LABOURAGE ET HERSAGE
Il est trois choses auquelîes on doit porter une attention particulière en labourant : 1. la largeur de la tranche que l'on doit couper ; 2. sa profondeur, et 3. le degré dans lequel on doit la retourner ; cette dernière circonstance dépend de la construction de la charrue, surtout des versoirs, et du soin du laboureur.
On régularise la largeur et la profondeur des tranches dans les araires simples, en plaçant judicieusement le tirage sur le bout de la charrue, l'arrangeant de manière à ce que la charrue s'enfonce plus ou moins, ou enlève plus ou moins de terre ou donne plus ou moins de largeur à la tranche, selon qu'on peut le désirer. Dans les charrues à ruelles bien construites la profondeur du sillon se règle sur les roues, et la largeur est déterminée par un soc à peu près semblable à celui de l'araire simple. Les charrues à ruelles canadiennes sont très défectueuses sur ce point, ce qui est en partie la cause de l'irrégularité de la largeur de la tranche du sillon ; il faut y remédier.
Le degré de la tranche qu'on retourne, est, en grande partie, déterminé par la proportion entre la largeur et la profondeur, c'est-à-dire ordinairement comme trois est à deux, dans les opérations générales ; ou lorsque le sillon est de 9 ponces de largeur, il doit avoir 6 pouces de profondeur. Quand on coupe la tranche dans cette proportion, elle se trouve à peu près tournée de moitié, ou inclinée à un angle de 40 ou 45 degrés. Cette proportion est la plus approuvée pour les tranches des sillons. Mais si la tranche est beaucoup plus large à proportion de sa profondeur, elle se trouve presque entièrement tournée ou à plat, sa surface naturelle en bas, et chaque tranche subséquente sera en
quelque sorte enveloppée par celle qui aura été retournée immédiatement avant elle. Enfin quand la profondeur excède considérablement la largeur, chaque tranche se trouve de côté, présente à nu sa surface naturelle et reste seulement dans une position a peu près oblique par l'horizon. Ces deux dernières proportions ne s'accordent pas avec un bon labourage ou les préparations des récoltes.
La tranche de 5 pouces de profondeur et de 8 ou 9 de largeur fut considérée dans les Iles Britanniques comme propre au défoncement des prés, parce qu'elle enterre le gazon et n'enfouit pas le sol fumé. Les labours dont la profondeur excède la largeur, sont considérés comme une opération lente et non profitable.
La largeur de la tranche la plus généralement efficace est de 8 à 10 pouces, et la profondeur de 5 à 7 pouces, proportion qu'on ne peut souvent excéder, excepté dans les sols très profonds et fertiles. Lorsqu'on croit qu'il est nécessaire d'approfondir davantage, pour les carottes et autres plantes à racines profondes par exemple, on peut donner un second labour pour creuser au moyen d'une autre charrue que l'on fait suivre dans le même sillon.
En labourant la première fois les jachères ou récoltes en vert, il est à propos d'approfondir autant que possible ; on ne courrait aucun grand danger lors même qu'une petite proportion du sous-sol serait amené à la surface, surtout en Canada.
Les guérêts sont généralement distribués en planches, variant en largeur suivant les circonstances ; ces planches contiennent les sillons, et sont Sf'purées les unes des autres par des rigoles ouvertes. Les sillons diffèrent non seulement de largeur, mais s'élèvent plus au moins au milieu dans différons sols. Dans les terrains glaiseux ouretentifs, le grand point auquel on doit faire attention est l'écoulement des eaux superflues. Dans ces sols je recommanderais fortement que les planches n'excédassent jamais la largeur de 8 à 9 pieds, au plus, et peut-être qu'on trouvera que cette largeur est la plus profitable pour toutes espèces de sols. Jamais je ne les fais plus larges. Il est très essentiel que les planches soient droites et d'une largeur uniforme, et cette amélioration devrait être partout adoptée en Canada, si l'on désire perfectionner. Il n'est pas moins nécessaire, dans la préparation des terres pour les ensemencemens, surtout les terres labourées en automne pour des récoltes du printemps, de nétoyer comme il faut les rigoles entre les planches, après que ces rigoles sont achevées, et de les faire aboutir toutes au fossé de la première planche, de chaque côté du champ.
