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CHOIX DE TROUPEAUX POUR LE TRAVAIL

Les animaux de travail dont on se sert dans l’agriculture canadienne sont exclusivement le cheval et le bœuf. Il règnait beaucoup de diffé. rence opinion en Angleterre pour savoir lequel de ces deux animaux on doit préférer, et beaucoup donnèrent la préférence au bœuf, et d’autres au cheval. L’une des plus grandes objection contre le bœuf en Angleterre est qu’il ne supporte pas un travail constant et qu’il exige de fréquens intervalles de repos. Cette objection est de conséquence dans un pays où les labours se font pendant neuf mois de l’année. Toutefois cette objection ne s’applique pas au Canada. * La plus grande partie des labours se bornent à trois mois pendant la saison fraiche, alors que les bœufs sont le plus en état de faire leurs travaux, qu’ils exécutent à très peu de frais pour leur entretien. Les terres fortes du Canada exigent généralement en automne une plus grande foree de tirage que celle que deux chevaux ordinaires ne peuvent imprimer au labourage. En gardant une succession régulière de bœufs, on pourrait en disposer de deux annuellement à l’âge de cinq ans, en les nourrissant à l’étable après l’achèvement des labours, et les vendre pendant l’hiver où le printemps. Au moyen de cette méthode je suis convaincu que les fermiers pourraient opérer leurs labours à très peu de frais. Les bœufs soumis à un travail modéré, durant deux ou trois mois de l’années, n’en recevront aucune atteinte dans leur tai/le, s’ils sont pourvus d’un entretien raisonnable, et cet entretien ne coûte pas la moitié autant que celui d’un cheval. Le bœuf peut être soumis au travail pendant trois saisons, la première très modérément, et croître en taille et en valeur àla fin, tandis que le cheval décroîtra en valeur. La succession de bœufs nécessaire pour une charrue doit se composer de deux âgés d’un an, de deux âgés de deux ans, de deux âgés de trois et de deux âgés de quatre ans ; on en vend deux annuellement sur la fin de l'hiver ou au printemps, gras, afin qu’ils rapportent au fermier de 60 à 100 piastres.

En Angleterre, en supposant que la moyenne de l’étendue des terres qui peuvent être cultivées par deux chevaux de la meilleure manière soit de 60 acres, les chevaux consomment, dit-on, le produit d’un acre sur six qu’ils cultivent et quelquefois un sur cinq qu’ils labourent.

Une autre objection contre le bœuf c‘est son mouvement lent, En Canada on laboure généralement avec un ou deux chevaux avant de se servir du bœuf, ce qui fait qu’il se meut plus vite que lorsqu’on l’emploie seul,

A Sussex, en Angleterre, quatre bœufs sur une charrue libourèrent un acre de terre en quatre heurès et dix minutes. J’ai vu une paire de génisses affranchies soumises à une concurrence de labourage en Irlande, et elles achevèrent sans conducteur leur travail en moins de temps que quelques attelages de chevaux.

En Portugal on attelle les bœufs de la manière suivante : on passe une longue bande de cuir autour du joug et de là autour des cornes, à leur base, et on l’attache de nouveau au joug. Par ce moyen la tête des bœufs devient plus solide tandis qu’ils travaillent, et ces animaux utiles sont rendus plus traitables,.

En Franc? et en Espagne on fait tirer les bœufs généralement par la téte et le joug, comme en Canada, ou à peu-près. La methode deles faire tirer en Portugal est très approuvée par lord Sommerville. Le mode canadien pourrait aisément s’assimiler à celui du Portugal, et serait une amélioration.

Ceux qui préfèrent les chevaux aux bœufs, je ne voudrais en aucune manière es détourner de cette rréférence. Il ont sans doute fixé leur choix, après en avoir calculé les : vantages. Dans un sol léger une paire de bons chevaux sont très <apables de labourer assez profondément, mais il est une grande portion des terres du Bas-Canada que deux chevaux ne peuvent labourer d’une manière convenable,

