MALADIES DES VÉGÉTAUX
Les maladies sont des affections corrompues du corps végétal, provenant de différentes causes, et tendant à faire tort à la santé habituelle soit de toute, soit d'une partie delà plante. Les maladies les plus fréquentes des végétaux en Canada sont les suivantes : la carie, la rouille et le vjer dans le blé, qu'on croit être la conséqiaence de la mouche à
blé. La carie, dans la signification générale du terme, comprend quatre espèces différentes : la carie, causée par le froid et les vents froids, dans une espèce de vapeur étouffante et pestilentielle, du défaut de nourriture, et de la propagation d'une sorte de champignon petit et parasite.
La carie, dont les froids et les vents froids du printemps sont la cause, coupe et détruit les jets tendres de la plante, en arrêtant le cours de la sève. Les feuilles qui sont alors dépourvues de leur aliment nécessaire, se fanent et tombent, et la sève alors arrêtée dans son passage, devient la proie d'insectes innombrables qui paraissent bientôt après. C'est pour cette raison qu'ils sont erronnément considérés comme la cause de la maladie, pendant qu'ils ne sont que créés dans la sève stagnante qui forme un nid convenable à leurs œufs. Leur multiplication contribuera sans doute à répandre la maladie, parcequ'ils se propagent rapidement partout où ils trouvent abondance de nourriture.
La carie, dont des vapeurs étouffantes et pestilentielles sont la cause, arrive le plus ordinairement en été, quand le grain a presque atteint son extrême grandeur, et lorsqu'il n'y a ni gelées ni vents froids pour la causer. Telle fut la carie qui habituellement détruisit les vignobles d'Italie, et qui encore cause des dommages aux plantations de houblon et de blé en Angleterre. Les Romains observèrent qu'elle se manifestait ordinairement après des ondées courtes mais fortes de l'après-midi, suivies d'un soleil clair, vers le temps de la maturation des grappes, et que le centre du vignoble en souffrait le plus. Ceci s'accorde assez bien avec la manière dont le houblon est affecté en Angleterre. Le blé souffre d'un espèce de carie semblable, et vers la même saison de l'année, ce qui dans quelques occasions a entièrement détruit la récolte en Angleterre ; mais je n'ai dans ce pays jamais observé qu'elle aîl été si destructive. Dans l'été de 1809, un champ de blé en Angleterre, sur un sol tant soit peu léger et sableux, se leva avec tout l'aspect de santé, il vint en épis promettant de bien mûrir. Vers le commencement de juillet on le considéra surpassant tout ce qu'on aurait pu espérer du sol. Une semaine plus tard une partie de la récolte à l'est du champ et d'une étendue de plusieurs acres, fut entièrement détruite étant réduite et ratatinée jusqu'à la moitié de sa hauteur antérieure, et tellement fanée et cariée qu'on ne l'aurait pas considérée comme appartenant au même champ. Le reste du champ produisit une bonne récolte.
