CAPITAL NÉCESSAIRE AU FERMIER
L'importance des capitaux dans toutes les branches d'industrie est bien connue, et nulle part ailleurs sont plus nécessaires que dans les opérations rurales. Un fermier industrieux, frugal et intelligent, exact dans ses paiemens, prospérera en dépit de bien des difficultés et avec moins d’argent qu’un homme d’un caractère différent, Mais s’il n’a pas assez de bestiaux pour exploiter ses terres de la meilleure manière, ainsi que pour amasser une quantité suffisante d’engrais et se procurer les articles nécessaires à la ferme et le secours de la main d'œuvre, il ne peut, dans des circonstances ordinaires, cultiver ses terres de la manière la plus avantageuse, ni en obtenir des rapports suffisans pour le soutenir confortablement,
Le montant nécessaire de capitaux doit dépendre d'un concours de circonstances, Les agriculteurs déja placés sur des terres défrichées qui leur appartiennent, et qui ont construit les bâtisses nécessaires et qui possèdent un nombre raisonnable de bestiaux et d'instrumens, s’ils ont besoin de plus de troupeaux ou de fonds pour l'emploi: du travail, pour des améliorations ultérieures, 1à où il n’y a pas de rente à payer, ils doivent, dans le cours de 3 ou 4 ans, être en état d'augmenter leur capital d'opérations et ne tirer d’assistance d’aucune autre ressource,
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Le fermier qui loue une ferme de cent arpens ou environ exige un capital de deux à trois cents louis. J’ai connu des personnes qui avaient réussi avec Liaucoup moins, mais même avec cette somrr.e il faut une grande industrie et une grande frugalité. Les profits augmenteront généralement, accompagnés d’habileté, de courage et d'industrie, à raison du capital employé, s’il l'est judicieusement. Les feriniers prudens doivent prendre garde comment ils dépensent leur argent pour des harnais coûteux, ou des outils, plus qu’il n’est réellement besoin,
Pour les personnes disposées à faire des achats, le montant de leurs capitaux doit être en proportion de la situation, de l’étendue et de beaucoup d’autres circonstances qui se rattachent aux terres qu’elles choisissent, ou qu’on offre en vente. Je consignerai dans le dernier numéro les prix auxquels différentes fermes ont été vendues dans différentes parties des deux provinces, la situation, l’étendue, les bâtisses, le sol, etc. ; ceci peut donner quelque idée de la valeur vénale des terres défrichées, mais les prix dépendent de tant de circonstances, qu'il est difficile de déterminer une échelle correcte pour l'achat de terres améliorées, ou même de terres incultes. Je ne sache pas qu’on puisse se procurer aucune terre en forêt seigneuriale, maintenant, à moins de six deniers l’arpent de rente annuelle.
Le montant des capitaux nécessaires pour s’établir dans les bois. dépend beaucoup des habitudes antérieures du fermier. Une personne de la classe laborieuse qui est sobre et industrieuse, avec une petite famille, ou une grande famille qui puisse lui aider, n’a pas besoin d’un capital élevé, il ne lui faut que les moyens de se soutenir lui et sa famille jusqu’à ce qu’il puisse avoir des récoltes. Les émigrans de cette classe arrivant au Canada en été doivent chercher de l'ouvrage jusqu’en automne, ou jusqu’en septembre. Ceci les empècherait d’entamer leurs capitaux, et quelquefois, quand les familles sont nombreuses et qu’elles peuvent travailler, les mettre à même d’ajouter à leurs capitaux. Ils doivent alors se fixer sur un local et se bâtir une maison simplement suf fisante pour les abriter pendant un an ou deux, et s’ils sont industrieux, ils auront assez de terre de défrichée, ou de préparée pour y mettre le feu le printemps suivant, pour les mettre en état de se procurer en abondance des patates, du blé d’inde, et autres végétaux, à compter du premier d'août. Ils doivent avoir les moyens d’acheter une vache et des cochons. Je crois qu’une famille peut se pourvoir de la nourriture d’une qualité suffisamment bonne pour un an moyennant une trentaine de piastres pour chaque adulte et, dans quelques situations, à moins. De 40 à 60 piastres sufliraient pour acheter une vache, deux petits cochons, quelques-uns des matériaux nécessaires pour construire une petite maison, et quelques instrumens. Je donnerai les détails dans le dernier numéro.
Si la famille se compose de plusieurs personnes capables de travailler et que ses capitaux soient insuffisans pour les employer sur sa propre terre, quelques-unes d'elles peuvent aller en service, et accumuler des capitaux qu’elles rapporteront dans le sein de leur famille. On peut d'après cela calculer les fonds nécessaires à un établissement dans les
forêts. Quoiqu'il est de nombreuses instances de fermiers qui aient réussi sans presque de fonds pour commencer, cependant je ne puis pas recommander cet essai, Avec un capital médiocre un émigré aura assez de difficultés à combattre pendant quelques années; donc les prix des terres incultes ou leur rente annuelle doivent être aussi bas que possible pour ceux qui veulent s'établir, qu’ils soient natifs du pays ou des émigrés. Je reviendrai encore sur ce sujet.
D’après ce que j'ai dit, les habitans de toutes les classes peuvent déterminer le montant des capitaux nécessaires dans chaque cas en particulier. Ils connaîtront eux-mêmes mieux que personne la manière de vivre et les commodités qu’il leur faudra dans les bois. Je crois qu’il n'est pas nécessaire de leur dire qu’ils n’y trouveront d’autres commodités que celles du travail, à moins qu'ils ne les achètent, et tous ceux qui ne travailleront pas eux-mêmes devront payer d'autres pour travailler pour eux. Le prix des terres incultes sont différens, de ?s. Gd. jusqu’à 3 ou 4 piastres l’acre anglais, et le défrichement pour une récolte, en laissant les racines des arbres, peut coûter de 10 à 15 piastres l’acre. De-là ceux qui veulent s'établir peuvent bien calculer le capital dont ils auront besoin, après qu’ils auront déterminé leur manière de vivre, l’espèce de maison et de meubles qu’ils veulent avoir ets’ils peuvent ou veulent travailler ou le faire faire. Je donnerai une table des prix dans la dernière partie, ce qui pourra aider les étrangers dans leurs calculs. Quelque soit la classe à laquelle appartienne un agriculteur, plus il apporte de soins au placement de ses capitaux sur des terres, plus la chance de ses succès futurs sera certaine.
Si je fesais une estimation du capital qu’il faut à ceux qui prennent rang au-dessus de }a classe industrieile, il ne s’en trouverait pas deux qui s’en accommoderaient; et ceux qui trouveraient mon estimation insuflisante pour approvisionner ce qu’ils pourraient considérer comme une somme raisonnable de jouissances et de commodités, seraient sans doute très disposés à redire. En conséquence j'ai cru qu'il était plus sûr pour moi de laisser à cette classe de colonsle soin de faire leurs propres calculs, selon leurs désirs et !es fonds qu’ils ont pour se les procurer. Je vais leur fournir les moyens de le faire avec autant d’exactitude qu’ils peuvent en attendre dans de semblables circonstances.