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AGRICULTURE DE FRANCE

La France est le pays de l'Europe le phjs favorable à l'agriculture : c'est l'opinion de tous ceux qui ont écrit sur ce sujet. Bien qu'elle ait beaucoup souffert des guerres dans lesquelles elle s'est vue entraînée, d'abord par une odieuse conspiration des rois, et ensuite par l'ambition effrénée de Bonaparte, les effets régénérateurs de la révolution l'ont indemnisée largement de toutes les pertes qu'elle a éprouvées. Elle est sortie de la lutte avec une dette comparativement légère, ses lois beaucoup amendées, pl isieurs vieux abus corrigés, et avec une population plus industrieuse, morale, éclairée et heureuse, qu'elle n'eut jamais auparavant. L'heureux changement que la paix a opéré dans sa situation lui a imprimé une activité vigoureuse et qui lui fait faire de rapides progrès ; elle possède le système de gouvernement le plus populaire, et par suite le plus rationnel, libéral et avantageux de tous les états de l'Europe, sans excepter l'Angleterre ; c'est pourquoi elle jouit, peut-être, d'une prospérité plus réelle qu'aucun autre pays de l'ancien monde.

M. Jacob, dans son rapport sur l'agriculture de la France en 1828, dit " qu'elle occupe un des derniers rangs de celle des états du nord de l'Europe, mais la fertilité du sol, la bonté du sous sol et de la surface pour le labourage, et surtout l'excellence du climat sont telles qu'elles ne se trouvent pas réunies à un tel dégré dans aucun autre paya de l'Europe. " Lorsque nous considérons ces circonstances et les efforts extraordinaires qui se font maintenant pour l'éducation des classes industrielles, et les progrès non moins extraordinaires qu'ont faits les manufactures depuis quelques années (janvier 1829 ), il est facile de voir que dans quelque temps les richesses territoriales de la France seront augmentées prodigieusement.

Le climat de la France varie. Celui du centre, qui admet la culture de la vigne, sans permettre celle du maïs, est considéré par Young comme le plus beau du monde, et cet endroit comme le plus favorable de la France et de l'Europe, quant au sol. " Ici, " dit-il, " vous n'êtes exposés ni à l'extrême humidité qui donne de la verdure à la Normandie et à l'Angleterre, ni aux chaleurs brûlantes qui lui impriment une teinte brune rou&sâtre. " Ce climat, cependant, a aussi ses revers. Ij

est sujet à de Tiolenles tempêtes accompagnâmes de pluiea ou de grêle, et quelque fois à d'âpres gelées du printemps. Dans les climats propres à la vigne et au maïs, on a tenu un compte exact des récoltes et des saisons du district pendant vingt ans, à partir de 1800, et le résultat fut, terme moyen : douze bonnes année?, quatre très abondantes, et quatre de perte totale. Dans le climat où se plait l'olive, les insectes sont incroyablement nombreux et incommodes, et la sauterelle fait tort aux récoltes de blé. Les districts de l'olive et du mais ont l'avantage de fournir deux récoltes dans une année, ou au moins trois dans deux. Le climat de la Picardie et de la Normandie se rapproche le plus de celui de l'Angleterre, et lui est même supérieur. La France possède de grands avantages sur l'Angleterre sous le rapport de l'agriculture au moyen de la vigne et de l'olive qui, par rapport au climat, peuvent produire des grandes valeurs aussi bien sur des rochers arides que sur des cols de la plus grande richesse, et dans toutes les terres de la France les plantes parasites peuvent être détruites facilement et efficacement sans le secours d'une jachère morte.

Au 17ème. siècle, sous le règne de Henri IV. l'agriculture française commença à fleurir. Par suite d'une sage ordonnance de Sully, qui rendait libre le commerce des céréales, on en exporta une grande quantité en Angleterre en 162 L En 1641 le dessèchement des marais et fondrières fut encouragé ; en 1756 les terres nouvellement défrichées furent exemptées de la taxe foncière pendant l'espace de vingt ans. Mazarin prohiba l'exportation des grains et entrava les progrès de leur culture, ei les guerres de Louis XIV réprimèrent beaucoup l'agriculture et p<-oduisirent plusieurs disettes. Fleury, sous Louis XV, n'était pas ami de l'agriculture ; mais en 1754, la liberté du commerce des céréales la ressuscita. C'est vers cette époque que les premières sociétés agricoles furent établies en France sous le patronage et aux frais du gouvernement. En 1761, la France comptait treize sociétés de ce ^enre et dix-neuf sociétés correspondantes. Du Hamel et Buffon donnèrent de l'éclat à l'étude de l'économie rurale, et plusieurs autres écrivams contribuèrent à son perfectionnement. Le baron de Mortemart introduisit quelques unes des races des moutons anglais.