La carie, causée par le défaut de la nourriture nécessaire, peut attaquer toutes les plantes^ tant sauvages que cultivées ; mais on la rencontre communément dans les champs de blé, dans des saisons très sèches, dans ces surfaces minces et gravelleuses qui ne retiennent pas assez l'humidité. Dans de pareils endroits les plantes fleurissent avant le tems, et l'épi mûrit avant d'être rempli. En Angleterre les fermiers l'appellent la carie blanche. J'ai souvent vu cette carie en Canada, mais jamais très répandue. La carie causée par les champignons, attaque les feuilles et tiges de plantes herbacées, mais plus particulièrement nos grains les plus utiles, le blé, l'orge et l'avoine. Elle se manifeste toujours dans les recoins, les moins ventilés d'un champ, et elle est
généralement pré :éJée d'un temps froid et humide, qui dans les chaleurs | du mois de juillet, glace soudainement et arrête la végétation. Elle a | presque toujours Tair d'une poudre rouillce, qui salit les doigts lors» i qu'on y tp^uche. Des plantes maladives y sont les plus sujettes, et on j croit que le champignon peut exister dans l'engrais ou le sol, et péné- 1 trer la f>lante à travers les pores de la racine. Il attaque seulement la tige etl-^s feuilles. 11 y a une autre espèce de champignon, connue sous le nom de gomme rouge, qui n'attnque que l'épi, et lui cause un grand dommage. Celui-ci est orilinnirement accompagné d'un petit ver ] de couleur jaune, qui vit sur les grains et augmente la perte. |
Le seul moyen de prévenir ou diminuer l'effet d'aucune des variétés j de la carie c'est une culture convenable. Grisenthwaite suppose, que, ' dans beaucoup de cas où la carie et la nielle attaquent le grain, c'est à i -défaut de l'aliment nécessaire pour porter le grain à perfection ; vu 1 qu'il est connu que le fruit ou la semence de beaucoup de plantes con- j tiennent des principes qui ne se trouvent pas dans le reste de la plante. j De cette manière la graine du blé contient du gluten et du phosphate ! de chaux, et lorsqu'ils manquent au sol c'est-à-dire dans les terres en- j graissées dans lesquelles viennent la plante, il ne pourra pas per- } fectionner son fruit qui par conséquent devient plus sujet aux mala- î dies. i
La rouille est une maladie ordinaire des grains cultivés, par laquelle j la farine de la graine, en même temps que sa couverture et les parties ' égales de la cosse sont converties en une poussière noire semblable à la suie. La maladie n'affecte pas toute la réçolte, mais les épis qui en ont souffert y sont souvent trè? nombreusement dispersés. Quelques-uns l'ont attribuée au sol dans lequel la graine est semée, d'autres à la semence même, prétendant qu'une semence rouillée produira une telle récolte ; mais en tout cela il existe quelque incertitude. Willdenow croit qu'elle a son origine dans un petit champignon, qui se multiplie et s'étend jusqu'à ce qu'il possède tout l'épi. On dit qu'on peut la prévenir en trempant la graine avant de la semer dans une faible solution d'arsenic. Mais outre cette maladie, il y en a une autre qui lui est analogue, ou qui en est un autre dégré. On la connaît sons le nom de balles Touillées, où le cœur de la semence seul est converti en une poussière noire, pendant que l'ovaire et la cosse restent saines. L'épi n'est pas bien changé dans son extérieur, le grain malade qu'il contient peut même être battu, et conséquemment se mêler à la masse ; mais on le découvre toujours facilement, et fait alors tort à l'échantillon. On dit qu'on prévient cette maladie, comme la rouille.
Il n'y a pas de doute, que cette maladie ne soit plus injurieuse au blé canadien qu'aucune autre qui l'a affecté dans les dernières années : il y a à peine un champ qui n'en souffre plus ou moins ; et s'il y a un remède, le fermier devrait l'adopter à tout prix. Dans le Penny- Magazine " Mr. Bauer de Kevv, comté de Kent, célèbre par ses décou> vertes quant aux maladies des grains, a publié deux écrits intéressans. J'en donne les extraits suivans :
Cette mahdie est causée par la graine d'un champignon p.nrasite extrêmement petit, tlu genre de Vwedo, absorbé par les racines des graines de blé qui germent, que la sève avance, longtemps avant que le blé fleurisse, dans le jeune germe ou l'œuf, où la grame du champignon végète et se multiplie rapidement, empêchant par là non seulement la fécondation de l'œuf, mais même le développement des parties de fructification. Par conséquent il ne se produit point d'embryon dans un germe infecté, qui continue pourtant, aussi longtemps que les graines saines, de croître, et lorsque celles-ci viennent à maturité, celles qui sont infectées sont ordinairement plus longues que les autres dont on les distingue facilement et par la couleur verte foncée, et par la forme que retient l'œuf depuis le moment de l'infection.
Le nom de cette maladie est tout aussi indéfini et divers que les causes supposées de son existence. Les noms les plus usités en Angleterre sont ceux de balle à rouille, feu de poivre flétrie et vessie flétrie ; plusieurs autres noms lui ont été donnés non seulement par les fermiers de chaque comté, mais même par des naturalistes scientifiques. On n'a pas encore trouvé un auteur qui eût décrit cette espèce cVuredo^ dont le caractère qui le distingue est une odeur très désagréable. Je pense que le nom spécifique le plus convenable serait celui dhiredo fœtida.