On dit que les chevaux de ferme dans la plus grande partie de l’Angleterre sont trop embarassans et trop lourds et sont mieux adaptés pour traîner de grosses charettes ou des chariots dans Jes villes, que pour les vpérations de l'Agriculture. Les objections du célèbre Davis, de Longleat, contre l’usage des chevaux grands et aux larges talons, de préférence aux races de chevaux actifs et vigoureux et réellement utiles, méritent une attention particulière. Dans quelques localités la pesanteur du sol exige une force plus qu’ordinaire ; mais en ‘es cas il maintient qu’il vaudrait mieux ajouter un nombre des chevaux que d’élever leur taille. Les grands chevaux ne coûtent non seulement plus au commencement que les petits, mais exigent beaucoup plus de nourriture et d’une meilleure qualite pour les conserver en bon état. Dans beaucoup d’instances, les dépenses qu’entraîne le traitement d'une attelage de beaux chevaux, en Angleterre, se montent à près de la rente de la ferme sur laquelle ils travaillent. Pour labourer dans des sols légers il ne faut pas la force d’un gros cheval de somme, et dans des sols lourds, le poids de l’animal fait tort à la terre.

Siles chevaux grands et lourds sont considérés comme inaptes aux opérations de l’agriculture en Angleterre, où le climat est modéré et les chemins excellens dans toutes saisons de l’année, combien ne doiventils pas l’être davantage pour le Canada? Le fermier se sert de ses chevaux de charrue an hiver pour porter ici ses produits au marché. Que deviendrait-il dans un long vryage sous une température de vingt dégrés

au-dessous de zéro, avec un grand cheval anglais qu’on ne pourrait faire aller qu’au pas et qui est à peine mené plus vite en Angleterre ? Le cheval le mieux calculé ici pour des fins agricoles en été et en hiver est le cheval d’unetaille médiocre, fort, actif, courageux et d’une constitution forte. Est-il quelque cheval qui puisse approcher plus de cette description qu’un cheval canadien bien fait et d’une bonne taille? J'ai vu des chevaux canadiens qui possédaient plus de perfection dans la forme et dans la taille, pour les travaux agricoles en Canada, qu'il serait possible d’en trouver dans aucun des autres chevaux ici, La race en

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est certainement détériorée par suite des mélanges qui on été introduits et du manque considérable d’attention chez les fermiers de ne pas multiplier par les mâles et les femelles les meilleurs, et en laissant errer à volonté des chevaux entiers et inaptes à la multiplication. C’est principalement à cette cause que doit s’attribuer la détérioration et la diminution de la taille de la plupart des chevaux canadiens ; mais il est facile de corriger ce défaut, d’abord en détruisant la cause principale, ensuite en fesant des choix et en apportant l’attention nécessaire à la multiplication, eten augmentant la taille graduellement, là où il est nécessaire de le faire, Dans les bêtes à cornes c’est une semblable négligence et l’inattention dans la multiplication, en ce qui regarde l’âge, ta taille ou une bonne forme, qui ont détérioré la race et diminué sa taille et son utilité.

Les hab!'-ns des Etats-Unfs viennent en Canada acheter nos rneilleurs chevaux canadiens ; et plusieurs étalons supérieurs de cette race ont été, à ma connaissance, ainsi achetés et emmenés, tandis que nous achetors leurs chevaux par lesquels nous multiplions, et je maintiens qu’ils sont en tout inférieurs nux chevaux canadiens pour les opérations agricoles. Quel est le fermier de bon sens qui préfèrerait pour l’usage de sa ferme un cheval à carcasse effilée et à longues pattes à un cheval de forme absolument contraire ? Un cheval grand et mince, bien nourri et bien soigné, et splendidement enharnaché, peut bien être très éclatant et convenir pour le plaisir dans les villes, mais il ne sera pas le plus propre ni le plus profitable pour un fermier.

Le cheval de Suffolk est considéré comme un animal très utile pour le travail en Angleterre, et est particulièrement estimé des fermiers de Norfolk, de Suffolk et d’Essex. Le mérite de cette race consiste principalement dans la solidité de sa constitution. Ils sont généralement alezans avec une étoile blanche dans le front, dos très droit, pattes rondes et courtes vers le paturon, ventre profond et plein des flancs. L’expérience prouve que les chevaux dont le ventre est profond gardent long-temps leur nourriture, et par conséquent sont capables de supporter des jours de travail plus longs et plus pénibles que les chevaux à ventre mince. On prétend que les fermiers de Suffolk et de Norfolk labourent plus de terre dans un jour avec ces chevaux qu’aucuns des autres habitans d’Angleterre ; et c’est cette espèce de chevaux dont on se sert partout dans ces comtés, Depuis quelque temps on s’est donné beaucoup de peine en Angleterre pour améliorer cette race, et pour la rendre, à l’aide de la culture, susceptible non seulement des travaux forts, mais encore des travaux légers. Il n’est pas rare qu’un étalon de Suffolk rapporte de 2001. à 3007. La meilleure montre de ces étalons en Angleterre se fait à la foire de Notre-Dame à Woodbridge, où des jumens de charettes de Suffolk ont rappoté de 1001. à 1501. et où il y a queiques années une cavale et son poulin ont rapporté 1000/.

