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AGRICULTURE DE LA SUISSE

La Suisse est un pays tout-à-fait pastoraL Lçs vaches suisses fournissent plus de lait que celles de la Lombardie, oii elles ont beaucoup de vogue ; mais après la troisième génération leur lait dépérit. Des prés les plus éloignés on attire les vaches à l'habitation avec une poignée de sel que le berger puise dans un sac de cuir suspendu à son épaule. Dans quelques parties de la Suisse les vaches donnent, terme moyen, douze quartes anglaises de lait par jour, et avec quarante vaches on peut faire chaque jour un fromage de quarante-cinq livres. Dans le voisinage d'Altorf, on fait deux fromages de vingt-cinq livres chaque par jour, avec le lait de dix-huit vaches, durant l'espace de cent jours, depuis le 20 juin. Sous le titre de fabrication du fromage, je ferai une description particulière des fromages de Suisse et des fromages parmesans, faits en Lombardie.

A Hofwyl, près Berne, il existe un établissement, consacré en grande partie à l'agriculture, qui mérite d'être signalé. Il fut projeté par M. de Fellenberg, propriétaire et agronome, qui seul le maintient à ses propres dépens. Son but était d'appliquer un meilleur système d'éducation pour la grande masse du peuple, afin d'arrêter les progrès de la misère et du crime. Il entreprit, il y a quinze ans, de systématiser l'éducation domestique, et de faire voir en grand comment on pouvait instruire le plus avantageusement les enfans des pauvres, et à la fois diriger leur travail de la manière la plus profitable. Enfin comment l'indigent doit employer les premiers vingt ans de sa vie pour pourvoir à ses besoins et son éducation. Les paysans des enviions de sa demeure eurent d'abord quelque répugnance k lui confier leurs enfans pour une nouvelle expérience: obligé de prendre ses élèves où il les trouvait, un grand nombre d'entre les premiers étaient fils de vagabonds qui avaient été littéralement ramassés sur la voie publique ; il en est ainsi de l'un ou de deux de ses élèves les plus distingués.

Ils y vivent à peu près comme les enfans sous le toit paternel. Ils se rendent, chaque matin, à leur ouvrage bientôt après le lever du soleil, ayant d'abord déjeuné et reçu une leçon d'environ une heure ; ils reviennent à midi ; le diner dure une demie heure, et est suivi d'une leçon d'une heure ; puis ils reprennent leur ouvrage jusqu'à six heures du soir. Le dimanche les diverses leçons durent six heures au lieu de deux et ils ont de la viande de boucherie ce jour là seulement. Ils sont divisés en trois classes, suivant l'âge et la force ; on enregistre chaque soir dans un livre le nombre d'heures pendant lesq. elles chaque classe a travaillé, spécifiant l'espèce d'ouvrage fait, afin de le porter au compte qui lui convient, chaque récolte ayant d'ouvert un compte particulier, ainsi que chaque nouvelle bâtisse, les troupeaux, les machines, les écoles mêmes, &c. &c. En hiver, et lorsqu'il n'y a pas d'ouvrage au dehors, les garçons tressent de la paille pour les chaises, font des paniers, scient des bûches, les fendent, battent et vanent le grain, broient des couleurs, tricottent des bas, ou aident aux charrons et autres artisans dont un grand nombre est employé à cet établissement ; et pour tous ces dilTérens genres de travaux un salaire suffisant est alloué à chaque classe de garçons.

A peine les garçons lisent-ils un journal, et rarement un livre. Ou leur enseigne de vive voix quelques unes des connaissances positives et des règles d'application pratique. Le reste de leur éducation consiste à leur inoculer des habitudes d'industrie, frugalité, véracité, docilité, et de douceur mutuelle, par de bons exemples plutôt que par des préceptes, et surtout par l'absence de mauvais exemples.

La mise en pratique de ce projet, pour inculquer la prudence individuelle et la moralité pratique, non seulement chez les classes agricoles, mais dans toutes les classes industrielles delà société, est considérée par M Simond comme démontrée, et il ne reste plus qu'à faire voir jus qu'à quel point il est susceptible d'application. Deux des élèves seulement ont quitté Kofwyl, pour des places, avant le terme de leur apprentissage, et un autre, sur la permission de M. de Fellemberg, est devenu

régisseur m chef dea immenses propriétéij du comte d'Abaffy, en Hongrie, et en a, dit-on, doublé les produits par le système d'agriculture pei Tectionnée qu'il a introduit. Ce jeune homme, dont le nom est Madorly, était originairement un mendiant, et ne brillait pas d'une manière particulière k l'école. Un autre élève dirige une école à Zurich ets'acjuitte de son devoir à l'entière satisfaction de ceux qui l'emploient. M. de Fellemberg a en outre un nonnbre d'élèves des plus hauts étages, quelques uns desquels appartiennent aux premières familles de l'Allemagne, de la Russie et de la Suisse. Ils vivent en famille avec leur rnaitre, et apprennent des différons précepteurs la théorie et la pratique de l'agriculture, et les arts et les sciences qui lui servent de bases.

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