Je découvris le parasyte pour la première fois dans la cavité de l'ovule d'un jeune plant de blé, (la graine duquel avait été inoculée des champignons d'wecîo fœtida et semée le 14 Novembre 1805,) le 5 juin 1806, seize jours avant que l'épi ne sortît de la tige, et vingt jours avant que l'épi sain, venant de la même racine, ne fleurît. A ce degré la cavité intérieure de l'œuf est très petite, et, après la fécondation, elle est remplie d'albumine ou de la substance farineuse de la semence, et déjà alors occupée de beaucoup de jeunes champignons, qui, par leur racine ou frai semblable à la gelée, adhèrent à la membrane qui couvre la ca-* vite, et dont on peut aisément les détacher en petits flocons en même temps que le frai ; dans cet état leurs pédicules très courtes peuvent être vues distinctement.
D'abord les champignons sont d'un blanc pur, et lorsque l'épis sort de la tige l'œuf est bien plus large ; cependant il retient sa forme origi-v naire, et les champignons se multipliant rapidement, plusieurs sont déjà, presque parvenus à la maturité, ont une couleur plus foncée et gisent détachés dans la cavité de l'œuf, le frai en étant séparé ; les grains infectés se distinguent facilement de ceux qui sont sains, en ce qu'ils sont généralement plus grands et d'une couleur verte plus foncée ; et si on les ouvre, ils semblent excessivement remplis de ces champignons à couleur foncée ; mais les grains infectés de Vuredo fœtida crèvent rarement, et on ne trouve pas souvent ces champignons aux parties extérieures du grain ; mais dès qu'on les broie il en sort aisément l'odeur plus désagréable, que celle de poisson pourri. Lorsque les grains sains sont en parfaite maturité, et bien secs, et prennent une couleur légèrement brunâtre, les grains infectés changent aussi, mais lem' couleur est d'un brun plus foncé, gardant cependant la même forme qu'avait legwin
fora lie sa formation, les ruf"limens du stygmc restant les mêmes aussi. Si on coupe en deux le grain infecté, on trouvera qu'il consiste uniquement de l'intégument le plus éloigné de l'œuf, rempli de champigon» noirs mûrs, sans aucune trace de l'embryon ou de l'albumine. Sur le champ on reconnaît facilement les balles rouillées par leur grandeur^ parcequ'eîles sont généralement plus hautes que les plantes non infectées, et par leur grosseur ; et j'ai toujours trouvé que leur racine produisait un plus grand nombre de tiges, que leurs épis contenaient plus de pointes, plus de grains parfaits que ceux des plantes saines de la même semence et du même champ. Une plante provenant de semence que j'avais inoculée eut 24 figes et épis complets. Quelques- unes des tiges mesurèrent au delà de cinq pieds, chaque partie de la plante fût proportionnellement grande, et tous les épis également infectés. Un autre exemplaire eût 8 tiges de la même racine, dont 5 mesurèrent au delà de 6 pieds, et les épis furent entièrement infectés ; les 3 autres tiges furent considérablement plus courtes, et leurs giains parfaitement sains. Cet agrandissement de la plante cependant ne doit pas être at* tribué à l'infection, mais il est sans doute le résultat d'une riche végétation, produite par un sol riche et humide, qui assure et favorise l'infection plus qu'un sol sec et passablement riche.
Cette maladie n'infecte pas l'épis entier non plus. J'en ai trouvé quelques-uns, dont un côté fut infecté, pendant que le côté opposé fut parfaitement sain. ^quelquefois on trouve 5 ou 6 grains sains dans un épi infecté, ainsi que quelques grains infectés dans un épi sain du reste. Les grains infectés se trouvent toujours au sommet de l'épi, ce qui prouve que la semence infectante des champignons ne parvint à l'œuf qu'après sa fécondation. Dans quelques-uns de ces grains une partie de Talbumine fut formée, mais il n'y exista pas la trace d'un embryon ; mais dans d'autres il y eut une portion considérable d'albumine et il y fut formé un embryon parfiit.