Cette race a été introduite en Irlande, où elle est très estimée. J’ai vu un de ces chevaux, exposé à une montre de bétail, traîner un poids de 42 quintaux, ou 4,704 livres, dans une charette écossaise ; et j'ai enten-

du parler d’un autre cheval de la même race, qui avait traïné un fardeau plus pesant dans km cité de Dublin.

Un pas rapide et égal, un mouvement facile, puis un bon naturel ( ce que les chevaux canadiens possèdent à un plus grand dégré qu’aucuns des autres chevaux que j’aie vus,) sont des qualités de la plus haute importance dans un cheval de travail ; et la possession de ces qualités est de plus de conséquence que de gros os, de longues pattes, et une car casse ou très mince ou très massive.

Les chevaux de Russie sont, dit-on, petits et vigoureux et susceptibles de beaucoup de fatigue. On porte beaucoup d’attention à ceux qui sont d’un trot rapide, et la race en est très encouragée pour des parties au trot sur la neige et la glace. Le cheval calmouck est en quelque sorte plus élevé que le cheval russe ordinaire et est si vigoureux et si fortement constitué qu’il peut parcourir 3 à 4 cents milles anglais en trois jours. On dit qu’ils vivent l’hiver et l’été uniquement d’herbe dans les grands déserts qi si trouvent entre les rivières Don, Volga et Yaik. Le climat de la

ussie ressemble beaucoup à celui du Canada. Les chevaux de Pologne et de Suède sont d’une taille médiocre, mais forts, vigoureux et actifs.

Les dépenses qu’il en coûte en Angleterre pour garder les chevaux sont estimées diversement. Un cheval de travail est supposé exiger 28 livres de foin chagr:e jour, et quand il travail, trois portions d’avoine par jour, à environ 5 portions par boisseau, ou 9 portions à notre minot. Les patates, les turneps suédois ou les carottes servent quelquefois de substitut à l’avoine et aux fèves. Le produit de 5 à 7 acres est considéré comme nécessaire au maintient d’un cheval, pour le pâturage, le foin et l’avoine, et je suis bien convaincu que ce calcul est près de la vérité.

D’après les retours statistiques du Bas-Canada, auxquels on a référé dans la première partie de cet ouvrage, :e nombre des chevaux s’élève à environ 120,000. Supposant que 100,000 soient propres au travail, le total de l’avoine récoltée dans la province, (si les retours sont corrects,) après avoir soustrait la semence, ne donnerait pas plus que 24 minots pour chaque cheval de travail, quantité trop petite de moitié, et qui n’excède pas un quatrième de ce qu'il faut pour des chevaux qui travaillent constamment. Ce nombre de chevaux exigerait, d’après un calcul modéré, 300 à 400 bottes de foin chaque dans l’année, ensemble le pâturage l’été. En allouant 200 bottes de foin à l’acre, il faudrait 240,000 acres de prairie pour maintenir nos chevaux. Je sais qu’il est quelques chevaux qu’on nourrit de peza occasionnellement, ce qui peut épargner une quantité considérable de foin, mais d’un autre côté beaucoup de chevaux sont nourris de foin toute l’année. Deux ou trois acres d'avoine, disons deux acres, seraient nécessaires pour l’entretien de chaque cheval, ce qui ferait 240,000 acres d’avoine ; de là, près de 500,000 acres de notre terre améliorée, ou près d’un quart du tout, seraient nécessaires pour le maintien de nos troupeaux actuels de chevaux, outre ce qu’il faudrait pour leur pâturage. Je ne dis pas que nos chevaux absorbent réellement le produit d’autant de terre maintenant, mais ils en exigeraient

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