CULTURE DES CÉRÉALES OU DES GRAINS
Les grains cultivés en Canada sont le blé, l'orge, l’avoine, le seigle et le mais ou blé d’inde. Il sera utile de faire quelques remarques à l'égard de la culture de ces plantes. Les plantes culmifères ( à tige en chaume } ou grains, surtout le blé, le seigle ont deux espèces de racines, ainsi que la plupart des autres plantes. Les premières se forment avec la germination du grain, elles se trouvent toujours sous terre et se nomment racines séminales ; les autres sortent du premier nœud, qui s’est formé près de la surface de la terre, et c'est de ce nœud qu’elles descendent dans la terre : on les romme racines coronales et elles paraissent particuliérement destinées à tirer la nourriture du sol, Mr. le professeur Martin a observé qu’elles y sont placées judicieusement à cet effet, parceque les parties les plus riches du sol se trouvent à la surface de la terre. Le diamètre de ces fibres est plus grand, elles sont plus succulentes et jamais de la longueur des racines séminales. De ces faits qui se rapportent aux racines des plantes on peut déduire quelques remarques importantes qui 8e rattachent à leur culture. Il est clair de quel avantage c’est, de remuer Ja surface de la terre pour faciliter l'extension des racines coronales ; les effets immédiats de cultiver la surface sur la culture des grains sont également évidens ; de même que le fait qu’on peut trop enterrer les fumiers pour qu’ils produisent quant aux grains tous les résultats avantageux qu’ils devraient produire. Sageret, savant agriculteur français, a prouvé par des expériences, que toutes les fois que les grains ou céréales se sont étiolés (allongés et blanchis) immédiotement après la germination, en croissant trop rapidement, ou le séru1s étant trop épais ou dans une saison trop chaude, le premier nœud d’où sortent les racines coronales ou nourricières, sort de la terre, et par conséquent ou ne produit pas de racines du tout, ou en si petit nombre qu’elles n’attirent la nourriture qu’imparfaitement, et alors la plante meurt avant de fleurir ou avant que son fruit ne soit mur.
De Ja paille des céréales on peut se servir à différens usages ; non seulement comme fourrage, litière, pour couvrir les bâtimens en
chaume &c. ; mais elle peut encore se blanchir et plisser en tresses pour faire des chapeaux ; et dans d’autres pays elle sert à une grande variété d'ouvrages utiles et agréables. On en fuit même du papier, et la même poulpe qui forme le corps du papier peut également se mouler en papier-maché, médaillons, ouvrages relevés en bosse, &c.
L'usage de moissonner le grain avant sa parfaite muturité doit son origine aux agriculteurs français et a été dernièrement recommandé par Mr, Cadet de Vaux. Le grain moissonné huit jours avant l'époque ordinaire, dit cet auteur, est plus plein, plus grand, plus beau et mieux calculé à résister aux attaques des charançons, Une quantité égnle de grain moissonné de cette façon donna le double de la quantité et une meilleure qualité de pain, que celui qui avait été moissonné en pleine maturité. Le temps propre aux moissons est celui où le grain pressé entre les doigts a une appareuce pateuse, semblable à celle de la mie du pain qu’on sort du four et comprimée de même, Le jugement et l'expérience peuvent mieux guider le fermier dans cette partie de son ouvrage qu'aucune instruction écrite. Je crois qu’il est plus sûr et beau. coup mieux de moissonner un peu avant, qu’à l’époque de maturité.
Dans le Bas-Canada on fait les moissons avec la faucille, et c’est en vérité le meilleur mode surtout pour le blé et pour tous les autres grains bons et pesans. La faux à javelle est beaucoup en usage dans le Hant- Canada et les Etats-Unis et l’on prétend qu’un bon moiïssonneur fait 2 à 3 arpens dans sa journée. En Angleterre cette faux sert d’une manière différente de celle dont on se sert aver la faux à arc et à foin. Elle n’a qu’un manñche court ou un bec sur le manche long pour la main droite ; la gauche prend le manche, la paume en haut. Par là le moissonneur, qui moissonne en dehors du grain sur pied, peut amener le dos de la faux et de la javelière jusqu’à terre, et placer le grain coupé assez régulièrement pour être engerbé.
Quel que soit le mode adopté parle fermier pour moissonner ses récoltes, elles devraient être coupées et ramassées avec soin, S'il vaut Ja peine de semer sans dégât, on doit ramasser sans dégât ; et ceux qui n’ont pas ke secours de leur famille, ni les moyens de payer le travail des autres ne devraient pas cultiver plus de terrain qu’ils ne sont eux seuls capables de cultiver et de conduire comme il faut. Cultiver et récolter négligemment ne sera jamais profitable.