Du tems que les grains sains changent de couleur les champignons étant mûrs cessent de se multiplier ; ils sont tous de forme globulaire et à peu près de même grandeur, savoir d'une mil six centième partie de pouce en diamètre. Je n'ai pas encore pu voir la semence de ces champignons dans l'état de siccité, car elles semblent mêlés avec quelque fluide muqueux, ce qui fait qu'elles restent ensemble en gros tas.
Je crois m'être assuré par de nombreuses expériences, en inoculant les exemplaires de blé de semences les plus purs, que les graines des champignons d^uredofœtida sont la seule cause de cette maladie pernicieuse du blé — la balle rouillêe, ou le poivre rouillé ; et si ce fait est admis, il est évident qu'on ne peut la prévenir qu'en nettoyant le blé de semence avec tant d^attention^ que chaque particule des champignons et de leur semence soit entièrement séparée du grain. Mais ces champignons extrêmement petits, une fois mêlés au blé de semence, s'insinuent dans les cavités au dos et à la barbe au sommet des graines de semence, et je le crois presqu'impossible de les en éloigner par le seul procès du lavage. Une fois je reçus quelques ex:emplaires ainsi préparés
€t lavés dans de la saumure et déclarés parfaitement nets , mais en jetant quelques-unes de ces graines purifiées dans de l'eau dans un cristal de montre, et les y laissant tremper pendant douze heures, je trouvai après les avoir soumis au microscope, plusieurs de ces champignons nageant dans l'eau. Ce fait m'a convaincu que le seul nettoiement ne. prévient pas sûrement la maladie ; et que le mode le plus efficace et peut-être le seul mode préservatif, c'est de détruire la vitalité des champignons. A cette fin on a proposé des remèdes innombrables et je crois même que les fermiers les ont tous essayé, sans pouvoir se flatter d'une réussite complète. D'après mes propres expériences nombreuses, quoique faites sur une petite échelle, je suis convaincu que le meilleur et le plus sûr remède c'est de tremper la semence du blé dans de l'eau de chaux convenablement préparée, de l'y laisser au moins 12 heures, et de la sécher ensuite à Tair avant de la semer ; mais je crains qu'on ne le trouve très difficile, pour ne pas dire impossible, de tuer entièrement de cette manière les champignons, lorsque la quantité de la semence de blé Cbt grande, et que conséquemment on trouvera toujours dans de grands champs quelques plantes infectées. Tremper et sécher la semence de blé de la manière mentionnée non seulement empêche la maladie provenant des graines infectées, mais elle préserve encore la semence propre à l'infection par la graine des champignons, qui pourrait se trouver dans le sol du champ dans lequel du blé malade est venu antérieurement ; et conséquemment les exemplaires les plus propres du blé de semence devraient être trempés comme les autres qui sont évidemment infectés. Je me suis assuré de ces faits par des expériences répétées en inoculant fortement avec les champignons de la graine de semence qui antérieurement avait été conrenablementtrempée etséchée, et le résultat fut toujours satisfaisant, car l'infection n'eût jamais lieu, comme dans le cas d'inoculation de semence nette qui auparavant n'avait pas été trempée et séchée. Le blé est la seule plante sujette à être infectée par la balle rouilléc ou le j^oivre rouillé, qui est occasionné par Vuredo fœtida. La rouille même est aussi causée par une uredo, mais d'une espèce décidemment différente de champignon parasite, Vuredo segelum, qui se distingue de Vuredo fœtida, en ce qu'il n'a que la moitié de sa grosseur, et qu'il est inodore, pendant que Vuredo fœtida se charactérise par une odeur très désagréable. La manière d'attaquer les plantes de Vuredo segetum est aussi entièrement différente, et ses effets sont beaucoup plus destructifs que ceux de Vuredo fœtida, qui n'attaue que la graine dans laquelle elle végète, mais éclate rarement, pen* ant que Vuredo segetum non seulement détruit l'épi en entier mais même les feuilles et la tige. Ensuite Vuredo segetum n'attaque pas seulement l'orge, mais encore le blé et l'avoine. J'ai été convaincu par beaucoup d'expériences d'inoculation, que la semence des champi^ gnons iVuredo segetum ainsi que celle d'«reâo fœtida, est absorbée par la racine de la semence germinante, et, étant si extrêmement petite e*t mêlée avec et poussée en avant par la sève qai circule, déposée dans presque toutes les parties, même dans le tissu cellulaire de la plante, où les semencea contiauent de végéter et de se multiplier rapidement.
