PARTIE I
Au commencement Dieu .créa la terre ; il la revêtit d'arbres, d'arbrisseaux, de plantes et d© fîenrs ; chaque plante était dans un état de perfection, portant sa semeîice ien elle-même ; il garnit la terre de diverses sortes d'animaux ; et lors^cftx'il eut préparé toutes ces choses il créa l'homme, et le plaça dans um Tiionde superbe, et il déclara que tout était bien ordonné. L'univers, fut fait parfait ainsi que les difTérentes parties qui le composaient. La terre produisait spontanément ses fruits; le sol, sans être déchiré et touilme^ié, aurait satisfait d'une manière suffisante a tous les besoins et désirs do l'homme, et des autres animaux. Le bonheur et l'abondance de cet âge d'or, ou le premier état de l'homme dans le Paradis, doit avoir été au-dessus de notre conception. Pour continuer de jouir pleinement de touo^ces avantages, l'hommiC devait se maintenir dans l'obéissance ; il s'en écarta, et sa sentence fut prononcée; la terre fut maudite par rapport à lui , j.l ilU ordonné que désormais eiie ne produirait que des épines et des chardons, et que l'homme gagnerait son pain à la sueur de son front jusqu'à.'ce qu'il rentrât dans la terre d'où il était sorti.
La terre, maudite de Dieu, perdit sa fertilité primitive, et produisit des épines et des chardons ; ce qui obligea l'homme de la cultiver, de la soigner et de l'engraisser, pour la mettre en état de lui fournir les moyens de subsister. £n conséquence Caïn, fils d'Adam, fut dit-on laboureur, et le premier agriculteur. Quelque grand qu'ait été le changement opéré sur la terre, à la chute de l'homme, on suppose qu'il devmt encore pire au Déluge général. Les restes fossiles des plantes et des animaux qu'on a découverts récemmiCnt prouvent à n'en point douter que ces plantes et ces animaux doivent avoir existé dans un climat et sur un sol bien différents de ceux oxi on a trouvé leurs restes.
On a supposé que la populati'j^ du monde antédiluvien était bien plus nombreuse que la population actuelle de la terre, ou a celle que pourrait maintenant soutenir la terre qui n'est point regardée comme aussi fertile ou productrice qu'elle l'était avant le déluge. D'après la longueur de la vie des habiians de la terre avant le déluge, il est très probable que leur
nombre dtait l>cauconp plus considérable qu'à prosent; et s'il en est ainsi, il faut qu'ils aient été bien versés dans l'art de l'agriculture ; une telle population n'aurait pu trouver sa subsistance dans les fruits qui croissaient spontanément et dans la chair des animaux. Après le Déluge général, pendant quelques siècles, jusqu'à ce que les habitans de la terre devinrent nombreux, il est possible qu'on n'ait pas regardé l'agriculture comme nécessaire, et qu'en conséquence on n'y ait fait une grande attention. On eut probablement plus recours au pâturage des animaux, à la chasse, à la pêche, aux fruits et aux rncines qu'à la culture du grain. Sir fsaac Kevvton était d'opinion qu'on avait commencé à cultiver le grain pour la première fois en Egypte, après le Déluge, sur les bords du Nil, l'inondation annuelle de cette rivière, emportant dans sa course la vase et le limon dont elle couvrait le sol, le rendait extrêmement fertile, sans qu'il fût besoin d'aucim autre engrais. Les Egyptiens n'avaient point la tâche laborieuse de labourer, de creuser ou de casser les mottes de terre, mais lorsque les eaux s'étaient retirées, ils ne leur restait qu'à mêler un peu de sable avec la terre pour diminuer sa force ; après quoi ils pouvaient êemer avec peu de peine et presque sans frais. Ils semaient ordinairement en Octobre et Novembre, lorsque les eaux baissaient ; et ils moissonnaient en Mars et Avril. Le même sol produisait dans la même année trois ou quatre différentes sortes de légumes. Que ce soit en Egypte ou non qu'on ait commencé pour la pre^méro fois à se livrer à la culture du grain, après le Déluge, on s'accorae/g^néralement à dire que la culture y fut portée à un plus haut degré, de perfection que dans aucun autre pays de l'antiquité ; d'autres nations ea tiraient leurs moyens de subsistance. Partout où on pouvait se procuuer l'eau de la rivière, même par des voies artificielles, la terre n'était jamais inactive, et produisait annuellement trois récoltes ; le riz produisait quatre-vingts grains pour un seul grain de semence.
