ÉGOUTTAGE
De toutes les opérations agricoles, il n'en est pas de plus nécessaire que l'égouttage, et pour exécuter cette opération avec succès, il faut que le fermier possède une cormaissance convenable des divers lits qui avoisinent la surface du terrain qui a besoin d'assèchement. Les sources courantes, les marres, les marais, les marécages, sur des terrains unis près des collines, sont les plus difficiles à égoutter. Quand les eaux filtrent ou coulent sur le flanc poreux des côteaux, la meilleure méthode de les assécher est d'intercepter la descente des eaux, et par là de faire disparaître entièrement la cause de leur présence. Ceci peut se faire où la profondeur des couches superficielles, et par conséquent de la source, n'est pas grande, au moyen de tranchées horisontales faites à travers les déclivités des collines, au-dessus d'où commencent à s'étendre les terrains bas de la plaine. D'autres jointes à celles-ci emportent l'eau qui s'y amasse aux ruisseaux voisins.
En Irlande j'ai souvent vu qu'en perforant en différens endroits les couches minces de glaise, sous lesquelles se trouvaient du sable, des roches etc., autres matières poreuses ou sillonnées de fissures, à une profondeur considérable, on pouvait faire baisser les eaux dans les couches perméables qui gisent au-dessous, et désècher ainsi la surface complètement.
Généralement l'origine de l'humidité des terres, qu'il est de l'objet de l'égouttage souterrain de faire disparaître, est due à la présence d'eaux dans les couches inférieures de sable, de gravier, de roches crevassées et autres substances poreuses, qui conduisent à la surface, ou, n'ayant aucune issue naturelle, se remplissent ou deviennent saturées, tandis que la pression d'autres eaux venant d'une source supérieure, force celles qui se trouvent dans les lits d'en bas à remonter à travers les couches d'en haut à la surface, occasionnant ainsi, soit des jets et des sources, ou une filtration générale dans les masses. Tout fermier qui n'entend pas parfaitement la filtration générale des eaux à travers le sol, par suite d'eaux ou d'humidité dans le voiisinage immédiat, naturellement ou artificiellement plus élevé ou d'égal niveau, peut se convaincre du fait par la preuve la plus claire en examinant un canal ainsi situé et dont les bords ne sont pas protégés par des patrouillis, ni l'écoulement h travers les levées intercepté par des fossés convenables et suffisans.
L'objet de l'égouttage souterrain n'est donc pas d'arrêter les eaux de la surface, mais celles qui circulent dans les lits inférieurs ; et pour cela il suffit de faire un canal, soit à la partie basse des bancs poreux ou dans toute autre endroit par lequel les eaux peuvent s'écouler, de manière à soulager la pression dont on vient de parler, ou de détourner les eaux avant qu'elles puissent atteindre la surface. On ne doit jamais oublier que le dessèchement souterrain et le dessèchement de la surface sont des opérations essentiellement distinctes, on doit donc bien prendre garde de ne pas les confondre en les fesant. Si on laisse les eaux de la surface pénétrer dans un canal couvert, le sable et la boue qu'elles entraîneront dans ces voies souterraines, les boucheront bientôt, et occasionneront des brisures et par suite, comme on le conçoit, de nouveaux bourbiers ; tandisque les frais de défaire et de refaire les canaux souterrains seront très forts, et Texécution imparfaite ; car les bords ne se soutiennent jamais aussi bien la seconde fois que la première.
Le dessèchement de terrains aquiferes, (mouillés) et marécageux, provenant des sources au-dessous d'eux, exige qu'on fasse attention à une grande variété de circonstances. A cause de la rétention de l'eau au-dessous des matières spongieuses absorbantes de la surface dont se composent les terrains de cette espèce, ils se conservent dans un tel état d'humidité, qu'ils sont très impropres à la production de bonnes récoltes d'aucune espèce. Si ces terrains étaient bien égoutés, ils seraient d'une valeur considérable dans le climat du Canada, et devraient en conséquence être un objet de puissant intérêt et d'importance au fermier industrieux qui possède de pareilles terres. Les terrains aquiferes de cette nature peuvent se classer sous trois titres distincts : — 1, ceux qui se reconnaissent facilement aux sources qui jaillissent de terrains adjacens plus élevés, sur une ligne régulière le long du bord le plus élevé de la surface mouillée ; 2. ceux où les nombreuses sources qui apparaissent n'affectent pas une ligne régulière de direction le long des parties les plus élevées du terrain, mais se répandent confusément dans toute la surface, et surtout vers les parties inférieures, constituant sur tous les points des fondrières (ventres de bœuf) qui ont un mouvement élastique sous les pieds, sur lesquels les animaux les plus légers peuvent à peine passer sans danger, et qui, pour la plupart, se reconnaissent à la luxuriance et à l'éclat de la verdure qui les entoure ; 3. cette espèce de terrain humide à cause de la filtration des sources, qui n'est ni d'une aussi grande étendue, ni d'une nature aussi tourbeuse que les deux autres, et auquel le nom de marais ne convient pas strictement, mais qui, sous le rapport du mode d'égouttage, est le même.