ainsi que dans chaque partie de la plante dans laquelle il reste la moîn dre vitalité. Tout Tépis est trouvé entièrement détruit même avant que les fleurs individuelles soient entièrement développées, ou que l'épi sain soit sorti de la tige. Quelquefois, mais rarement, l'infection a lieu après que les parties de la fructification ont été formées, et même après que la fécondation a eu lieu ; dans ce cas les progrès de la maladie peuvent facilement être observés. Le germe est d'ordinaire attaqué le premier, et on le trouve entièrement ou en partie rempli de champignons ; puis le pistil, les parties mâles et même les filamens extrêmement tendres paraissent pleins de tâches noires, causées par de petits tas de ce» champignons, qui végètent et se multiplient si rapidement que tout l'épi en est complètement rempli en peu de jours.
Dans les plants d'avoine une infection si tardive a plus souvent lieu que dans l'orge ou le blé, et quelquefois toute la panicule sort entière en apparence dans un état de parfaite santé, ou seulement avec quelque petite partie de la base infectée, mais bientôt l'infection s'étend visiblement sur toute la panicule et toute autre partie de la plante ; et même quand un épi tellement infecté en partie est séparé de la plante, la végétation et multiplication des champignons continuent tant qu'il reste la moindre humidité dans cette portion de la plante qui a été ainsi séparée. Une fois j'otai et ramassai plusieurs de ces épis partiellement infectés, que je me proposai de conserver comme exemples, et pour cette raison je les mis sécher dans du papier brun ; ils furent égarés par hâsard et ne retombèrent entre mes mains qu'au bout de six mois, lorsque, examen fait, je trouvai que les exemplaires en entier avaient été consommés par les champignons. Je ne doute nullement que le vent ne secoue et disperse les semences des champignons, et que même plusieurs plantes et épis infectés sont jetées sur le sol d'un champ oii sont venu des plantes tellement malades, et que les champignons continuent de végéter et de se multiplier comme ceux sur le papier, jusqu'à ce qu'ils deviennent une partie du sol dont on ne peut pas les distinguer. Je crains beaucoup qu'il ne soit très difficile, de trouver un remède sûr pour prévenir ou même arrêter cette maladie destructive ; et cette crainte semble se fortifier par la considération des nombreux remèdes qu'ont suggérés plusieurs auteurs distingués tant dans ce pays que sur le continent. Je ne suis nullement surpris de ce que les remèdes de ces auteurs ont manqué leur but, car je trouve que les plus célèbres parmi eux, non seulement confondent deux ou trois maladies différentes ; car quelques uns la considèrent comme causée par des insectes, d'autres l'attribuent au ve^nt, et d'autres encore pensent que ces maladies sont le résultat d'une corruption du sap des plantes. Ces causes et plusieurs autres également erronnéés ont été avancées ; mais j'espère que, admis que îes graines des champignons parasites soient la cause réelle et unnque de ce mal, chacun verra, que si on détruisait la vitalité des semenpes de ces parasites, on empêcherait la maladie. Je me suis convaincu par beauccup d'expériences que trepîper dans de l'eau de chaux détruit cette vitalité ; de même que Teau de chaux a le même effet sur les semences de Vitr^do eegclim qu'elle a sur c<îlle de Vuredo fœtida.
Je crains qu'il ne se présente beaucoup de difficultés pour tremper effectivement la graine, par rapport à la structure de la semence de l'orge et de l'avoine, dont l'écaillé entoure si épaissement l'amande, que*'l'eau de chaux ne peut pas si aisément pénétrer jusqu'à l'embryon que dans l'amande nue du blé et du seigle."
