‹ Traité théorique et pratique de l'agriculture [microforme]Chapitre 29 sur 139 · MT · texte numérisé non relu

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Il est juste de dire que la plus grande partie des produits de l’agriculture dans le Bas-Canada sont consommés par le fermier et sa famille sur sa ferme, Cette circonstance, toutefois, en est une dont peu doivent se plaindre. Il est heureux qu’ils ne soient pas, comme les fermiers des autres pays, tenus de donner à d’autres Ja plus grande portion des produits de leurs terres, et de se contenter de la plus petite part pour eux-mêmes.

Les cités de Montréal et de Québec, et d’autres petites villes, sont fournies de gros produits, tels que foin, pairs et légumes, par les fermiers de leurs environs respectifs ; ils fournissent aussi ces villes, en partie, de tous les autres articles de production agricole nécessaires ; mais les viandes de boucherie, le fromage et le beurre viennent en très grande partie des Etats-Unis, Les chevaux et les vaches des citoyens s’élevent peut-être à : chevaux, 2700, vaches, même nombre. L’hiver il arrive occasionnellement dans ces villes un nombre très considérable de chevaux avec des produits, etc., qui absorbent une grande

yantité de foin et d’avoine. Il y a plusieurs brasseries, qui achètent

e l'orge et du houblon en assez grande quantité. Le nombre des distilleries s’accroît dans les environs de Montréal, ce qui doit augmenter de beaucoup la consommation et par conséquent les demandes du grain. Jusqu’à présent on n’a pas fait grand usage du whiskey canadien, mais on commence à s’en servir, et bientôt il aura probablement remplacé tout-à-fait l'usagn du rum, ainsi que les autres spiritueux étrangers.

De crainte que ces remarques ne portent les étrangers à se former une opinion erronée des produits qui doivent résulter ici de l’agriculture, il est peut-être à propos de leur rappeler qu’ils ne doivent pas espérer de semblables rapports des capitaux employés. Ils auront à acheter des terres défrichées, et si elles ne le sont pas, de dépenser des capitaux pour les défricher. A cause de cette circonstance il faut donc aux nouveaux habitans de plus grands capitaux pour les mettre sur un pied d'égalité avec ceux dont les fermes sont déjà défrichées et sur lesquelles il y a des bâtisses, et conséquemment ils ne peuvent obtenir les mêmes résultats de leurs capitaux. Cependant je suis loin de vouloir détourner aucun agriculteur industrieux, et qui entende son art, d'acheter en Canada. Je crois qu’il est peu de pays où il puisse le faire avec plus de chances de succès. Les agriculteurs déjà établis en Canada ont consacré leurs capitaux principalement à dégager leurs terres des forêts et à construire des maisons et d’autres bâtisses. Les capitaux consacrés au défrichement des terres ne peuvent être estimés moins de 8/. courant, ou 12 piastres larpent. Ce qui, pour ? millions

3 ou 4 cent mille arpens, quisont réputés être maintenant en état de culture, ou améliorés, ferait près de 10 millions de louis courant, ou 40 millions de piastres Le coût des constructions sur 60,000 fermes peut, je crois, équivaloir à peu près le montant consacré au défrichement des terres. Ainsi le montant total des capitaux consacrés par les agriculteurs du Bas-Canada aux terres, aux bâtisses, troupeaux, et aux outils, paraît être de 25 millions de louis courant, ou 100 millions de piastres.