Lorsque sur la pente ou surface inclinée des terrains élevés, d'où s'échappent les filets, on les voit jaillir à difîerens niveaux, suivant la différence de l'humidité de la saison, et où les plus bas continuent à couler quand les plus hauts sont taris, c'est en général une indication sûre qu'ils sont tous liés et viennent de la même source, et conséquemmentque le point de dessèchement est le long du niveau du plus bas filet, ce qui, bien exécuté, suffit pour conserver tout le reste étanche. Mais si la tranchée est placée le long du premier filet, c'est-à-dire l'issue
par laquelle l'eau s'échappe, et qu'elle ne soit pas assez profonde pour atteindre ceux d'en bas, alors il n'y aurait que le débordement des fileta d'emporté, et i^iiumidité provenant de cette cause n'existerait plus, tandis que la principale source, continuant toujours à couler, rendrait encore le terrain au-dessous du niveau du fond de la tranchée nuisiblement mouillé, en ce qu'elle se déchargerait au-dessous de la surface du terrain. Il serait absurde d'espérer qu'en creusant des fossés entre les terrains humides et les terrains secs où les jets supérieurs paraissent, on pût détourner toutes les eaux des terres inférieures, à moins de les creuser suffisamment profonds pour dominer le niveau du terrain au bas de la déclivité.
Dans les marécages étendus et aquatiques, on doit faire des tranchées ou saignées autres que celles qui ne reçoivent que les eaux des sources; car, outre les sources supérieures, cause piincipale de l'humidité, qui peuvent être interceptées, il peut y avoir au-dessous des bancs de sable, de gravier et d'autres matières poreuses dont on doive absorber aussi les eaux. Dans les cas de cette espèce, lorsque les terres doivent se diviser en enclos, on peut construire les lossés dans des directions telles qu'ils puissent traverser et emporter les amas de ces eaux aussi bien que de celles qui gisent dans les creux et dans les dépressions de la surface. Il est plusieurs endroits où il se trouvent de grandes pièces de terre qui deviennent très aquatiques et remplies de glaieux et d'autres plantes grossières, par suite de causes d'une nature telle qu'on ne peut y obvier par la construction de canaux soit ouverts ou couverts, quelque nombreux qu'ils soient.
Souvent on nomme les terres ainsi situées marécages ; elles gisent la plupart du temps sur les bords des rivières et des ruisseaux qui, changeant ou modifiant fréquemment leur cours entre leurs rives opposées,laissent des dépôts de sable, de gravier et autres matières poreuses qui forment des terrains à travers lesquels les eaux pénètrent et filtrent jusqu'au niveau des derniers lits, et les retiennent constamment dans un tel état d'humidité, qu'ils ne produisent que des glaïeux et autres plantes ; et si l'on creuse des tranchées ou des fossés dans de semblables terrains, ris se remplissent bientôt d'eau, au même niveau que la marre. Cet effet, néanmoins, se produit plus sûrement et plus complètement là où le courant des eaux est plus lent, et où leur surface est pres-^^ue égale à celle de la terre, que là où elles sont rapides. Dans ces circonstances, tant que la rivière ou le ruisseau se maintient à la hauteur ordinaire, on ne peut obtenir aucun avantage, quelque soit le nombre ou la direction des saignées qu'on fasse. Le principal, le seul moyen de faire disparaître les eaux des terres provenant de cette cause, est d'agrandir et de baisser le lit du courant où on peut l'effectuer à des frais raisonnables ; là où il n'y à qu'un ruisseau sinueux, et dont le cours va en serpentant, on peut cependant faire beaucoup en coupant les pointes de terre pour rendre le trajet plus droit et par conséquent moins sujet à obstruer le passage de l'eau.
Un exemple du redressement du cours d'une rivière est cité dans le Code Agriculture. Les eaux qui, dans leur cours tortuetax, étaient
presque stagnantes, s'écoulent maintenant en raison de la pente qu'on leur a donnée. Jamais elles ne submergent leurs rives. Le bétail peut maintenant pâturer sur des terrains qui n'étaient jadis quedes bourbiers. La surface de l'eau étant à présent en général de 4 et qiielquefois de 6 pieds au-dessous du niveau des champs coniigus, cette saignée sert de coulée générale pour toute ia vallée, de sorte que 300 acres de prairie peuvent êfre convertis en terres arables ; 60 acres de pelouse peuvent être améliorés et convertis en prairie, et 500 acres de terre arable doublent leur valeur première.