Nous avons peu de renseignemens certains sur l'histoire de l'agriculture avant le tems des Romains-.. Ge peuple améliora beaucoup cet art, et en étendit la pratique avec ses conquêtes. Après la chute de l'empire romain l'agriculture fat n^glî|;ée et elle continua de l'être généralemont en Europe jusqu'au seizïèliie siècle.
Les plus grands hommes chez les Romains s'appliquaient à l'étude de l'agriculture ; et quoique dans la connaissance de la théorie de l'agriculture les cultivateurs romains fussent inférieurs à ceux qui dans les tems modernes se sont appliqués à perfectionner cet art, ils étaient néanmoins grandement supérieurs à ceux-ci dans leur attention aux circonstances, dans l'exactitude de l'exécution et dans la direction économique. Chez les Romains on considérait qu'un cultivateur devait connaître parfaitement toute espèce d'ouvrage convenable à sa ferme, le tems de le faire, et aussi qu'il devait être en état de juger sur la quantité d'ouvrage qui pouvait être fait dans l'intérieur et à 1 extérieur par aucun nombre de serviteurs et d'animaux dans un tems donné ; connaissances qui sont trèsutiles au cultivateur d'aujoin-d'hui, et qu'un bien petit nombre acquiert parfaitement. Les Romains savaient qu'un bon labour était la meilleure culture de la terre, quelque imparfait que fut l'instrument dont ils se servaient, comparé à la charrue scientifiquement construite des tems
modernes. Le double labour était invariablement pratiqué parmi les Romains qui connaissaient bien que le but était de " laisser sentir à la terre le froid de l'hiver et le soleil de l'été ; de remuer le sol et de le rendre libre, léger, dégagé des mauvaises herbes, de manière à le mettre en état de fournir de la nourriture plus aisément. " Ils fesaient aussi grand cas de l'engrais du sol. Ils se le procuraient de toutes les manières, ils l'introduisaient dans la terre au moyen de la charrue, et ils s'en servaient d'une manière judicieuse. Ils employaient aussi l'herbe verte et la chaux comme engrais. Ils se servaient d'une machine, mue par un homme et un bœuf, au moyen de laquelle ils coupaient de vastes champs de blé dans un seul jour. Us avaient une espèce de fléau, composé de rouleaux, qu'on traînait sur le grain mis sur le plancher. Us savaient parfaitement se servir de la pioche pour détruire les mauvaises herbes ; et ils portaient une attention particulière à l'égoutement des terres au moyen de fossés. Dans le fait leurs opérations agricoles paraissent différer peu de la pratique des tems modernes. Les animaux élevés par les Romains étaient des mêmes espèces qu'aujourd'hui. Le soin de la volaille, qui doit avoir été très-profitable, était principalement confié à la femme du cultivateur. Pendant que Rome était au zénith de sa gloire, qrius les Césars, les moindres articles du produit des fermes se vendaient ^ un très-haut prix : une pintade se vendait ^1 13s. 4d. ; un œuf 33'.' 4 d. Une ferme produisait quelquefois pour =£500 de ces poules. L'étang de Lucullus se vendit c£33, 333. 6, 8., vu la qualité du poisson qu'il conteiiait.