D’après mes calculs, je trouve que les capitaux employés aux troupeaux et aux outils égalent environ 22. courant ou 8 piastres par arpent des terres améliorées, et, comme je l’ai déja dit, donnent un rapport annuel de 1/. 10s. courant, ou 6 piastres à l’arpent, terme moyen, Ce rapport est susceptible d’une augmentation double et triple de ce montant, et cela facilement et sûrement. Si le fermier a besoin d’augmenter ses capitaux de culture, qui comprennent ses bestiaux, ses outils et les fonds pour la main d'œuvre, n’ayant ni rente ni taxes à payer, il peut assurément accumuler quelques épargnes de ses produits dans les saisons favorables pour les appliquer à ce but, lesquelles, employées judicieusement à l’amélioration de sa terre, aux instrumens perfectionnés et, s'il est nécessaire, à l’accroît de ses bestiaux, augmenteraient beaucoup le produit annuel de sa ferme et lui donneraient les moyens de faire d’autres perfectionnemens, et de procurer à sa famille éducation et un établissement respectable. C’est du surcroît des produits des terres qu’on doit tirer tous les fonds pour instruire nos familles et les établir, non pas sur de petites portions des vieilles terres, mais sur de nouvelles fermes ; et lagriculteur, dontles moyens actuels sont insuffisans pour accomplir ce devoir auquel il est obligé, devrait refléchir et faire ses elforts pour voir si, en adoptant un autre système d'agriculture, et avec une industrie redoublée, il lui serait possible d’obtenir des résultats plus favorables. Un agriculteur, possédant cent arpens de terre améliorée, ou même d’une qualité médiocre, doit la cultiver et la régir d’une manière très imparfaite, si, dans des circonstances ordinaires, il ne peut ajouter à son capital, dans le cours d’une année sur deux ou trois, soit en troupeaux, en améliorations ou en argent. Maintenant si on compare les moyens relatifs des agriculteurs du Canada et de ceux d’Angleterre, même quant aux capitaux, les premiers ont décidément l’avantage, pourvu toutefois qu’ils perfectionnent, et profitent des circonstances qui les favorisent. Ils sont propriétaires du sol, leurs maisons, bâtimens ruraux, bestiaux, et instrumens leur appartiennent et seront, avec leurs améliorations, transmis à leurs enfans. A peine ont-ils une taxe, soit directe ou indirecte, à payer ; par conséquent il ny a pas dans les îles britanniques, ni en Europe, une classe d'agriculteurs qui ait autant d’avantages et qui puisse devenir aussi réellement indépendante et respectable. De grandes fortunes ne peuvent pas s’acquérir ici au moyen de l’agriculture, ni, à vrai dire, dans aucun autre pays, à présent. Le fermier industrieux peut, toutefois, se procurer en abondance les besoins ct les commodités de la vie, puis amasser de temps en temps quelque

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D’après les retours statistiques : 1 le Bas-Canada, auxquels on a déja référé, il y a 38 colléges, 1099 écoles élémentaires et 48,330 élèves ; ce nombre égale à peu près la moitié de celui des personnes depuis l’âge de 5 ans jusqu’à [4 dans la province. Je nai pas les moyeus de m’assurer si, depuis 1831, le nombre des écoles et des élèves qui reçoivent l’éducation s’est accru, mais il n’y a pas de doute que le désir d’instruire la génération qui s'élève, est universel dans toute la province.

Le sol du Bas-Canada est généralement d’une excellente qualité, à peine s’en trouve-t-il quelque partie qu’on puisse appeler aride, Il n’y a pas de montagne très-élevée. Les côteaux sont couverts de bois, que l’on peut conserver pour le chauffage et les clôtures, là où le sol n’est pas propice pour la culture. Toutes les espèces de grains utiles, de légumes et autres végétaux que l’on cultive en Angleterre, peuvent se cultiver ici avec un égal succès, à l’exception des turneps. Il n’est pas aussi favorable pour les pâturages, à cause de la grande chaleur de l'été. Lorsque les mois de juillet et d’août sont très secs, les prés se crispent, et alors il n’y a guère de regain, ou herbe d’arrière saison. C’est une entrave à laquelle l’agriculture canadienne demeurera toujours assujettie, et contre laquelle Phomme ne peut rien.

On se plaint aussi que les hivers sont longs et rudes ; mais à bien considérer, les hivers sont tout aussi favorables au fermier qu’autrement ; et il n’est probablement pas un seul agriculteur, qui ait fait un long séjour en Canada, qui ne préférât nos hivers tels qu’ils sont, aux hivers doux et tempérés de l’Angleterre. L’âpre gelée et la neige fertilisent les guérêts à un dégré éminent, et les préparent de la meilleure manière pour recevoir la semence au printemps. Sans un rigoureux hiver dans les provinces de l’Amérique du Nord les fermiers éloignès ne pourraient pas apporter leurs produits au marché ; une mince population, éparpillée dans une vaste étendue de pays, serait de long-temps incapable d’encourir les frais de faire des chemins suffisamment bons pour voyager l’hiver, et à la commodité de chacun. La neige et la glace font, sans frais aucuns, des chemins et des ponts d’une grande perfection, rivalisant presque avec les chemins de fer, si ce n’était que des cahots, qui sont une plaie, et qu’il est en notre pouvoir de prévenir, et assurément qe y va de notre honneur et de notre intérêt de le faire sans délai.

