DU SAIN-FOIN
Le sain-foin est une plante perpétuelle à longues racines, dont les tiges étendent beaucoup de branches, des feuilles réunies, et des fleurs d'un rouge éclatant. L'Angleterre est sa patrie, ainsi que plusieurs parties de l'Europe, mais on ne le trouve jamais, excepté dans un sol sec et chaud, dans lequel il dure longtemps. Il a été longtemps cultivé en France et dans d'autres parties du continant de l'Europe, et fut introduit comme plante d'agriculture de la France en Angleterre vers le milieu du 17me. siècle. On l'a depuis beaucoup cultivé, et ce qui lui donne une valeur particulière c'est qu'on peut le cultiver dans des terres qui ne peuvent pas toujours être sous la charrue, et qui produiraient peu d'herbe commune. Cela est dû aux longues racines du saint-foin qui descendent bien avant dans la terre et qui pénétreront jusque dans les fractures du rocher. On prétend que son herbage est également bon à servir vert de pâturage et à être réduit en foin, et que mangé vert il ne fait pas enfler les bestiaux comme le treffle ou la lucerne. " Arthur Young dit que, dans des terres convenables à cette plante, le fermier ne peut pas en semer trop, et dans le code d'agriculture on dit que c'est l'herbacée la plus précieuse dont nous devons remercier la providence bienveillante."
Le meilleur sol pour cette plante est sec, profond et calcaire, mais elle viendra dans aucune terre dont le sous-sol est sec. Des -terres légères, sableuses et graveleuses, et celles d'une qualité mixte, dès qu'elles sont sèches, lui feront très bien et mieux que celles dont le terreau est profond, Marshall assure que cette plante donne un grand produit même dans les terres les plus pauvres, et que celles qui sont d'une qualité plus riche et plus friable produisent fréquemment d'abondantes récoltes. Cependant il croit qu'il ne réussit parfaitement et ne devient durable que dans des terres calcaires ou celles qui ont été bien imprégnées de chaux.
. La meilleure préparation du sol est sans doute de le bêcher, celle qui est la plus commune et la même que celle du treffle, un labour plus profond que de coutume soit par la grande charrue de défoncement, ou ce qui vaut mieux parceque c'est plus simple, un deuxième labour dans la même raie moyennant la charrue ordinaire. Plus de bonne heure en printemps que va la graine en terre mieux c'est, parceque pour la plus grande moiture des terres convenables il est plus probable que la
végétation soit parfaite. Lorsque la semence a lieu dans une période avancée et la saison étant sèche, beaucoup de graines ne lèveront pas, et les jeunes plantes seront plus exposées à la dévastation des puces. En Canada pourtant il ne peut être semé qu'avec l'orge, qui est le grain avec lequel on kit le mieux de le semer, et ce sera assez de bonne heure.
On le sème ordinairement à la volce ; quelques-uns sont d'avis de le semer avec à peu-près la demi quantité d'orge communément semée pour donner une pleine récolte, qui peut ombrager et tenir moites les jeunes plants pendant la première partie de l'été, sans l'endommager, son retour étant plus léger. Quelle que soit la manière de semer le sain-foin, la graine, étant plus grande que celle d'une autre herbacée, doit être mieux enterrée. Dans presque tous les cas, surtout dans des terres plus légères qui portent cette plante, il sera nécessaire d'appliquer le rouleau immédiatement après que la graine est semée. On dit qu'il en /aut 3 ou 4 bushels par acre ; je croirais qu'il en faut moins quoique la graine soit grande.
En choisissant la semence, la méthode la plus sûre d'en reconnaître la bonne, c'est de semer un certain nombre de graines et de voir combien de plantes en seront produites. On dit qu'il est difficile de trouver de bonne graine de sain-foin à vendre, et les fermiers devraient donc élever leurs propres semences et la choisir sur les meilleures plantes. Les signes extérieurs d'une bonne graine sont : — la couleur éclatante des cosses, la grosseur du noyau d'une couleur légèrement grise ou bleue et quelquefois d'un noir brillant. La graine peut être bonne quoique les cosses soient noires, ce qui provient quelquefois de ce que Ja plante a été mouillée étant coupée sur le champ. Lorsque le noyau coupé par le milieu est vert et frais, la graine est certainement bonne ; mais s'il est d'une couleur jaunâtre et friable, et s'il est mince et gravé, c'est un mauvais signe. D'autres observent que la meilleure graine est grossière, pesante, brillante, d'un jaune rougeâtre, et qu'on doit toujours la semer bien fraîche, parceque de vieille graine ou des graines qui ont été longtemps conservées, ne végètent jamais parfaitement. Cette semence coûte en Angleterre ordinairement de 4 à 5 chelins le bushel. La culture subséquente du sain-foin consiste à le fumer de temps à autre, et on recommande pour cela la cendre et la poussière de drêche, de même à le faucher et mettre en pâturage alternativement. Lorsqu'on le laisse manger trop près de terre par les moutons, les racines en souffrent facilement, et le fermier y doit avoir l'œil.
