INTRODUCTION
L'AGRICULTURE, dans un élal perfectionné, est la culture et la direction judicieuses de la surface territoriale, par le travail manuel ct l’aide des animaux, pour la production d’objets et matériaux employés pour la nourriture et le service de l’homme, et pour divers objets importans dans les arts, dans les manufactures, et dans la vie civilisée.
Chez les nations anciennes les plus éclairées, l'Agriculture parait avoir joui de la plus haute estime, particulièrement chez les Romains, CATon l’ancien ne crut pas au-dessous de lui de composer un Traité d’Agriculture où il parle de l'importance de cette dernière dans les termes les plus favorables. VAarRoN, qui passait pour être le plus savant des Romains, employa sa plume sur le inême sujet. CicEroN donnait à l’Agriculture les plus grands éloges, et semblait la regarder comme la seule occupation convenable à un homme libre. Cor.umELLA professait d’être de la même opinion. ViRGiLe qui était si raffiné, le favori d’une cour splendide, ne regarda pas comme au-dessous de lui d'employer ses talens sur le sujet de l’Agricrlture ; et peut-on la recommander plus fortement aux habitans du Canada qu’en leur rappelant que partout où l’Agriculture a été encouragée d’une manière particulière elle a toujours été cousidérée comme favorable à une forme de gouvernement libre et libérale ; en effet l'Agriculture ne peut prospérer que sous un gouvernement libéral.
Pour uN PAYS TEL QUE LE CAnaDA, possédant des terres fertiles d’une étendue presque sans bornes griculture est d’une importance majeure, et, pratiquée d’après le : ne le plus amélioré, elle fournirait abondamment à tous les besoins d 1e population industrieuse, bien plus nombreuse que la population actuelle, et procurerait les douceurs et les jouissances de la vie en aussi grande abondance à une population plus dense qu’à une population moins nombreuse. L’AGricurTure, dans chaque pays, et plus particulièrement dans celui-ci, doit être la mère des manufactures et du commerce, et le meilleur moyen de promouvoir la civilisation et la population—(témoin l’état actuel des nations sauvages dans toutes les parties du monde qui n’ont pdint d’agriculture.) C’est ce qui la reru le plus universel et le plus utile des arts ; et dans tous les pays les individus les plus puissans tirent leur richesse et leur impor. tance de leurs propriétés foncières, cultivées par le laboureur.
Les découvertes faites récemment dans la chimie, l’art vétérinaire et la physiologie végétale ont conduit aux plus importantes améliorations dans la culture des plantes, et pour perfectionner les races des animaux et la manière de les élever; ce qui fait que l’agriculture n’est plus seulement un travail, mais une science ; et, comme le remarque Marshall, ‘ elle est un sujet qui, considéré dans toutes ses branches, et dans toute leur étendue, est non seulement le plus important et le plus difficile dans l’économie rurale, mais dans le cercle des arts et des sciences kumaines.”?
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Pour promouvoir l'amélioration de l'agrieulture on a établi dans presque tous les pays de l'Europe, et, je crois, dans chaque comté de la Bretagne, des sociétés qui, pour stimuler les efforts des cultivateurs cet de ceux qui élèvent des animaux, offrent des prix et autres récompenses honoraires, On a aussi publié de nombreux ouvrages relativement aux améliorations à faire dans l'agriculture, et ils ont eu une grande cireulation, offrant à chaque cultivateur des sources d'instruction sur tout ce qui se trouve lié à son état—les opérations des terrains ct des fumiers— l'influence de l’eau-—-l’atmosphère, et les fonctions des plantes et des animaux, clairement expliquées—les instrumens aratoires les plus perfectionnés soumis à son jugement, et qu’il peut toujours se procurer à un prix raisonnable, Ces avantages doivent nécessairement avoir eu une influence très avantageuse sur l’agriculture de la Bretagne—que les cultivatenrs locataires y sngnassent ou non.
En Canapa, les cultivateurs sont généralement propriétaires, ou peuvent l'être, en s’établissant sur des terres nouvelles, et tous les avantages provenant de l’agriculture la plus perfectionnée tendront à leur procurer de l’aisance ou à accroître leurs richesses. Ce fuit devrait être unaiguillon suffisant pour engager les cultivateurs Canadiens à introduire toute amélioration raisonnable et expédiente. I faut avoir maintenant plus de moyens qu'il n’en fallait il y a cinquante ans pour vivre dans l'aisance en Canada. Les besoins artificiels du cultivateur sont augmentés ; (et je suis bien loin de regretter qu’ils le soient }—et ses moyens ont diminué, vu le décroissement de la fertilité du sol de toutes les vieilles formes cultivées, Cette fertilité a besoin d’être rétablie, ce qu'on ne pourra faire qu’en introduisant un meilleur système de culture. Et, quand mème un agriculteur serait en état de pourvoir à tous ses besoins actuels et artificiels son ambition et son devoir devraient l’exciter à se procurer quelque chose de plus. Un cultivateur qui consomme systématiquement chaque année les produits de sa terre sans se faire un fonds en produits, en améliorations utiles, ou en argent, ne contribue en rien à la ‘ichesse individuc!le ou nationale. Si nos inclinations et nos efforts pour produire ne font qu’égaler notre disposition à consommer, nous ne pouvons joint faire d’épargnes-—ni d’accumulation pour établir nos familles—ni des capitaux—ui des fonds pour entretenir le travail.