Quelques uns prétendent que la longueur des hivers est une raison pour ne pas garder ua grand nombre de bestiaux ; mais je n’admets en aucune manière cette objection comme bien fondée, rien n’empêche qu’on ne garde ce nombre d’animaux convenables qui est nécessaire à proportion de l’étendue des fermes. La végétation rapide de l’herbage en été est proportionnée aux besoins créés par la longueur et la sévérité des hivers, et dans toutes les fermes bien régies, cette proportion peut toujours se maintenir, exceptè dans les mauvaises saisons, Je crois que dans tous les pays on trouvera que le Créateur de tout bien a ordonné les saisons de manière à s’accorder le mieux avec la situation et les circon-

stances dechaque contrée et de ses habitans, et si par le renouvellemerit des habitans, l’introduction d’une espèce différente d’animaux ou dé végétaux, quelque amélioration est nécessaire, l’homme, en fesant'usige des facultés que Dieu lui a données et que l’éducation à perfectionnées, peut produire l’amélioration requise.

I ne suffit pas que nos terres produisent d’abondantes récoltes, pour que l'agriculture soit profitable ; il est nécessaire que nous eonnaissions parfaitement l’espèce et la quantité qu'ondoit cultiver de charue, pour suffire à nos propres besoins etaux besoins des'autres, et d’exclure sil est possible tout ce qui pourrait cont:ibuer à fournir le marché qui nous est ouvert et que nous sommes pleinement capables de pourvoir, si on sait &y prendre. Aussi long-temps- que nous aurons besoin de marchandises de cru et de fabrication étrangère, nous devons nous'appliquer à récolter cette espèce de produit qui convient au marché étranger ; et on peut'exercer ce trafic avec bénéfice pour les deux pays jusqu’à un certain point, ce que j’essayerai de démontrer dans un autre endroit. Je voudrais que les fermiers sussent qu’ils ne peuvent vivré aussi décemment ici qu’en Angleterre, ou dans les autres contrées populeuses, à même les rapports de quelques acres de terre, produisant, quelque abondamment que ce soit, patates, ogrions, choux et concombres. Il n°?y a point d’acheteurs pour une telle production : elle semble être déja outrée par les jardiniers des ‘environs de nos villes. En Angleterre le nombre des personnes qui résident dans les cités et les villes s'élève à peu près aux quatre-cinquièmes de sa population ; ses cités, ses ville: et villages sont au nombre de plus de millé, dont Londres seule a une population d’un million-cinq-centmille, et trente autres de ses principales villes, sont ensemble à péu près au même chiffre, Ceci fait qu’il est nécessaire qu’une grande partie du sol soit cultivé à peu près à la manière des jardins. D’autres pays populeux de l’Europe sont dans une position analogue. En Canada, jusqu’à ce que nos cités et nos villes deviennent immensément populeuses et étendues, il n’y aura pas grand encouragement pour les petites fermes de quelques acres seulement, Si nos fermes, dans leur éténdue actuelle ordinaire, nesont pas judicieusement cultivées, et que la moitié des terres suffirait pour donner plus de produits, il ne’ s’ensuit nullement qu’un tel ordre de choses doive exister, ou que les agriculteurs ne puissent amienér leurs fermes, dansleur éténdue actuelle, à l’état de culture lé meilleur et lé plus profitable, Au fait je suis convaincu que si ellés avaient moins d’étendue, on ne pourrait les cultiver avec profit dans les circonstances actuelles du pays. Notre système agricole doit embrasser lés céréales et les bestiaux, et nous devons poser en maxime fixé que nous ne pouvons avoir les unes avec profit sans posséder les autres dns une due propor: tion. Après avoir dûment considéré l’agriculture du Canada, en particulier, comme affectée par le climat, le sol, les capitaux et par les habitudes’et l’habileté des fermiers, j’en viens à la conclusion qu’il n’y a aucun obstacle insurmontable à l'amélioration et au saccès de l’agricultute, qu’il n’est au pouvoir des plus intéressés de faire disparaître. S’il a besoin de capitaux de culture, le fermier n’a qu’à exercer son habileté et son industrie pour les obtenir du sol, où ils sont enfouis, et de sapropriété. Je sais

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ce que c’est que de manquer de capitaux. Lorsque je vins en Canada je dus en acquérir, et je le fis avec succès sur une ferme grevée d’une forte rente et sous d’autres circonstances défavorables. Je ne puis donc admettre que la généralité des agriculteurs, résidant depuis long-temps sur leurs propres terres, aient, dans des circonstances ordinaires, quelque excuse vlausible pour manquer des capitaux nécessaires. Sans doute que des circonstances extraordinaires, telles que des mauvaises saisons, perte de bestiaux, forte baisse dans le prix des produits, etc., peuvent arriver, et empêcher les plus. industrieux d’ajouter constam-, ment à leurs capitaux ; mais ces désappointemens extraordinaires ne sont pas fréquens ou généraux, et ne devraient produire aucun effet général.