Les maximes suivies par les Rçmains dans la direction de leurs fermes sont bien dignes de l'attention dejî Cultivateurs d'aujourd'hui. " Semer moins et labourer mieux " est une maxime qui est fortement et souvent recommandée : en voici une autre-—'" la plus grande abondance se trouve partout oii les yeux du maître se promènent le plus fréquemment " — et le Rev. A. Dickson remarque avec beaucoup de justesse — " quoique tout le monde sache que la présence' et Pattention du maître sont d'une grande importance dans toute espèce d'affaire, cependant tout le monde ne sait pas qu'elles ne sont nulle part aussrimportantes que dans la conduite d'une ferme. "
L'ostentation et la prodigalité dans la culture n'étaient pas moins condamnées qu'une culture imparfaite, et tous les agriculteurs du Royaume Uni qui viennent s'établir en Canada feraient bien de ne pas oublier ce fait. La consommation du travail ou du capital qui ne produit point est nuisible aux intérêts individuels et généraux, dans les circonstances actuelles de ce pays.
Pline dit : " Les anciens assurent que rien ne donne moins de profit que la terre qui est trop cultivée. Bien cultiver est nécessaire ; trop cultiver est nuisible. " " Comment donc, " ajoute-t-il, " faut-il cultiver les terres pour en retirer le plus grand profit " ? A cela il répond : " De la manière la moins dispendieuse, si elle est bonne. "
L'industrie est recommandée par un grand nombre de maximes. "Les anciens regardaient comme mauvais cultivateur celui qui acheté ce que sa terre peut lui produire ; comme mauvais père de famille, celui qui fait dans le jour ce qu'il pourrait faire pendant la nuit, excepté dans
un tems d'orage ; et, comme pire que tous, celui qui lorsqu'il fait beau
tnivaiile pins daps sa maison que dans son champ. "
On recommande fortement la douceur envers les serviteurs. Tous les auteurs qui ont écrit sur l'agriculture recommandent au cultivateur d'acquérir les connaissances nécessaires a son état. " Quiconque, dit Columella, veut être parfait dans cette science, doit bien connaître les qualités du sol et des plantes ; il ne doit point ignorer les climats afin qu'il puisse savoir ce qui convient et ce qui est contraire à chacun ; il doit connaître exactement la succession des saisons, et la nature de chacune, afin de ne pas s'exposer à perdre le fruit de ses travaux en commençant son ouvrage à la veille d'un orage ou d'un coup de vent. Il doit être capable d'observer exactemeht la température actuelle du ciel et des saisons ; car ces dernières ne sont pas toujours régulières, et l'été et le printems n'amènent point le môme tems chaque année, le printems n'est pas toujours pluvieux, ni l'automne sec. Connaître ces choses avant qu'elles arrivent, sans avoir une assez grande capacité, et le plus grand soin d'acquérir des connaissances, n'est, à mon avis, au pouvoir de personne. " Virgile ajoute à cela : — " Avant de labourer un champ auquel on est étranger il faut s.voir'le soin d'acquérir une connaissance des vents, savoir de quel poin'c ils/soufîlent dans certains tems, et quand ils sont les plus violents ; la nàtVre du climat qui est bien différent dans divers endroits ; connaître' les, usages de nos ancêtres ; les quahtés des différents sols, et quelles' soiit les récoltes que chaque pays et climat produit et rejette. "
Les expériences sont fortement rccoKnmandées par Yarron qui dit : — *' La nature nous a indiqué deux sentiers qui conduisent à la connaissance de l'agriculture, savoir, 1 expérience et l'imitation. Les anciens agriculteurs ont établi bien des noiaximes en fesant des expériences. Leurs doscendans pour la plupart, les imitent. Nous devrions faire ces deux choses, imiter les autres,- -et feire des expériences nous-mêmes, en nous laissant conduire non par le hasard, mais par la raison. " Tous les cultivateurs expérimentés^d'ôiyent connaître combien il est difficile de discuter d'une manière satisfaisante le produit et le profit de l'agriculture. Le cultivateur peut connaître le loyer que peut valoir la ferme, et le prix du grain semé, mais la quantité de travail requis pour la faire valoir dépend tellement des saisons, des accidents, et d'autres circonstances auxquelles l'agriculture est plus exposée que tout autre état, qu'on ne peut pas aisément en déterminer la valeur ou prix coûtant. C'était ordinairement l'usage d'estimer les profits d'une ferme par les retours numériques du grain semé ; mais cette manière de juger est trèstrompeuse, puisque la quantité de semence donnée à des terres de qualités et conditions différentes, est très différente ; et l'acre qui, convenablement cultivé et ensemencé avec un minot de semence seulement, rapporte vingt ou trente pour un, ou peut-être plus, peut néanmoins ne pas donner un plus grand profit réel qu'une terre qui, dans une condition moyenne, reçoit de deux à quatre minots de semence par acre, et produit de cinq à dix pour un.