Mr. Bauer a donné des dessins du grain et des plantes malades, depuis le moment de l'infection, pendant tout le cours delà maladie, telles que vues à traverj un microscope ; et d'après ma propre expérience et mes observations, je crois ses remarques très exactes, et méritant l'attention du fermier plus qu'aucunes autres que je n'ai jamais lues à cette égard ; et je ne doute pas que le remède qu'il propose, ou aucun autre qui peut détruire la vitalité des champignons dans la graine de semence, ne pmsse prévenir la maladie, à moins que l'infection ne procède du sol, et même dans ce cas, il a prouvé que trempant la semence dans de l'eau de chaux et le séchant à l'air avant de le semer, on empêche que la semence ne soit infectée du sol. Les fermiers devraient essayer tout remède raisonnable, pour guérir radicalement ce^ nialadies pernicieuses.
La nielle est une substcnce dont les fetiilles des végétaux sont quelquefois couvertes, ce qui cause leur dépéiissement et leur mort, et qui injurie la santé des plantes. On la {ïqwjç sur le blé en forme d'une exsudation glutineuse. En printemps et crî été le blé est moins sujet à cette maladie que l'espèce d'automnc-J ; J
Qu'on considère la carie, la rouille et 'la nielle séparément ou comme la même maladie, qui se manifeste à différentes périodes de la croissance des plantes, nous sommes convaincue^ que l'on peut toutes les considérer comme provenant d'une atmosphèré malsaine, lorsque la récolte est à certain dégré de son progrès vers U maturité. L'espèce du blé qu'on sème, savoir (Ju'il soit de paille mince.' -xi/U épaisse, a un effet considérable à diminuer ou augmenter les conséquences de ces maux pernicieux ; et qu'un sol égal; la culture et la situation ont chacune leur influence respective. 11 arrive rarement que i'S 'Ctirie, la rouille ou le nielle se font appercevoir dans des saisons sèch^^, "excepté dans des champs confinés, ou cropit la rosée du soir, et restent jusqu'à ce que le soleil du midi les enlève. C'est pour cette rafscn que le blé échappe rarement ou jamais à un dommage partiel ou général. D'un autre côté, on s'apperçoit plus ou moins de la carie, de la rouille, de la nielle et de la gomme d'épi dans des saisons très mouilleuses, froides ou chaudes. Dans de pareilles saisons le blé à la paille iine souffre beaucoup moins qtie le blè à paille épaisse, circonstance qui semble être en contradiction directe avec la doctrine : que ces maladies sont causées par des champignons ou des plantes parasites dans un champ semé un même jour des deux espèces de blé, et récolté de la même manière; la partie qui avait le blé à paille mince, donna non seulement un tiers de pl-us de produit, mais le grain se vendit au marché de 2 chelins 6 deniers de plus que ce^ lui de i'aotre. Les terres qui au fond sont naturellement humides, sont sujettes à causer des maladies du blé ; et où la semence est faite dans ime terre trop puissante soit par un engrais excessif, soit par d'autres causes, Tune ou l'autre de ces maladies l'attaqueront certainement.
Des situations confinides, où l'air n'a pas une libre circulation, sont défavorables, particulièrement s'il y a des pluies chaudes, de,s bruines ou des brouillards du matin. En un mot, lorsque la gelèe-blanche ou les vapeurs d'aucune espèce sont chassées par le vent, il n'y aura pas de danger pour la récolte ; mais ou c'est le soleil qui les fait disparaître, dans certaines saisons, on doit craindre des pertes sérieuses.
*' Ici l'on doit observer que, quoique la nielle soit une maladie tout-àfait inconnue en temps sec, c'est néanmoins dans les saisons où le temps a été très sec et très chaud, que ses effets sont lès plus sensibles. Dans de pareilles saisons la rouille se manifeste souvent sur des terres sèches et légères, et sur toutes les terres qui ne produisent point d'étamines, il paraîtrait que les plantes souffrent par le défaut de nourriture.