L'agriculture de France en 1819, comparée à ce qu'elle était en 1789, présente, dit Chaptal, d'étonnantes améliorations. Le sol est couvert de toutes sortes de moissons, de nombreux et robustes animaux fiout employés à le labourer, qui l'enrichissent en même temps de leurs engrais. La population delà campagne loge dans des habitations commodes, est décemment vêtue et a une nourriture abondante et saine. La misère qui existait autrefois en France, quand des propriétés d'une grande étendue ne suffisaient qu'à la subsistance d'une famille, est disparue et a fait place à l'aisance et la liberté. Nous ne devons cependant pas supposer, ajoute le même auteur, que l'agriculture française soit arrivée à sa perfection, il reste encore beaucoup à faire ; de nouvelles méthodes de perfectionnement devraient être plus généralement introduites, et le besoin d'une grande quantité de troupeaux se fait sentir dans toutes les provinces de la France, excepté deux ou trois qui abondent ea

prairies naturelles. Il est peu de domaines où le b<;taîl excède la moitié du nombre requis pour le travail, d'où résulte nécessairement un déficit dans le travail, les engrais et les récoltes. Le seul mo^en de remédier à ces maux est de multiplier les pâturages artificiels et d'étendre la culture des plantes de fourrage. En effet l'abondance de fourrage est la base de tout bon système d'agriculture, comme l'alternation judicieuse des récoltes est l'origine de l'abondance de fourrage. Déjà ces principes sont adoptés par les habitans riches de la France, mais ils ne se sont pas encore introduits parmi les classes inférieures des cultivateurs. D'après M. Dupin les quatre cinquièmes des paysans français sont propriétaires de biens-fonds, qu'ils cultivent eux-mêmes ; et, bien qu'ils soient encore très ignorans, cependant l'éducation fait de rapides progrès. Suivant Calcul, le salaire du travail en France est, par rapport au prix du grain, plus élevé que le salaire que reçoivent les journaliers en Angleterre.

Le système de louer les terres aux métayers, qui donnent aux propriétaires la moitié des produits, est, dit-on, trop profondémentenraciné en France pour qu'il soit possible de le changer facilement et promptement, et il est considéré comme l'entrave la plus éminente à l'amélioration de l'agriculture française. La Revue Trimesirielle âe France, pour avril 1828, observe, que dans une grande partie du royaume, dans , toutes les provinces centrales, à peine connait-on quelques fermiers proprement dits ; que cette partie du sol, dans une grande proportion, est cultivée par des métayers qui s'engagent à occuper le terrain pendant une période de trois ans et à le cultiver moyennant la moitié des produits qu'il paie au propriétaire comme loyers. Le propriétaire fournit les fonds indispensables à la menue culture de l'exploitation et les grains nécessaires aux premières semailles, et soutient le métayer et sa famille juqu'aux premières récoltes. Le métayer travaille, sème et moissonne, et lui et sa famille se nourrissent des produits, et le propriétaire prend le surcroît. Quelque fois même on interpose, sous le nom de fermier, un intermédiaire entre le propriétaire et le métayer. L'introduction de cet intermédiaire tend, comme de raison, à augmenter le nombre des obstacles aux perfectionnemens, et parait être une condition nécessaire au système des métayers, dans sa meilleure forme. Dans les provinces même où les baux sont en usage, leur durée est trop courte pour permettre au fermier de s'indemniser des avances que nécessitent l'introduction de nouvelles méthodes de culture.

En France les terres ne sont pas généralement entourées ou subdivisées avec des haies ou autres clôtures ; on en voit quelques unes près des villes et dans les cantons septentrionaux du royaume, mais en général toutes les campagnes sont à découvert, les limites des propriétés n'étant indiquées que par do petits fossés ou des rigoles, quelques fois par des pierres, buttes de terre, rangées d'arbres, ou par des arbres plantés â de certaines distances. Des gardes champêtres sont établis par toute la France pour prévenir les déprédations que pourraient commettre les passans sur les grands chemins. Les fermes sont quelques fois compactes et distinctes, mais généralement éparses et souvent

divisées comme en Angleterre et en Ecosse. Les maisons des grandes fermes sont généralement placées sur les terres ; celles des petites fermes dans des villages, et souvent à quelque distance les unes des autrej. La valeur des biens-fonds est généralement moindre qu'en Angleterre. Actuellement (1829) elle vaut de vingt-deux à vingt-six années de produits.

