dès que le commencement de la graine dans les femelles montre qu’elles ont atteint leur but. Comme les plantes femelles exigent 4 à 5 semaines pour müûrir leurs graines, on arrache les mâles autant de temps avant elles.
En arrachant les mâles les arracheurs marchent dans les sillons entre les planches, qui ne sont pas plus larges qu’il ne faut pour qu’avec la main ils puissent atteindre le milieu ; ils arrachent une ou deux tiges à la fois, et prennent bien garde de ne pas fouler aux pieds les plantes femelles. On reconnait les mâles facilement par leur couleur jaune et leurs fleurs fanées. On les lie en petites bottes, et les transporte immédiatement à l'étang pour les y tremper comme on fait avec le lin.
On commence à arracher les femelles lorsque la graine est mûre, ce que l’on reconnait par la couleur brune ou jaune des capsules et les feuilles fanées. On arrache alors les tiges et les lie en bottes, on les place debout de la même manière que le grain, jusqu’à ce que la graine est assez sèche et ferme pour verser aisément ; on doit bien faire attention en arrachant les tiges de ne pas les secouer trop brusquement, parce qu’on
perdrait autrement beaucoup de graine. On recommande, après avoir arraché la graine, de placer le cänvre en tas de cinq bottes, pour sécher la graine ; mais pour empêcher tout délai dans l'opération de le tremper, on peut Ôter les cosses à graines avec un couperet, les étendre sur du canevas pour sécher à l’air sous quelque appentis ou couverture. Cette dernière méthode de sécher la graine est d’un grand avantage en ce que les cosses vertes sont d’une nature si gommeuse que es tiges pourraient soufliir par l'ardeur du soleil et les pluies, ce qui décolorera et endommagera le chanvre avant que la graine ne puisse être suffisamment sèche sur les tiges; outre cela le battage du chanvre endommagerait le chanvre à un grand degré.
La trempe, le rourage et le gazonnement du chanvre se fait de la même manière que le lin. Dans quelques endroits on omet de l’étendre sur le gazon et on y substitue l'opération de le tremper à l’eau ; dans d’autres places on ne trempe pas la récolte femelle, qui est séchée ot mise en meule, et rouie le printemps suivant. Sur le continent on a essayé l’eau chaude et le savon vert ; et alors comme avec le lin on a trouvé, que, le tremper pendant deux heures dans ce mélange, est aussi effectif pour séparer la fibre de la matière boiseuse que de le tremper à l’eau et rouir sur le gazon pendant plusieurs semaines.
Le produit du chanvre en fibre, dit-on, varie de 3 à 600 tonnes par acre, en graine de 10 à 12 bushels. Le chanvre, cultivé en grand, deviendrait un produit important d'exportation.
La société des arts, des manufactures et du commerce de Londres a offert de grands prix pour la culture du chanvre en Canada. Plusieurs montres de chanvre cultivé en Canada furent envoyées en Angleterre il y a quelque temps, et furent soumises à l’examen des meilleurs juges, qui les ouvèrent défectives, plutôt pour le mode défectueux de leur préparation, que pour linfériorité du matériel même. On en trouva de la longueur du chanvre d’Italie, qui est plus long que celui de la Baltique, mais le tout fut mêlé sans aucun égard quant à la longueur et la qualité. Le chanvre russe au contraire est toujours soigneusement assorti en différentes classes, qui naturellement obtiennent différens prix au marché. Certainement si le chanvre vaut la peine d’être cultivé, les fermiers pourraient facilement parvenir aux méthodes convenables pour le préparer et assortir. On suppose que l'Angleterre importe de la Russie seule le chanvre produit de 50,000 d’acres, et pendant la guerre la quanité fut double. On calcule que les voiles et cordages d’un vaisseau de ligne de première classe exigent à peu près 180000 livres de chanvre brut, ce qui équivaut au produit moyen de 80 acres,