‹ Traité théorique et pratique de l'agricultureChapitre 25 sur 84 · DISTRIBUTION DES PLANTES · texte numérisé non relu

DISTRIBUTION DES PLANTES

Zdtt température a une grande influence sur la végétation. — Le blé et l'orge de l'Europe ne viennent pas entre les tropiques, et les plantes des cercles polaires ne végètent pas dans des climats plus méridionaux. Les plantes d'une nature sèche résistent mieux au froid que celle d'une nature aquatique ; toutes les plantes résistent mieux au froid, dans des hivers secs que dans des hivers humides ; et une forte gelée fait toujours plus de mal dans un pays aux saisons humides. La température du printemps a une influence matérielle sur la vie des végétaux ; les effets injurieux des gelées tardives sont connues à tout cultivateur, et dans un pays qui y est sujet, une végétation tardive est préférable à une végétation hâtive. C'est particulièrement le cas en Canada. L'automne est une saison importante à la végétation. Des gelées qui ont lieu de bonne heure en automne sont tout aussi injurieuses que celles qui ont lieu tard en printemps. La mais et les patates sont sujets à beaucoup d'injures par les gelées d'automne qui ont lieU de bonne heure.

L'Amérique et l'Asie sont bien plus froides que l'Europe dans le même dégré de latitude. Des plantes américaines végétant à quarante deux dégrés latitude septentrionale, végéteront bien en Europe sous cinquante deux : on peut en dire autant ou à peu-près autant de l'Asie; ce qui dans le premier cas est peut-être dû aux immenses forêts et marais qui couvrent la surface, et dans le dernier à la situation plus élevée et montagneuse du pays, qui affecte le dégré de température.

Les v<5gétaux qui résistent le mieux à une sécheresse extrême sont ceux qui ont des racines profondes et ceux d'une espèce succulente. Les plantes s'établissent difficilement dans des surfaces argileuses, mais une fois établies elles y sont bien plus permanente que celles qui se trouvent dans des terres sableuses et légères ; et elles sont ordinairement épaisses, vigoureuses et d'une plus longue durée.

Les proportions relatives des terres primitives semblent avoir une influence très considérable sur la distribution des plantes en Canada, particulièrement sur celles des arbres forestiers. La nature du sol est indiquée par l'espèce du bois qui y croît. Les noyers viennent dans le meilleur terrain. Dubois mêlé de différente grosseur est considéré comme indiquant un bon sol. Du bois moux d'une taille moyenne, ou du bois dur (franc) d'une crû rabougrie est le signe d'un sol inférieur, ou léger ou pierreux. Du bois mou non mêlé, quelque grands que soient les arbres, n'est pas un signe d'un très bon sol. D'après ma propre expérience, je préférerais toujours les terres non défrichées qui produisent de grands arbres de différentes espèces, ce qui selon moi indique un sol fertile, le plus propre aux objets de l'agriculture.

Par l'art de l'homme des plantes peuvent être habituées à des circonstances étrangères à leurs habitudes naturelles, et cultivées dans des climats, des terres et des situations, différentes de celles de leur patrie. Les plantes herbacées particulièrement, étant transférées d'un climat chaud à un climat froid, sont protégées contre l'inclémence du tems par une couverture de neige. Lorsque la température de l'atmosphère est au-dessous de 32°, l'humidité sera changée et couvrira la terre comme neige. L'été étant presque dans tous les pays la même chose, les plantes annuelles des tropiques viennent dans les étés des zônes tempérées, et en effet les plantes d'été d'un pays quelconque viendront dans le climat d'été d'aucun autre. La pomme de terra et la fève si longtemps cultivée en Europe et dans l'Amérique septentrionale, ne sont pas (au moins il n'y a pas de raison qui s'y oppose) moins robustes que du temps qu'on les importa d'abord de l'Asie et de l'Amérique du Sud. Le même degré d'une légère gelée d'automne noircit leurs feuilles, les froids du printemps détruisent leurs semences qui germent. Le blé sarasin et presque toutes les espèces de grains et de pois viennent de l'Est. Bruce assure qu'il trouva l'avoine sauvage en Abyssinie. Le blé et le millet ont été trouvées dacs l'état sauvage dans des situations montagneuses des grandes Indes.