L'AccumuLarion, appliquée judicieusement à l’encouragement de la produclion, est capable de produire du profit. Elle met le cultivateur en état d'employer des manduvriers, ct d'augmenter la quantité de ce qu’il produit ; il est donc de son devoir de mettre en œuvre toute l’industrie possible pour se faire un capital à même les épargnes de l’excédant du produit sur la consommation. Mais tandisque l’accumulation de l’industrie, judicieusement employée en consommation productrice, ou en ouvrage qui paycra et donnera du profit, est désirable sous tous les rapports, comme étant un moyen d’augmenter la richesse individuelle et nationale, les accumulations, ou capitaux apportés dans le pays employés d’une manière peu judicieuse où improductrice, sont extrèmement nuisibles dans un p1ys comme celti-ci—diminuent le capital, et les fonds pour l’emploi du travail productif—et, suivant Adam Smith, ‘ doivent nécessairement diminuer la qtrantité de ce travail, qui ajoute de la valeur
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au sujet qui le reçoit, et, en conséquence, le produit annuel de la terre et le travail de tout le pays-la vraie richesse et le revenu de ses habitans.” Quoiqu'il puisse y avoir ici des cas d’accumulation ou de capital ainr' employé, c’est un bonheur que ces cas soient peu nombreux-æet, ce qu. est différent de ce qu’on voit en Europe, il ÿ a en Canada peu d’habitans qui, strictement parlant, consomment sans produire, ou qui consomment sans rien ajouter au produit de la société.
En Anczerenne, les accumulalions créées principalement par son industrie ne pourraient être achetées avec tout l’argent en lingot de l'univers, quand le montant en serait plusieurs fois redoublé. Elles se montrent dans diverses améliorations dans le pays—dans ses cités, villes et villages—dans ses manufactures, dans son commerce et dans sa mnrine, et plus particulièrement dans ses dépenses judicieuses pour les grands objets publics qui donnent des facilités pour mettre les communications à bon marché e: les rendre expéditives, et permettent de faire des accumulations individuelles qu’on ne voit dans aucun autre pays— et il faut vraiment que l’industrie de son peuple soit grande pour qu’elle puisse faire des accumulations aussi énormes malgré le fardeau de taxes onéreuses, payer l'intérêt de la dette nationale qui surpasse presque tous les calculs, et annuellement plusieurs millions pour soutenir une population pauvre sans emploi.
Ics nous avons pour la production d'amples ressources qui fourniraient pour l’accumulation de grandes épargnes à part de la consommation nécessaire. Le meilleur moyen pour faciliter les accumulations nationales ou individuelles est d’éclairer la grande masse du peuple, de lui apprendre ‘“ ce qu’il est, ce qu’il peut être, et ce qu’il devrait être, ” pour qu'il puisse diriger son travail et son industrie de la manière la plus propre et Ja plus efficace pour la production. Nous pouvons être assurés que plus l’habileté professionnelle de toute sorte sera basée sur des connaissance réelles, plus l’industrie de toute classe sera productrice.
C’est donc au moyen de lP’éducation d’abord, et ensuite au moyen de la diffusion des connaissances utiles et pratiques parmi le peuple, que le pouvoir du travail peut être exercé le plus efficacement, et que nos cir-
‘constances naturelles peuvent être le plus complètement mises à profit ;
c’est ce qui mettrait chacun en état d'appliquer les meilleures facultés de l'esprit et du corps pour améliorer sa condition et celle de sa famille.
L'Industrie d’un peuple éclairé, laissée libre, est tout ce qui devrait être nécessaire pour assurer l’aisance et le véritable bonheur d’une société ainsi placée ; mais un peuple sans instruction est incapable d’appliquer son travail et son industrie de la manière la plus judicieuse et la plus efficace pourassurer le bonheur et la prospérité des particuliers ou de la société en général.
Dans ce pays, où les capitaux manquent, combien il serait désirable que nous nous appliquassions à faire des accumulations au moyen de notre propre industrie, et en perfectionnant la direction de l’agriculture ; à produire ce capital, non pour le laisser inactif, mais pour l’employer encore à faire de nouvelles accumulations. Qu'il serait agréable de voir cet emploi des accumulations de notre industrie, dans des améliorations considérables de nouvelles terres pour l'établissement de nos familles,