Dans les Iles Britanniques si on laboure les sols glaiseux ou tenaces lorsqu'ils sont mouillés on les endommage beaucoup. En ce pays, quoique les sols glaiseux doivent se labourer mouillés en automne, si les planches sont bien formées, bien bombées par le centre, et les rigoles bien nétoyées, la gelée pulvérisera le sol le plus efficacement, et détruira les mauvais effets du labourage quand même les terres auraient été labourées dans un état très humide. Toutefois les sols glaiseux ou tenaces ne doivent pas se labourer mouillés au printemps, surtout si l'on fait les ensemeijcemens sans un deuxième labour. Les sols glaiseux se
labourent mieux lorsqu'ils sont dans un état qui tient le milieu entre l'humide et le sec, quand la terre est légèrement moite, tendre et le moins cohérante.
La construction des planches, surtout dans les sols glaiseux, afin qu'elli^s correspondent à la déclivité, est une chose que l'on ne doit pas p-erdre de vue. Elles doivent dans tous ces cas avoir un degré d'éiév;ition ou de rotondité au milieu suffisant pour que les eaux puissent s'écoulers facilement dans les rigoles qui doivent égahîment avoir assez de profondeur et d'inclinaison pour les porter promptenient dans les fossés. Les pbmches, outre le bombage, doivent êlre pourvues de petites saignées qui les traversent obliquement de manière à former des communi cations entre elles et avec les rigoles, au moyen de quoi elles font l'office de l'égoutage, les eaux qui viennent sur les planches sont de cette manière conduites dans les rigoles où elles circulent jusqu'à ce que leur cours soit arrêté par l'élévation du terrain ou d'autres causes ; elles passent ensuite par les rigoles transversales dans d'autres où la pente est plus rapide et tombent enfin dans le fossé, ou autre passage, au bas de l'entourage.
Le succès distingué de l'agriculture flammande est bien connu. Ils traitent le sol de glaise tenace très heureusement, en le gardant surtout au degré convenable de siccitè pour les opérations rurales les plus précieuses. Chez eux le mode général de sécher les terres consiste à les labourer dans des planches larges et élevées, de 20 à 30 et même 40 pieds de largeur, le centre élevé de 3 à 4 pieds au-dessus des rigoles. En gardant soigneusement les rigoles en bon état et exemptes d'eaux stagnantes la terre se conserve sèche, et toutes espèces de récoltes croissent bien. Cette pratique est suivie dans quelques uns des comtés du centre de l'Angleterre.
Les fermiers doivent porter une attention soignée aux fossés et aux rigoles des guérêts en automne, afin qu'ils soient bien nétoyés, et qu'au printemps, quand la neige fond, les eaux puissent s'écouler librement. Les semailles de blé au printemps peuvent dépendre principalement du bon état des rigoles en automne. Ici cette circonstance se fait sentir davantage à cause de la courte durée de nos printemps ; la perte de quelques jours seulement au commencement de la saison, peut empêcher le fermier de semer du blé.
La saison des labours d'automne doit commencer au premier jour prO' pice au labourage, et continuer sans interruption jusqu'à ce que tout soit fini, s'il est possible. Le fermier qui, par son industrie et son attention à ses affaires, achève tousses labours l'automne, sera bien plus en état de faire ses travaux convenablement au printemps. L'indolence et la négligence sont souvent la cause qui empêche les fermiers d'achever leurs labours en automne, et quand cela arrive, une culture chétive et imparfaite au printemps en est la conséquence inévitable, parce que le travail de deux saisons se fait dans une seule, qui n'est pas toujours favorable ; tout se fait donc à la hâte et cofusément.