Lorsque ces maladies sont communiquées par l'atmosphère, leur action est si soudaine qu'il semble impratiquable de se pourvoir d'une antidote eflScace à leurs effets. En Angleterre, les blés sont les plus affectés dans des situations basses et humides, dans le voisinage des forêts, de haies et de rivières qui serpentent. Les peupliers, les saules et les bouleaux sont considérés comme- favorisant la rouille et la nielle, lorsqu'ils se trouvent près des champs- de blé "
La mouche à blé dans ces dei*.iiv;res années a été décrite comme une des plus grandes ennemies dutirê ^n Ecosse, et comme on peut raisonnablement supposer, que l'année passée, la même espèce de mouches a fait tort aux blés du Canada,; iîsera utile de faire une description de cette mouche et de ses ravages clestructeurs.
Dans l'Amérique du Nord cet insecte, ou un autre de la même famille, a été connu depuis beaucoup d'années, surtout dans la Nouvelle Angleterre, et ses ravages tetrit^ïes sont de temps à autre décrits dans les papiers publics, sous le aoLi de Hessian Jly (mouche hessoise.) Dans la nomenclature moderne, ainsi que nous en informe le révérend W. Kirby, la mouche à blé, .wciennement la tripula iritici de Linnée, s'appelle la cecidomyia tritici^ . et la mouche hessoise la cecidomyia destructor. Cette mouche se fait d^abord voir vers la fin de Juin ; et selon les observations de M. Shireff, sa vie dure 39 jours. La couleur de la mouche est orange, les ailes sont transparentes et changent de couleur selon le jour dans lequel elles sont vues. Elle dépose ses œufs dans le calice des fleurs, en tas, du nombre de deux à dix ou même quinze ; et les larves se nourrissent sur le grain. Elles sortent des œufs en huit ou dix jours j elles sont d'abord parfaitement transparantes, et prennent peu de jours après une couleur jaune. Elles ne voyagent pas d'une plante à l'autre, et on en a compté 47 dans une seule. Quelquefois on trouve dans la même fleur des larves et un grain qui est ordinairement grésillonné, comme étant dépourvu de nourriture ; et quoique le pollen peut fournir de la nourriture aux larves en premier lieu, elles se réunissent bien* tôt autour de la par t ieinférieure du germe et y vivent probablement sur la matière destinée sformerlj grain, he céraphron dêsirmtçr fait la chasse aux larves c'est unfi mouche ichneumone qui dépose ses œufe ^ans le corps des le^ves de la mouche à blé ^ et c'est là le seul échec
découvert jusqu'à présent ponr empêcher la destruetron entière du blé attaqué par la cecidomie. Mr. Shireff parlant de la mouche ichneumone dit : " Je n'ai pas pu m'assurer si en effet elle dépose ses œufs dans le corps de la larve ; cependant il ne peut pas être douteux, qu'elle pp.rce les larves d'un aiguillon, et en la perçant souvent, il est probable que la mouche se plait à les détruire et à déposer ses œufs dans leur corps. Mr. Gorrie évalue la perte de l'économie rurale par cette mouche dans la Carse du district de Gowrie seule à =£20,000 en 1827, à .£30,000 en 1828, et à <£36,000 en 1829. Le même auteur en 1830 décrit le prospect du blé dans la Carse de Gowrie de la manière suivante : — Les cecidomies sont encore en vie en légiens considérables ; il est maintenant certain que les mouches seront cette saison aussi abondantes que jamais ; il est aussi vrai, qu'elles ne déposeront leurs œufs dans aucune autre plante que dans celle du genre du blé ; la seule chance de leur échapper c'est lorsqu'elles paraissent en état de mouches. Si ce beau temps peut les amener d'ici en une quinzaine de jour ou trois semaines, la plus grande partie en aura péri avant que le blé soit en épi; ou si ceci a lieu avant l'approche de ^a mouche alors le blé d'été seul souffrira ; mais ces chances sont médioces. Nous connaissons trop bien l'histoii o et les habitudes de l'insecte pour croire que les brouillards, la pluie, la rosée, ou la sécheresse arrêteront ou avanceront leur activité, si elles viennent en masse avant que le blé soit en épi. Nos voisins dans les Lothians sont outre ce vil Cousin menacés de l'invasion d'un ennemi non moins formidable, Vajcices pumilarius, qui, nous en sommes bien informés, a déjà commercé ees déprédations et amincit un peu trop libéralement les champs de blé. Comme la mouche hessoise de l'Amérique, il attaque les jointures inférieures qui deviennent l'ha» bitation des jeunes larves. N'est-il pas probable que c'est la même espèce d'insectes qui détruisent si fréquemment en printemps les récoltes de blé en Canada.