L'homme est toujours porté à attribuer les maux ct les inconvéniens, réels et souvent imaginaires, à des causes sur lesquelles il s’abuse jusqu’à croire qu'il n’a aucun contrôle, plutôt que de se donner la peine de les examiner et de trouver les moyens de les faire disparaître ou d’y remédier. Sur dix de ces causes que l’on regarde comme des maux et des inconvéniens irremédiables, et auxquels on se soumet, en ce monde, il en est neuf qu'on souffre et laisse subsister en conséquence de ce manque d'examen et d’application soutenue. Cette indolence n’est pas seulement extrêment préjudiciable dans ses conséquences, à ceux qui en souffrent justement, mais à ceux qui voudraient agir et qui agissent en effet différemment, ( quoique peut-être ces derniers ne pensent pas ainsi généralement ) et à toute la communauté. Ce monde, vu dans son étendue illimitée, est beau et parfait, et calculé de toute manière à produire ce qui est nécessaire au bien-être, aux jouissances et au bonheur temporel de l’homme, si les hommes voulaient seulement agir de concert, et apprendre à remplir leur tâche bien et judicieusement.

Je ne conseille pas d’introduire de légères innovations ou changemens, et je m’abstiendrai soigneusement de recommander des innovations que, d’après la lecture, la reflexion et l'expérience, je ne serais pas convaincu être d’une nature avantageuse ; mais lorsque nous voyons qu’un système, un usage, une pratique, suivi par nous mêmes où par nos pères, est susceptible d'amélioration, et que les produits que nous tirons de l’agriculture sous le système actuel, etc., ont besoin d’être augmentés pour se procurer les moyens d’instruire et d'établir nos enfans, et se pourvoir de ces commodités et de ces jouissances que des cultivateurs respectables devraient ambitionner pour leurs familles ; sûrement nous ne devrions pas hésiter à adopter de suite les améliorations nécessaires. Quelque louable qu'il soit de chérir certaines pratiques et habitudes de nos ancêtres et qu’elles aient de l’attraction pour nous, dans le siècle et l’état de société où nous vivons, :l n’est pas d’homme sensé qui hésitera à rejeter aucune habitude, usage ou pratique qu’il s’apercevra être manifestement opposés aux intérêts et à la prospérité individuelle ou générale, Les chérir ou les conserver après cette conviction, c'est se soumettre volontairement à ce qui est mauvais, et fuir tous les avantages que la dissémination des connaissances introduit rapidement

dans les autres pays par le perfectionnement de chaque art et conséquemment de la civilisation.

Toutefois, avant de désirer quelque bien, il faut le connaître et savoir l’apprécier ; et c’est l'éducation seule qui nous initie à la connaissance du bien auquel on puisse atteindre. Il est impossible que l’agriculture puisse dûment se perfectionner avant que les agriculteurs soient instruits. Bien que l'éducation puisse ne pas former un bon fermicr pratique, il ne peut y avoir de bons fermiers pratiques sans elle. Que l’éducation et les connaissances se répandent, soyons sûrs que les vieilles coutumes et pratiques seront moins suivies, surtout si on s'aperçoit qu'elles nous empêchent d'obtenir les avantages et l’aisance dont nous avons besoin et que nous n’avons pas. Lorsque l’éducation aura mis les hommes en état d'étudier et d'examiner l'origine des choses, la vénération pour les vieilles coutumes, habitudes et usages sera en grande partie détruite, et ceux là seulement seront suivis et conservés, qui sont favorables à quelque chose d’utile et de profitable.

Ici les fermiers ont à diriger et surveiller, puis à exécuter les travaux agricoles, et celui qui a reçu une éducation raisonable est plus en état de le faire que celui qui est illétré. Il est peut-être quelques instances où on ait vu des hommes instruits de la classe moyenne être désœuvyrés et membres inutiles de la société, mais ce n’est assurément pas une bonne éducation qui les rendrait tels, mais par ce qu'ils ne veulent pas en faire un bon usage et l'appliquer aux travaux industriels de la vie commune.

Le lecteur me censurera peut-être de ce que je m’écarte de mon sujet, Néanmoins, mon but est de rendre mon livre utile aux classes agricoles du Canada, et de les induire, s’il est possible, ainsi que ceux qui peuvent leur donner des avis, à méditer ces causes et ces effets dans ne elles sont, ainsi que la génération croissante, profondément intéressées.

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