Dans les terres fortes, que deux bons chevaux peuvent labourer, une paire de ces chevaux doivent labourer bien trois quarts d'un acre en
neuf heures ; dans les terrains de cette espèce, après le premier labour, ou dans les sols friables et légers, un acre ou un acre et un quart est une journée de travail ordinaire. Dans la saison (hi labourage on peut considérer un acre de labour par jour comme une moyenne pour les sols d'une consistance médiocre. Tous ces calculs sont basés sur la supposition que les terres sont exemptes des embarras qui pourraient retarder le labourage, et ne s'appliquent pas aux terres qu'encombrent des pierres ou des racines d'arbres. La série entière des guorêts sur un acre de statut anglais, en supposant que chaque tranche soit de 9 pouces de liirgeur, couvrirait un espace de 19/360 verges ; et si l'on ajoute 12 verges à chaque 220 pour le terrain qu'on a parcouru en tournant, le total de l'ouvrage d'un acre peut équivaloir 20,416 verges, ou Il miles et 5 stades.
Ce qui suit indique la quantité de terre labourée, et le terrain parcourue par un attelage en neuf heures, marchant à l'heure suivant les divers degrés de vitesse, et tournant les diverses tranches des sillons tel que spécifié :
à 1| mille à 2 milles par heure. par heure.
8 pouces, 0 3 36 1 1 7
9 id. 1 0 14 1 1 33
Largeur de la tranche, 1 G 35 1 2 21
J 11 id. 1 1 14 13 5
La distance parcourue en chaque cas était, au petit pas, de 12 milles moins une fraction, et au grand pas, de 16 milles ; ainsi il parait que dans les trois premiers cas, la quantité additionnelle de terre labourée était d'environ un tiers, ou dans une proportion presque égale à l'accélération de Tallure ; m;ûs celle du sillon de 11 pouces, la quantité additionnelle s'élevait à piès de la moitié.
Les fermiers doivent savoir qu'il faut une grande attention pour pouvoir labourer comme il faut. Cest une perte de terre et de travail quand cette opération n'est pas exécutée judicieusement. On peut retourner une quantité donnée de terre avec la charrue, mais à moins que les planches ne soientrégulièrement formées et les tranches dûment tournées à proportion et de manière à s'appuyer les unes sur les autres, régulièrement, sans intervalles ni creux entre elles, la terre ne sera pas en état de produire des récoltes profitables. Lorsque la tranche est complètement renversée et à plat, la semence ne peut être régulièrement recouverte ; il en tombera beaucoup entre les sillons dans le sous'sol, l'endroit le moins propre où elle puisse végéter et prendre racine. Il est plus profitable pour un fermier de labourer cinq acres comme il faut que dix imparfaitement.
L'opération du hersage se fait pour arracher les mauvaises herbes et couvrir la semence. Il est clair que des instrumens de diverses dimensions sont non seulement nécessaires, mais doivent fonctionner de différentes manières selon la force et l'état du sol sur lequel on les emploie et la nature de l'ouvrage que l'on doit exécuter. Dans les terrains
raboteux on doit conduire la herse aussi vite que les chevaux peuvent marcher, car son effet est en proportion directe au degré de vitesse de son mouvement. En hersant pour couvrir la semence, le mnnouvrier doit constamment s'appliquer à détourner la herse des embarras, tel que pierres, souches, buttes, herbes et racines ; car toutes ces choses empêchent l'instrument de fonctionner parfaitement, et impriment à la surface une (race q ii est toujours dés;igréable à la vue, et généralement délriment;ile à la végéntion de la semence. En mettant la dernière main à ce procédé, on doit traîner la herse en droite ligne, et empêcher les chevaux de décrire des zig-zags, afin qu'ils entrent franchement dans le sillon sans faire de circuit au dédoublement. Trop de hersage n'est pas bon, mais il est toujours nécessaire d'émietter le terrain et d'égaliser la surface, sans quoi l'opération n'est qu'imparfaitement exécutée.