En faisant le foin du sain-foin, on le fauche dès qu'il est en pleine fleuraison ; il ne reste que peu de temps dans cet état, de sorte qu'on doit être expéditif à le faucher et en faire du foin. On a remarqué que de toutes les autres plantes à foin, il exige le moins de trouble à le faire. Lorsque la saison est favorable, les faneurs peuvent suivre la faux, et ayant tourné les rangs le ramasser le jour suivant celui de la fauchaison ; on peut immédiatement le mettre en veillotes, et en trois jours à compter de celui qu'il est fauché on peut le rentrer. Quoiqu'il puisse paraître bien vert et parvenir en meule ou dans la grange à un
grand degré de chaleur, il n'y a pas de danger à appréhender, si seulement le temps a été bon quand on l'a fait ; il est si loin d'être endommagé en chauffant, qu'on doit plutôt craindre qu'il ne chauffe pas assez. Pour cette raison le sain-foin ne doit pas rester longtemps en rangs ni en veillotes, pour que le soleil et le vent ne l'assèchent trop vite, et, évaporant sa sève, n'empêchent la chauffaison dans la meule ou la grange, et par là ne le rendent de peu de valeur. Si la récolte est légère, le foin peut être mis en veillotes immédiatement après avoir été fauché et par là empêché de trop sécher tout en épargnant l'ouvrage et la dépense.
En Canada le sain-foin n'en vaudra pas mieux pour être fauché plus d'une fois par saison, si la récolte a été réduite en foin, particulièrement si l'été est moite. La durée ordinaire du sain-foin est de 8 à 10 ans ; et en Angleterre il ne parvient à sa crue parfaite que la troisième année ; ici il y serait à la deuxième. Cette plante a été quelquefois trouvée végétant encore 50 ans après sa semence, et on a découvert ses racines dans les fentes des rochers à 10 et 20 pieds de profondeur. Thaër découvrit qu'elles atteignent une longueur de 16 pieds. L'herbe qui fait un gazon épais à la surface et qui par là étouffe la plante, est le grand ennemi du sam-foin.
La quantité du produit en foin peut probablement être évaluée à 3 ou 400 bottes par acre, de la meilleure terre ; dans un sol plus pauvre et plus mince elle sera moindre. Le produit nutritif du sain-foin est le même que celui du trefïle, et au-delà d'un tiers de plus que celui dê la lucerne.
En désirant obtenir de la graine du sain-foin, on devrait le laisser sur le champ jusqu'à ce que les cosses ont une couleur un peu brunâtre et que les graines sont épaisses et fermes ; de cette manière non seulement elles seront d'une meilleure qualité, mais il y a moins de danger qu'elles ne soient endommagées sur le champ, par rapport au court espace de temps qu'elles y restent, qu'en chauffant dans la grange ou la meule. Il faut un peu d'expérience pour connaître le degré de matûrité nécessaire pour faucher le sain-foin de graine, parceque toutes les graines ne mûrissent pas en même temps. Quelques épis fleurissent avant les autres, et chaque épis commence à fleurir à sa hase et continue en g gnant l'extrémité pendant quelques jours, de soite qu'avant que la fljur soit fanée ici, les graines sont déjà mûres à la base. Si pour cette raison on ne le fauche que lorsque les graines de l'extrémité sont mûres, ce'les qui ont mûri les premières verseront et seront perdues. Le meilleur temps pour le couper est lorsque là plus grande partie des graines est bien pleine, que celle du bas est mûre et le reste bien remplie. Les bouts qui ne sont pas mûrs mûriront après qu'on a fauché. Le meilleur temps pour cet ouvrage, est le matin ou le soir lorsque la rosée assouplit la plante, jamais dans la chaleur du jour, lorsque le soleil est la cause que beaucoup de graines versent même sans être mûres. S'il fait un beau temps, le sain-foin séchera bientôt sur la terre, on peutle mettre en veillotes, le retourner, et de là l'entrer dans la grange. Lorsque la graine est sèche elle tombe en le secouant le moins
du monde, de sorte qu'on doit bien faire attention en rentrant la récolté destinée à fournir la graine. En Angleterre on la bat immédiatement dans le champ, et on garde la paille comme fourrage. On trouverd que cela vaut le mieux s'il fiit beau temps, pourvu qu'ensuite on prenne garde que la graine ne chiiuffe pas, ce dont elle est très susceptible si on ne la répand et ne la sèche pas parfaitement. Si le retour peut êtrç rentré en bon état, sans que la graine ne verse, la graine se conservera sans doute mieux dans la paille jusqu'au printemps qu'autrement. Le produit doit êlre de 8 à 10 bushels par acre. Cette plante convient bien au climat du Canada.
Il y a plusieurs autres plantes qui pourraient êlre cultivées dans le but d'en faire du foin, mais je n'en connais pas de si profitable ni de si convenables que celles que je viens de décrire. Si celles qui ont été citées sont cultivées en grand, et que les fermiers désirent obtenir d'aUf treâ variétés, ils en trouveront un grand nombre, quoique peut-être aucune qui sera aussi avantageuse que le treffle, la lucerne et le sain> foin.