SUBDIVISION ET CLOTURAGE DES FERMES
Le clôturage, après les instrumens et les constructions convenables, est, dans la plupart des localités, indispensable à la régie profitable des terres arables. Dans toutes les fermes où il y a du bétail et des moutons, l'aisance, la sécurité et la commodité que procurent de bonnes
clôtures au propriétaire et aux animaux, sont trop manifestes pour exiger une notice particulière.
La situation des clôtures sur une ferme dépend d'une grande variété de circonstances, tel que l'étendue de la terme, les inégalités de la surface, la nature du sol, et le système de culture à suivre. ■ Les fermes dans le Bas-Canada sont généralement d'une figure oblongue et uniforme, ont rarement moins d'un mille en profondeur, ni plus de 200 verges de largeur. Sur les fermes de cent arpens, les fermiers canadiens en ont presque invariablement divisé les parties cultivées de chaque par une clôture au milieu d'une extrémité à l'autre, donnant à chacune division une largeur d'environ un arpent et demi ; le chemin de communication entre les différentes parties de la ferme et du pâturage se trouve du long de cette clôture de division. Le premier changement quant au clôturage que je proposerais serait, dans tous les cas où les terres n'excèdent pas 4 ou même 5 arpens de largeur, de reculer la clôture du milieu a l'un ou l'autre des bords et d'y enclore sur l'un des côtés de chaque terre le chemin de communication aux diflférens champs et terrains incultes, s'il y en a.
L'assolement qu'on adopte doit servir de règle pour diviser une terre en champs. Une ferme d'un sol supérieur, ou même d'une qualité médiocre, peut se diviser en six champs de grandeur à peu près égale, si les circonstances permettent de le faire avantageusement ; mais dans les fermes où les terres ne sont pas de la même qualité, et où il s'en trouve des parties impropres à la culture, il serait à propos de séparer chaque qualité ; on doit surtout enclore toutes les parties inaptes à la culture, et qui ne sont pas susceptibles d'une amélioration profitable, si elles sont d'une étendue suffisante pour en mériter la peine. Si, en divisant régulièrement la terre arable (labourable) d'une ferme, il s'en trouvait dans le même champ un ou deux acres d'un sol différent ou inférieur, on pourrait facilement l'améliorer dans la saison morte de l'année. Si ces morceaux sont d'une qualité légère, et le terroir contigu d'une nature forte, on charrie de celui-ci dessus, et si le sol dominant est lécrer, alors on renverse le plan. Lorsqu'il y a de petits bas-fonds dans un enclos, on charrie dessous les ordures des tranchées, ou toute autre terroir, et dans bien des cas une seule récolte suffit pour indemniser des frais de cette opération ; mais en aucune façon voudrais-je recommander la dépense d'un seul clielin pour l'amélioration des terres où l'on aurait quelque doute de se voir rembourser les frais.
Dans les fermes où le sol est d'une qualité légère, le terrain cultivable doit se diviser en neuf champs égaux, sauf les exceptions susdites. Deux ou trois petits enclos près des bâtimens sont nécessaires pour des vaux des cochons, etc. Dans le premier cas on sépare ces champs par des fossés ouverts pour l'écoulement des eaux- Si des poteaux ou des piquets de cèdre étaient placés permanemment dans chacune des clôtures transversales on transporterait à très peu de trouble les perches où elles seraient nécessaires. Il faudrait rarement garder plus de 2 ou 3 haies transversales l'été, comme je l'expliquerai ci-après. Dans la première division proposée d'une ferme en 6 champs, 3 champs seraient
soumis aux récoltes en grain et en vert, puis, s'il était nécessaire, une partie en jachère d'été, les 3 autres le seraient aux prairies et aux pâturages. Dans la deuxième division de 9 champs, il y en aurait 3 de soumis aux récoltes en grain et en vert, puis une partie en jachère morte, peut-être, et 6 aux prairies et aux pâturages. Dans cliaque cas ori adhère strictement au principe de rotation de récoltes et de culture alterne. Cette division de ferme conviendrait au Haut-Canada.
En Angleterre les haies vives ajoutent beaucoup à l'aspect des campagnes, et sont la meilleure sorte de clôture qu'on y put adopter. Qu'elles soient également bien adaptées à ce pays, c'est une question sur laquelle il règne quelque différence d'opinion. Je doute très peu qu'on pût élever ici avec succès des haies vives, et qu'elles devinssent de bonnes clôtures en moitié moins de temps qu'il ne leur faut pour atteindre la perfection en Angleterre. L'épine indigène ici convient très bien aux haies, et il est tant d'autres sortes d'arbres et d'arbrisseaux qu'on pourrait mêler avec l'épine, qu'il ne peut y avoir de difficulté à cultiver de bonnes haies dans la plupart des localités ; la croissance rapide de ces sortes de végétaux dans ce climats, est très favorable à l'introduction de haies vives. On pourrait les planter le long des clôtures actuelles de niveau avec le sol, et lorsqu'elles auraient cru suffisamment, on pourrait enlever les clôtures à perches. La principale objection que je connaisse contre ces haies, c'est qu'il serait à craindre qu'elles ne privassent les récolles de grain d'un courant d'air libre, et ne produisissent trop d'ombre ; mais on pourrait prévenir ces efTets nuisibles en les tenant constamment élaguées (taillées) à la hauteur d'environ 4 pieds. Celte taille empêcherait aussi la neige de les abattre autant qu'elles le seraient sans cela. J'ai vu de très belles haies vives dans les environs de Québec, et elle ne paraissaient pas souffrir de la neige, ni d'aucune autre cause. Tailler annuellement les haies ne coûterait pns plus que de réparer les clôtures de bois, et il sera avant peu nécessaire de trouver un substitut aux clôtures de bois. Des haies vives ajouteraient beaucoup à l'apparence des campagnes, si elle ne peuvent produire aucun effet nuisible sur les récoltes de grain sous la température chaude et moite qui règne constamment ici en été. Afin que ces haies croissent abondamment et vite, il faut préparer la terre avant d'y mettre les plants. Ceci s'effectue le mieux en labourant ou creusant bien avant la ligne de la haie projetée; on la fume s'il est nécessaire, et on y plante un billon en patates. Après que les patates sont arrachées veis la fin de septembre, c'est le temps le plus propice pour planter la haie ; si des terres incultes sont à proximité, on ne peut manquer de plantes pour faire une bonne clôture, lors même qu'elles ne seraient pas toutes d'épine. Si les haies vives réussissaient bien, on pourrait produire des plantes à épines par la semence, comme en Angleterre, pour fournir aux demandes, à meilleur marché qu'avec les épines sauvages.
On pourrait construire des clôtures en pierres avec avantage où ces matériaux se trouvent en abondance ; mais on ne peut en ce pays les construire de manière à ce qu'elles soient à l'épreuve des moutons, sans encourir de fortes dépenses pour creuser de profondes fondations afin de
les protéger contre l'influence de la gelée et les élever à une hauteur considérable. Si les clôtures en pierres sont construites à la manière f ordinaire, larges aux fondations et s'amoindrissant au haut, à peine t excédant quelquefois la hauteur de 4 pieds, les moutons franchiront ces \ murs sans aucune difficulté. Une légère palissade, placée sur ces sortes de clôtures en pierres, là où l'on garde des moutons, aurait un bon effet, et, bien exécutée, une jolie apparence. Sur toutes les terres neuves où le bois est en abondance, le fermier trouvera d'amples matériaux pour la construction des clôtures.