FORMATION DES FOSSÉS
On doit faire les fossés avec autant de précision et d'exactitude que possible, et à moins que les m;mouvriers ne sachent manier leurs outils avec adresse, et qu'ils n'aient l'habitude de construire des fossés, ils ne les feront pas bien.
En général les fossés ouverts sont ceux qui conviennent le mieux en Canada. La grande quantité des eaux qui doivent disparaître lors de la fonte des neiges au printemps, ne pourraient pas s'écouler au moyen de fossés couverts, quelque bien faits qu'ils fussent ; ils demeureraient glacés, ainsi que le sol au-dessus d'eux, long^teirips après l'rcoulement des eaux des neiges. Dans de grandes pîuies l'été ils ne suffiraient pas pour faire écouler les eaux à temps afin de prévenir le dommage qu'elles causeraient aux récoltes. Les fos^és couverts sont exposés à se boucher, lorsque les eaux de la surface y pénétrent; il serait donc très imprudent de la part du fermier de les construire dans tout autre but que celui d'égoutter des sources, et même en ce cas, s'ils ne sont bien faits et coupieusement remplis de petits cailloux, il est très probable que le froid les endommagera. Les fossés couverts exigent une pente double de celle des fossés ouverts, afin qu'ils puissent couler ; et vu la surface plane de ce pays, cette circonstance est d'une grande importance. La même circonstance prévient en grande partie la nécessité des fossés couverts, parce que dans un pays où la surface est unie, les sources n'abondent pas.
Quand un fermier, après de mûres réflexions, a résolu de construire des fossés couverts, s'il y a assez de pente, le fossé doit avoir au moins de 3 à 4 pieds de profondeur, dans sa partie la moins creuse, afin de le soustraire autant que possible à l'inflnence de la gelée. Sa largeur doitêtre de 2 à 3 pieds au fond, et de 3 à 4 au sommet. On coupe la tourbe et la dépose sens dessus dessous sur un côté du fossé, et on jette la terre de l'autre côté. On le construit avec des pierres sèche*, superposées dans le sens qui leur convient ( et non pas de côté, ) de 9 à 12 pouces d'épaiseur, sur 6 à S pouces de hau% laissant une ouverture de (3 pouces sur 6 à 8, dont les pierres doivent être suffisamment fortes pour résister à la pression du poids des pierres et de la terre, et projeter au moins de trois pouces sur l'intérieur de chaque mur latéral ; on doit entasser deux pieds de pierres au-dessus du comble de l'ouverture. Le premier pied doit consister en pierres de trois à quatre livres, mais le deuxième
doit se composer de pierres concassées comme celles dont on fait ordinairement les chemins, le tout doit être mis au niveau, afin que chaque partie du canal soit pourvue d'une égale épaisseur de pierres. Alors le gazon qu'on avait d'abord ôté on le pose sur les pierres, sens-dessus dessous, et s'il n'y a pas de gazon on met une légère couche de paille, afin d'empêcher les mottes de tomber dans l'ouverture. On peut ensuite remplir le vide de terre jusqu'à la hauteur de neuf pouces au-dessus du niveau du terrain, pour obvier à l'abaissement. J'ai construit un canal sur ce plan, mais d'une dimension plus grande, et il opère très bien depuis trois ans. Si le fermier désire que le travail et les frais de ces fossés ne soient pas faits inutilement, il assist(5ra personnellement à la construction des murs, du comble de l'ouverture et à l'entassement des petites pierres. Dans le cas où le fond du fossé serait mou, Il serait nécessaire d'y poser des dalles miuces de façon qu'elles s'étendent jusqu'à chaque mur au moins un ou deux pouces au-dessous. Un canal de cette description sera coûteux, mais s'il n'est pas construit convenablement il sera pire qu'inutile ; et ceux qui ne voudront pas encourir les frais de faire des fossés souterrains devront se contenter de fossés ouverts.
En Angleterre on se sert beaucoup de tuiles pour faire des fossés, mais je ne les recommanderais pas ici. Le moyen le plu? sûr pour construire des canaux souterrains c'est de les faire avec de petites pierres en abondance, remplies au-dessus de l'ouverture dans le fond de l'égoût, de quelque dimension qu'il soit.
On doit avoir le soin de donner une pente aux fossés ouverts. Ici ou peut à peine leur donner trop de penchant. Un fossé de 2 pieds de profondeur doit avoir au moins 4 pieds de largeur au sommet et le fond celle de!a bêche ; dans les fossés d'une plus grande dimension on peut observer la même proportion. Lorsque les fossés sont nécessaires au milieu des champs (ce qui arrive dans la plupart des situations) on peut les creuser et en enlever la terre pour la charrier dans des bas-fonds, ou l'étendre sur la surfiice du champ ; la charrue pourrait alors traverser ces égouts sans difficultés, et ils seraient plus efficaces pour emporter les eaux des rigoles du terrain labouré, que s'ils étaient formés d'une autre manière ; ils auraient une jolie apparence, et l'herbe pourrait croître sur chaque bord jusqu'au fond, et il n'y aurait pas de danger de les voir se remplir par les éboulemens de ces parois. Sur la plupart des fermes les fossés exigent de l'amélioration. Ôn laisse accun.uler sur les bords les terres qu'on en ôte, et delà vient que, les bords étant plus hauts tandis qu'ils devraient être plus bas qu'aucune partie du champ, l'eau ne peut se frayer un chemin dans le fossé, et c'est la principale cause qui fait que les bords déboulent. La terre ainsi entassée indemniserait amplement le fermier s'il la charriait sur sa ferme pour en remplir les creux et la mêler au composte. Cette amélioration manque à la généralité des terres en Canada, et la terre ainsi coupée, aussi bien que celle des rigoles élevées, si on la mêlait avec un peu de chaux et la retournait une couple de fois avec la bêche, elle ferait un riche terreau pour enduire les terres contiguës. La pente des bords des rigoles et des fos-
ouverts est, à quelques exceptions près, très négligée en Canada, ainsi que le nivellement des élévations formées par de nombreux labours. Ces ressources donneraient les moyens d'enrichir l a terres contiguës à des frais très peu considérables, et d'améliorer beaucoup les fossés et les champs pour la cuhure future.
Feu Mr. Nimmo, dans un excellent journal sur l'égouttage, donne les renseignemens suivans sur l'inclinaison relative des canaux pour faciliter la décharge de leurs eaux :
Les rivières grandes et profondes coulent assez rapidement avec une pente d'environ un pied p.ir mille, ou - - - - - 1 sur 5000
Les petites rivières et les ruisseaux coulent asssez rapidement avec une pente d'environ 2 pieds par mille^ ou - - - - - 1 sur 2500
Les petits ruisseaux à peine maintiennent leur courant au-dessous de 4 pieds par mille, ou - 1 sur 1200
Les fossés et les canaux souterrains exigent au moins 8 pieds par mille, ou - - - 1 sur 600
Les rigoles des sillons et les seignées en exigent bien davantage,"
Je crois cet estimé correct en pratique.