Les récoltes en raison de la graine semée, dont parlent les anciens,
sont extraordinaires. Isaac recevait cent pour un de ses eemences à Guérar. Selon l'évangile de St. Marc : du bon grain semé dans de la bonne terre produit, dan quelques endroits, trente pour un, dans d'autres, quarante, dans d'autres, soixante, et dans d'autres jusqu'à cent pour un" Varron nous apprend que des semences centuplées par la production furent recueillies près de Garada, en Syrie, et de l'Abissini, en Afrique. Pline ajoute que de ce dernier endroit, Auguste reçut de son facteur quatre cents grains qui avaient été produits par un seul gerrn©, et Néron, trois cent quarante. Il dit que lorsque la terre de ce champ '* était sèche, le bœuf le plus robuste ne pouvait la labourer ; mais quand il avait plu, je l'ai vu fendre avec un soc traînée d'un côté par un méchant âne, de l'autre, par une vieille femme. " Suivant Hérodote, le sol de Babjïone était riche, bien cultivé et donnait trois ou quatre cents pour un.
Du temps de Pline le prix des terres se réglait sur la durée de l'achat qui était de vir.gt-cinq ans, et souvent on recevait quatre pour cent sur le capital ainsi employé.
Aux époques d'anarchie qui suivirent la chute du pouvoir romain, l'agriculture fut presque oubliée en Europe. Dans des temps de troubles il vaut mieux laisser les champs en pâturage que de les cultiver, parce qu'on peut toujours esquiver le bétail à l'approche de l'ennemi ; mais les récoltes sur pied seraient exposées au pillage. Sous le règne de la dynastie anglo-saxone en Angleterre, on ne s'occupait pas beaucoup de la cuituTe des terres , mais l'île abondait en troupeaux nombreux. Il y était défendu par une loi de labourer avec des chevaux ; il fallait se servir de bœufs. Il était aussi défendu à tout homme de conduire la charrue s'il ne pouvait en faire une, et le conducteur était obligé de faire les traits qui servaient à la tirer avec des saules entrelassés.
Lors de la conquête de l'Angleterre par les Normands, plusieurs milliers d'agriculteurs des plaines fertiles et bien cultivées de Flandre, de France et de Normandie, s'établirent dans cette île, et contribuèrent grandement à l'amélioration de l'agriculture. Guillaume le Conquérant aimait, dit-on, l'agriculture, et dirigeait ses perfectionnemens avec habileté et succès. Lorsque les barons normands vinrent en Angleterre ils amendèrent beaucoup le sol, et ils sont célèbres dans l'histoire pour leur habileté en fait d'agriculture, d'entourage, d'égoutement, et de digue. Le clergé normand, et surtout les moines, fit encore plus d'améliorations que la noblesse, et ses fermes étaient remarquables par l'excellence de leur culu^re et de leur régie. Les moines surveillaient leur culture, et souvent ils y travaillaient eux-mêmes. Le célèbre St. Thomas Becket, après qu'il fut fait archevêque de Canterbury, avait, diton, l'habitude de se rendre au champ avec les moines des monastères oii il se trouvait à loger, et se réunissait à eux pour couper leurs grains et faner leur foin.
Dans le 14ème. siècle on fit, en Angleterre, une loi qui défendait de laisser libre et errer tout étalon qui n'était pas d'une certaine taille et description, de peur de gâter la race des chevaux ; une autre loi oblige-
ait de mettro les chevaux à l'herbe du 16 mai au 15 octobre, exCc\Jt4 ceux qui appartenaient aux gentilshommes de 1,000 marcs de rente. Les moines importèrent la vigne en Angleterre après la conquête des Normands, et elle y fut cultivée pendant un temps considérable; le» vignes de la vallée de Grloucester produisaient, dit-on, du vin peu inférieur à celui de France.
