DE LA LUCERNE
La lucerne est une plante perpétuelle à grande racine, qui pousse beaucoup de petits rejetons semblables à celles du treffle, avec des pointes de fleurs bleues ou violettes. L'Europe méridionale est sa patrie. Elle est beaucoup cultivée en Perse et â Lima, où on la fauche toute l'année ; elle est aussi très encienne en Espagne, en Italie et d;m3, le midi de la France, d''où elle fut introduite en Angleterre en 1657. Actuellement elle n'est cultivée que dans peu d'endroits en Angleterre, particulièrement dans le comté de Kent. Elle a été introduite dins les Etats-Unis, ou on en fait grand cas comme plante herbacée. En Angleterre 00 objecte à cette plante, qu'elle est moins vigouretise que le treffle rouge, qu'elle exige plus de temps avant d'être en pleine crûe, de très grands soins pour la nettoyer des mauvaises herbes et par ces raisons et plusieurs autres, on croit qu'elle n'est pas propre à être cultivée en grand et à entrer dans un système d'assolement ou dans une grande culture. Ce qu'on appelle la lucerne jaune est une plante plus vigoureuse et plus grossière que celle qu'on vient de décrire ; elle est commune dans plusieurs parties de l'Angleterre, mais cultivée nulle part excepté dans quelques terres pauvres en France et en Suisse.
La lucerne a besoin d'un sol sec, friable, un peu sableux et dont le sous-sol (fond) est de la même bonté. Si ce dernier n'est pas bon et profond, c'est en vain de cultiver la lucerne. Un sol sec et riche est le mieux calculé à donner une bonne récolte de lucerne. On prépare le sol en le labourant profondément et le pulvérisant le plus qu'on pourra ; et le rpoyen le plus court c'est de le bêcher à 2 ou 3 pieds de profondeur, enterrant une bonne couche de fumier au milieu ou au moins à un pied de la surface. C'est la pratique dans l'Ile de Guernesey où la lucerne est très estimée. La lucerne veut un climat chaud et sec ; et celui du Canada en été doit bien y répondre, mais il y aurait grand danger d'endommager les racines dans les sévères gelées de Thiver. Le temps le plus propice à la semence de la lucerne c'est en printemps aussitôt qu'il
çsl possible, parcequ'àlors les plantes peuvent <^lre entièrement établie? avant que la saison ne devienne trop chaude.
On sème la lucerne à la volée ou en sillons, avec ou sans un autre grain pour la première année. On préfère en général la semence à la volée avec une petite semence d'orge ou d'autres grains de printemps ; 1°. parceque la luCerne est très sujette à être mangée par les pucerons lorsqu'elle lève et contre lesquels la crûe du grain est une protection. La valeur de la récolte du grain est un objet qui mérite d'être considéré, et qui est obtenu pendant la première année de la crûe de la lucerne, qui elle-même ne produit que très peu la première année, quand même on ne la sèmerait pas avec d'autres grains. La quantité de gr.iine semée en Angleterre où l'on adopte la méthode de semer à la volée, est, dit-on, de 15 à 20 livres par acre et de S à 10 si on sème en sillons. Je crois que la moitié de cette semence suffirait en Canada. La graine est plus grande, plus pâle et plus chargée que celle du treffle, et on doit faire surtout attention à l'avoir parfaitement jeune, vu que de la graine de deux ans ne lève pas bien. On la couvre à la même profondeur que le treffle. La culture subséquente de la lucerne semée à la volée consiste dans le hersage pour détruire les mauvaises herbes ; dans Tusage du rouleau après avoir hersé pour égaliser le sol pour la faux, et telle application de fumier que l'état des plantes paraît exiger. On recommande surtout la cendre, le gypse et l'engrais liquide de toute espèce. Une couche légère de fumier chaque année en printemps est très avantageux. On commence dès la 2me. année à la herser avec une herse légère, dans les années suivantes avec une herse plus pesante ; et cette opération devrait se faire en printemps et à la fin de l'été ; toutes les mauvaises herbes devraient être soigneusement ramassées et éloignées.
Pendant la première année l'application de la lucerne est la même que celle du tréfile. La pratique principale et la plus avantageuse c'est d'en nourrir àl'étable les chevaux, des bestiaux et des cochons. Tout le monde convient à en faire l'éloge comme aliment des vaches, qu'elle soit verte ou sèche. On la dit supérieure au tréfile tant pour augmenter le lait et le beurre que pour en améliorer le goût. Quand à son usage lor-qu'elle est verte, on doit prendre les mêmes précautions qu'avec le treffie vert, de ne p;is en donner trop à la fois aux animaux, surtout lorsqu'elle est humide.
Le produit de la lucerne à trois fauchaisons par saison est à ce que l'on prétend de trois à cinq et même 8 tonnes par acre. En nourrissant dans rétable, un arpent suffit à trois ou quatre vaches durant la saison ; il faut pourtant dire que le produit est égal en volume et en valeur à une récolte entière de treffle rouge ; donc, continuée annuellement pendant 9 ou 10 ans ( sa durée ordinaire dans un état productif) à la seule dépense du hersage, roulage et de l'engrais elle serait d'assez d'importance au fermier qui a un sol convenable, pour en senrter un peu de lucerne dans le voisinage de leurs bâtimens. Pour en avoir la graine on traitera la lucerne précisément comme le treffle rouge ; elle se bat plus aisément, parceque les graines se trouvent dans de petites
cosses, qui se séparent facilement sous le fîeau, la machine k battre ou
le moulin à treffle.
Le produit nutritif de la lucerne, selon Sir H. Davy est de 2J par cent et il est à celui du treffle et du sain-foin comme 23 est à 39. Ce résultat ne s'accorde pas bien avec les forces nutritives supérieures attribuées à la lucerne. Le treffle rouge produit en Canada, ainsi que l'expérience le prouve, une récolte abondante et certaine, qui n'exige aucune culture subséquente. Je suis persuadé que le fermier le trouvera plus avantageux que la lucerne.