Mr. Gorie a prouvé en Ecosse par des expériences, que l'espèce de blé connu en Angleterre sous le nom de turgid (enflé) ou blé conique est à l'abri des ravages de cette mouche. Ce blé a la tige svelte et vigoureuse, et produit beaucoup ; mais la qualité du grain est inférieure au blé commun d'automne. Les fermiers les plus distingués sont d'opinion que le seul remède efficace contre les ravages de cette mouche est, de cultiver cette espèce de blé qui sera défavorable à sa propagation, ou à l'abri de ses ravages. Mr. Shireff découvrit des myriades de mouches à blé lors qu'elles se montrèrent pour la première fois, s'élévant d'un champ qui auparavant avait été continuellement labouré et hersé. Je ne me rappeliO pas que cet insecte a été beaucoup connue en Angleterre ou en Irlande, et il est difficile de rendre compte de cette circonstance.
DÉPtRÎSSEBIÉNT NATUREL.
Quand même une plante ne souffrirait pas de l'influence d'une injure accidentelle, ou d'une maladie, il viendra poxirtant le temps que ses
différens organes essuiront l'approche d'un dépérissement naturel s'emparant insensiblement d'elle, et finissant par sa mort. La durée de l'existence végétale est très différente en différentes espèces ; cependant dans le règne végétal ainsi que dans le règne animal il y a un terme, une limite que l'individu ne peut pas dépasser. Quelques plantes sont annuelles, et ne durent qu'une saison, s'élévant soudainement de la semence, atteignaut rapidement la maturité, produisant et semant leurs graines, et périssant immédiatement après. C'est là le caractère des différentes espèces de grains p. e : l'avoine, le blé, l'orge. Quelques plantes vivent pendant une période de deux ans et sont nommées biennales, s'élévant la première année de la semence, produisant des racines et des feuilles, mais point de fruit ; et dans la deuxième année produisant fleurs et fruits p. e: la carette, le panais, et le carvi. D'autres plaates sont perpétuelles, c'est-à-dire durant plusieurs années. 11 y a des parties de plantes perpétuelles qui périssent annuellement, ou qui sont annuellement séparées de l'individu, savoir: les feuilles, les fleurs et le fruit, ne laissant que la racine, ou celle-ci et le tronc, qui se soumettent enfin aux ravages du teriips et finalement à la mort.
Les plantes souffrent des ipHfmités de la vieillesse aussi bien que les animaux, et exhibent des symptômes semblables d'une dissolution prochaine. La racine se refuse à-lmbiber la nourriture que lui offre le sol, ou si elle en imbibe une partiê,'"eile est faiblement circulée et partiellement distribuée ; la circulatiwtji 'du sap et des sucs convenables se fait avec difficulté, et est finaleir^eiit obstruée en entier ; les rejetons deviennent rabougris et diminutifs ;, et les fruits dégénèrent palpablement et en quantité et en qualité. "Les branches plus petites ou terminales fanent et dépérissent les premières, puis les plus fortes branches aussi avec le tronc et la racine ; le piri-ncipe vital décline graduellement, sans aucune chance de se remettre et'est finalement éteint. La vie éteinte, la nature s'empresse à amener la décomposition ; la surface de l'arbre est couverte d'algue et de moiiss^e, qui attirent et retiennent l'humidité; les pores vides l'absorbent, et la putréfaction suit rapidement. Alors vient la tribe des champignons^ '^uji fleurissent sur du bois pourri et en accélèrent la corruption ; les papillons et les chénilles cherchent un asile sous l'écorce, et perforent le bois ; et les piv^erts, à la recherche d'insectes, le percent plus profondément et creusent de grands trous pour y placer leurs nids. La gelée, la pluie et la chaleur font leur part et toute la masse s'émie et se dissou^t en un riche terreau, propre à produire de plantes nouvelles.