En Ecosse la culture des terres fut encore plus négligée qu'en Angleterre. En 1454 on passa une loi qui obligeait tout journalier possédant un " simple héritage " de creuser chaque jour un morceau de terre de sept pieds carrés; puis en 1457 une autre loi qui imposait aux agriculteurs qui possédaient huit bœufs l'obligation de semer tous les ans un boisseau de blé, un demi boisseau de pois et quarante fèves, sou» peine d'une amende de dix schelings, payable au baron, et si le baron n'en faisait pas autant, il était tenu de payer la même pénalité au roi.
Pendant le quinzième et le seizième siècle, ^agriculture continua de languir en Ecosse. On attachait plus d'importance à l'état militaire qu'à celui de cultivateur de la terre ; mais les terres ecclésiastiques étaient soumises à un meilleur système d'agriculture, et les vassaux de celles-ci jouissaient de beapcoup plus d'aisance que les vassaux des laies turbulens.
La réformation réprima au lieu d'encourager les améliorations agricoles, en retirant l'agriculture des mains des moines, la seule classe de personnes qui l'exerçât d'après des principes à peu près corrects. Les soldats de Cromwell firent beaucoup de bien à l'Ecosse ; la plupart d'entre eux étaient des laboureurs anglais, et bien au fait de l'agriculture ; à l'instar des Romains qui, à une époque antérieure, s'appliquaient à éclairer et à mettre sur la voie du progrès les nations qu'ils avaient subjuguées, ils introduisirent des améliorations considérables dans l'agriculture de l'Ecosse.
Vers le milieu du I6ème. siècle, dans les principales contrées de l'Europe, on commença à étudier l'agriculture comme une science. Les ouvrages de Crescenzio, en Italie, d'Olivier de Serres, en France, d'Heresbach, en Allemagne, d'Herrera, en Espagne, et de Filzherbert, en Angleterre, tous publiés à peu près dans le même temps, ouvrirent la carrière à l'étude et conduisirent les agriculteurs qui savaient lire à des pratiques améliorées.
Vers le milieu du siècle suivant, Harte dit : " Presque toutes les nations européennes, par une espèce de consentement tacite, s'appliquèrent à l'étude de l'agriculture, et poursuivirent, plus ou moins, cette étude même au milieu du désordre général qui suivit bientôt. " Au 18ème. siècle la marche de l'agriculture a été progressive dans toute l'Europe, à peu près, surtout dans quelques districts de l'Italie, de la Hollande et de l'Angleterre. En Espagne, en Hongrie, en Pologne et en Eussie» elle est encoie dans un état bien arriéré.
AGRICULTURE D'iTALIE.
Depuis lonw-tfmps l'Italie est représentée comme le pays de l'Europe le plus intéressant sons le rapport de son économie rurale. La variété du climat, du sol et de sa surface y est telle qu'elle donne lieu à une plus grande diversité de cultures qu'aucun autre pays de l'Europe. Son climat à l'Italie lui donne un avantage décidé sous un point de vue agricole, surtout dans les cantons du nord, oh, selon Sismondi, la température favorise par sa fraicheur la culture des plus beaux pâturages, tan* disque par sa chaleur dans les autres, les flancs rocailleux des collines sont î«ssi fertiles en raisins et en olives que 1rs plaines le sont en céréales, A l'exception de quelques parties de l'Espagne, c'est le seul pays de l'Europe qui produise les céréales, herbes, viande de boucherie, fromages, beurre, riz, soie, coton, vin, huile et fruits, le tout au plus haut dégré de perfection. Un cinquième de la surface est considéré stérile, tandis qu'un cinquième seulement de la surface de la France est réputé fertile. La population de l'Italie est plus nombreuse à proportion de sa fluperficie que celle de la France ou de l'Angleterre.