Les plantes uniquement employées dans l'économie humaine sont différentes en différens climats et pays : mais quelques unes, comme les céréales, peuvent être considérées comme étant d'un usage général ; et d'autres comme la banane et le plantain, seulement dans leur patrie. Les grains à pain du chmat tempéré sont uniquement le blé froment et le maïs ; celui des climats chauds le ris ; et celui des climats les plus froids, l'orge et l'avoine. Les racines mangeables de l'ancien monde sont particulièrement l'yam, la patate (pommes de terre douce) l'oig* non, la carotte et la navet, celles du nouveau monde la pomme de terre.

Dans des climats chauds, les fines herbes sont peu en usage. Les légumes telles que les pois et la fève sont d'un usage général dans presque toutes les parties du monde.

Les arbres les plus utiles des climats tempérés sont de l'espèce du pin et du sapin ; ceux des climats chaud de celle du palmier et du bambou.

Le nombre total des espèces de plantes connues jusqu'à ce jour se monte, à ce qu'on suppose à celui de 100,000 à 200,000, dont à peu près la moitié appartient au continent américain.

Sur les plantes européennes on trouve dans la Flore artificielle de la Grande-Bretagne, 4169 — d'origine asiatique, 23G5— africaine, 2639 — américaine du Sud, 644 — américaine du Nord, 2353 — d'origine inconnue, 970. Total 13140 espèces de plantes. De celle-ci sont cultivées pour servir de nourriture à l'homme 43 espèces et 90 variétés.

Des climats humides et chauds, et des surfaces irrégulières sont les plus prolifiques en espèces de plantes. On peut conclure par l'observation et l'expérience, que le plus grand nombre des plantes, indigènes ou étrangères, viendront le mieux dans des terres légères, p. e. dans un mélange de terreau doux, noir, végétal et de tourbe ou de sable fin, entretenu dans une humidité modérée ; et que, recevant des plantes ou des semences inconnues, dont le cultivateur ne connait pas l'exposition naturelle, il ne se trompera pas beaucoup en les plaçant dans un sol pareil plutôt que dans un autre ; évitant avant tout les terres argileuses et bien fumées, cornue étant seulement propres à certaines plantes constitutionnellement robustes, ou assorties à devenir monstrueuses par la culture.

" En résumé le but de toutes les sciences c'est leur application à des objets utiles aux besoins et aux désirs de l'homme. " L'étude du règne végétal est une des plus importantes sous ce point de vue, comme étant directement utile aux arts qui fournissent la nourriture, le vêtement et la médecine ; et indirectement utile à ceux qui fournissent les maisons, les machines pour nous transporter par terre et par eau, enfin presque toutes les commodités et tout le luse.

Saris le secours du règne végétal, on n'emploirait que des minéraux dans les arts, et la grande majorité des animaux, que l'homme s'en serve soit dans ses travaux, soit comme nourriture, ne sauraient vivre.

Pour augmenter le nombre tt améliorer les qualités nutritives des plantes il est nécessaire de faciliter leur mode de se nourrir, en éloignant tous les obstacles qui s'opposent au progrès des plantes. Ces obstacles peuvent exister au-dessus ou au-dessous de la surface ; delà la nécessité d'égouter, de nettoyer les surfaces d'embarras, et les différentes opérations, comme bêcher, labourer, etc., pour pulvériser le sol. Par ces moyens, la qualité des végétaux peut être améliorée, parceque leur nourriture est augmentée, leurs racines étant à mêm^ de s'étendre davantage, peuvent s.'en approprier davantage.

Les engrais sont ndcessaires pour fournir une nourriture artilicielle aux plantes. Toute matière organisée peut être convertie en nourriture pour les plantes ; mais le meilleur engrais pour améliorer la qualité et cependant retenir les propriétés chimiques particulières, doivent nécessairement être les plantes dcpéries de leur espèce. 11 est vrai que les plantes ne diffèrent pas beaucoup dans leurs principes premiers, et qu'un engrais d'une matière putride quelconque fera pousser toutes les plantes ; mais quelques plantes, comme le blé, contiennent des substances particulières (gluten et phosphate de chaux p. e.) et quelques engrais, tels que ceux provenant d'animaux ou de blé pourri, contenant ces mêmes substances doivent nécessairement être le meilleur aliment ou engrais de plantes semblables. Engraisser eet évidemment une imitation de la nature, qu'on peut observer dans l'herbage dépéri de plantes herbacées, ou les feuilles tombées des arbres, se décomposant en poussière ou terreau végétal autour de leurs racines ; et dans l'effet produit par le fumier des animaux dans les paccages.