Les fermes de la Lombard ie mesurent de dix à soixante acres. Lo propriétaire paie les taxes, et répare les édifices; le locataire fournit le bétail, les instrumens et les semences, et le produit se partage. Quelquefois le propriétaire reçoit sa moitié en espèce, quelquefois on l'évalue annuellement aux récoltes et elle se paie en argent, ou partie en argent et partie en produits. L'irrigation est le trait le plus saillant de l'agriculture de la Lombardie On fait usage d'enu non seulement pour les terres k herbes qui, lorsqu'elles sont bien arrosées, se fauchent quatre, et quelquefois cinq fois par année, et, dans quelque cas, dès le mois de mars ; mais on la dirige entre les rigoles étroites des terres en céréales, dans les creux des ensemencemens faits au driil, parmi les vignes, ou sur les terres semées en riz pour en imbiber le sol à la profondeur d'un pied ou davantage. On s'en sert aussi ponr déposer une surface de boue, dans quelques endroits oh l'eau est chargée de cette matière, et ceci se fait d'après le procédé Sippelé warping en Angleterre. Les détails de cette méthode employée à cette fin et dans divers autres buts, sont consignés dans divers ouvrage-^, et recueillis dans ceux du professeur Re. Généralement, les terres arrosées se louent un tiers de plus que celles qui ne le sont pas. On laboure avec deux bœufs, ?ans conducteur, sans rênes. Les grains se battent ordinairement au moyen d'une roue ou gros cylindre cannelé, que l'on fait tourner dans un trajet circulaire, en quelque façon d'après la manière des moulins à tan.
Dans le Piémont les bestiaux sont nourris quelquefois avec un soin extraordinaire. On les attache dans des élables, on les saigne une ou deux fois, on les nettoie et les frotte avec de l'huile, ensuite ils sont peignès et brossés deux fois la semaine. Leur nourriture en été est le trèfle, ou quelque a»itre fourrage vert ; en hiver, un mélange de feuillea d'orme, de foin trèfle et de gâteaux de noix pulvérisées, sur lequel on
répand de l'eau bouillante, on ajoute du son et du sel ; on donne aussi des grains, là où on peut se les procurer. En peu de temps les animaux muent, deviennent lisses, ronds, gras^ et tellement amendés qu'ils donnent une valeur double au boucher.
Les moutons ne sont pas communs en Lombardie ; on en voit des troupeaux dans les montagnes, mais dans les plaines quelques uns seulement, qui sont gardés comme on garde les cochons en Angleterre, à manger les végétaux de rebut. On estime les récoltes du riz comme les plus profitables, ensuite celles du froment et du millet. Les récoltes des plantes cultivées sont la chicorée, très abondante dans les prairies arrosées, rib-grass, fronoental, trèfle, luzerne, sainfoin, pimprenelle et alsine.
Dans la Toscane, sur les terrains arables des plaines, on pratique généralement la culture rangée et surtout le billonnage au drill, ou les terres sont labourées en planches de trois à quatre pieds de large, entre lesquelles on introduit l'eau dans les rigoles. A tous les ans un tiers de l'exploitation est retourné avec la bêche pour doubler la profondeur des défoncements, afin d'amener un nouveau sol à la superficie. La rotation des récoltes renferme une période de trois ou cinq ans. On cultive le froment, lupin, mais, millet, haricots, turneps, et quelques autres grains. Souvent le lupin est enterré sous la charrue comme de l'engrais. Le bétail n'est pas nombreux dans la Toscane, mais les fermiers s'appliquent à conserver toutes les particules des engrais humains et animaux, et à les employer de la manière la plus judicieuse. Dans les plaines les bestiaux sont tenus constamment dans des étables closes et chaudes, et sont alimentés avec des herbes, feuilles et tout ce que l'on peut se procurer. Les bœufs de la Toscane sont tous colombins. Même ceux importés d^autres états y changent, dit-on, de couleur.
Dans 1rs environs du Vésuve, sur le territoire napolitain, ou terre de cendre?, un seul grain de maïs produit, dit-on, sept épis, souvent longs de trois paumes.