L'augmentation de la grandeur des végétaux, sans avoir égard à leur qualité, s'obtient par l'augmentation de tous les ingrédiens de la nourriture distribués dans un corps de sol tellement pulvérisé que les racines puissent s'en emparer ; par une chaleur et une humidité additionnelle ; et par une exclusion partielle des rayons directs du soleil, de manière à modérer la respiration, et du vent, de manière à empêcher une dessication soudaine. Mais l'expérience seule peut déterminer, quelles sont les plantes auxquelles cela convient le mieux, et jusqu'à quel point on devrait le pratiquer. La nature indique la pratique dans l'abondance occasionnelle de })lantes qui par hasard se trouvent dans des situations favorables : l'homme l'adopte et, l'améliorant, produit des choux et des naveaux de 601b. chaque et d'autres plantes grandes en proportion.

Pour augmenter le nombre, améliorer la qualité et augmenter la grandeur de certaines parties des végétaux, il est nécessaire d'ôler telles parties du végétal qui ne sont pas nécessaires, p. e. les fleurs des plantes à racine tubéreuse, lorsque les bulbes doivent être augmentées et vice-versa ; les fauxjets et bourgeons d'arbres fruitiers ; les fleurs du tabac ; elles fleurs maies de latribe cucuracracée, etc. Delà l'importance de greffer, élaguer, tailler les arbres afin qu'ils rapportent. On pourrait dire, que c'est l'art et non la nature, mais l'homme, quoiqu'un animal qui s'améliore, est pourtant dans un état naturel, et chacune de ses pratiques, dans tout état de civilisation, lui est tout aussi naturelle que celles des autres animaux le sont à eux. Les cabanes et les palais sont aussi bien des choses naturelles que les nids des oiseaux ou les terriers des quadrupèdes ; et les lois et institutions qui guident l'homme social dans sa morale et sa politique, ne sont pas plus artificielles que l'instinct qui assemble les moutons et les bestiaux en troupeaux, et qui les guide dans leur choix du pâturage et de l'asile.

Pour propager les variétés estimées et les empêcher de dégénérer, il est g;éiiéralement nécessaire d'avoir recours aux différens modes de

propager par extension. Les variétés des plantes annuelles sont généralement multipliées et conservées en choisissant les semences des exemplaires les plus beaux, et faisant attention surtout de leurs donner une culture convenable. Les variétés estimables de grains et de légumes ainsi que d'autres plantes annuelles ne peuvent être conservées qu'en les propageant par coupes ou réjetonS; ce qui est une prolongation absolu de l'individu ; mais comme ceci serait trop long et trop pénible pour les objets généraux de l'agriculture, tout ce que l'on peut faire c'est de choisir les semences des meillsures plantes. Cette partie de la culture, on peut le dire, est la plus éloignée de la nature, et elle dépendra de l'expérience, du jugement et de l'industrie de l'agriculteur.

La conservation des végétaux à un usage futur s'effectue par la destruction ou la neutralisation du principe de vie, et en évitant autant que possible les progrès de la décomposition chimique. Le mode le plus naturel c'est de sécher au soleil ou dans le four les végétaux destinés à la nourriture ou à d'autres usages économiques ; mais, comme de raison, ils ne seront pas destinés à la semence, si le procès de dessication est porté au point de détruire le principe de vie dans les graines, les racines ou parties des racines de plantes ligneuses. On peut conserver le grain pendant plusieurs années, en le séchant d'abord entièrement au soleil et les enterrant ensuite dans des fosses sèches qu'on ferme assez bien pour en exclure l'air atmosphérique. En peu de temps l'air intérieur est changé en gaz acide carbonique, dans lequel aucun animal ne peut vivre et dans lequel, sans une addition d'oxigène ou d'air atmosphérique aucune plante ni semence ne peut végéter. Le grain est de cette manière à l'abri de la décomposition, des insectes, de la vermine, et de la végétion, d'une façon bien plus sûre qu'il ne le serait dans le grenier. De cette manière les Romains préservèrent leur grain dans des chambre, taillées dans le roc , les Maures dans le côté des collines ; les Chinois d'aujourd'hui dans des fosses profondes, dans un sol sec ; et les Africains dans des vaisseaux de terre fermées hermétiquement.

Tout l'art de la culture des végétaux n'est que le développement varié de pratiques fondamentales, toutes basées sur la nature ; et on peut les expliquer pour la plupart d'une manière satisfesante et rationnelle par des principes chimiques et physiologiques. Ce serait dont très utile au cultivateur de connaître un peu la botanique. Plus sa connaissance du règne végétal est parfaite, plus son succès comme fermier est probable

Page 1