En France les cultures se divisent naturellement en trois sortes : la grande culture, consacrée principalement à la production des céréales et à laquelle on emploie de deux à douze charrues ; la moyenne culture, destinée aussi aux grains, mais le plus souvent à l'élève des animaux, compte une laiterie, produit soie, vin, cidre ou huile, selon la nature du climat ; puis la petite culture ou celle qui se fait par travail manuel et dans laquelle les troupeaux et les vaches n'entrent pas. La moyenne culture est de beaucoup la plus étendue. Il est peu de fermes de six ou huit charrues en France, el peu d'agriculteurs qui ne travaillent eux mêmes, et dans toutes les saisons de l'année.

La culture des céréales en France se pratique le plus judicieusement dans la Flandre française, la Picardie, et dans la Brie. Celle de ce premier endroit peut être comparée à la culture de Suffolk. Les récoltes de ces districts sont le blé, mais, fèves, turneps, et sarrazin. Voici l'assolement le plus fréquent : deux récoltes de grains, puis une jachère, ou une alternation de récoltes de grains et heibes ou de légumes, sans jachère morte. Après que les terres ont produit des récoltes, il est d'usage de les laisser reposer un an ou deux, pendant ce temps elles ne poussent que de l'herbe et des plantes parasites ; ensuite elles sont labourées et mises en jachère morte. La patate entre plus ou moins dans les opérations rurales de la plus grande partie de la France, et surtout dans les districts septentrionaux ; mais dans la Provence, et quelques parties du Languedoc, on ne la cultive presque pas. L'irrigation des terres arables et à foin est adoptée partout où il est possible de la pratiquer. Elle est beaucoup en usage dans les Vosges et remarquablement bien conduite dans les terres près d'Avignon, dont plusieurs miles appartenaient jadis à l'église.

Les pâturages, les plantes, les végétaux sont à peu près les mêmes dans les prairies de France et celles d'Angleterre , mais, bien que le trèfle et la luzerne soient cultivés en beaucoup d'endroits, cependant on ne fait pas généraleir.ent usage de raygrass ni d'autres herbes, soit comme récolte de foin ou comme pâturage temporaire ou permanent. Pendant l'été, dans les districts oii le climat est le plus chaud, on alimente les moutons la nuit, et on les enferme pendant la chaleur du jour. Le foin est la nourriture ordinaire de l'hiver, et dans les endroits où le climat ressemble à celui de la Picardie, le navet. Les moutons de France sont, dit-on, en grande partie noirs Bonaparte monopolisa la race des mérinos. Cette espèce s'accroît beaucoup maintenant.

Les animaux de travail sont principalement le bœuf, pour les petites fermes, et le cheval, pour les grandes. Ils sont l'un et l'autre mis à couvert durant la plus grande partie de l'année ; les bœufs sont généralement couleur de crème. La Normandie fournit la meilleure race de

chevaux de travail, et le Limousin les meilleurs chevaux de selle. Il existe dans le Limousin depuis un siècle un haras royal de chevaux arabes, et on en a établi un autre depuis peu, près de Nîmes. Des haras de chevaux anglais, et de races mixtes et de haute origine, ont été établi» par le gouvernement dans plusieurs départernens.

Les meilleures laiteries sont en Normandie ; mais la France n'excelle pas en ce genre. Dans les districts du sud, l'huile d'olive, d'amande, de pavot suppléent au beurre, et on se sert du lait de chèvre pour la cuisine.

Les chèvres du Thibet ont été importées par M. Ternaux, qui a réussi à les multiplier et à manufacturer leur poil.

La volaille est un article important chez les agriculteurs français, qui entendent parfaitement la manière de l'élever et delà nourrir. La race des cochons n'est pas généralement bien bonne. La charrue de Normandie ressemble à la grande charrue à roues de Kent ; plus au sud la plupart des charrues sont sans roues. Les rouleaux en fer sont rares. Les herses sont ordinairement de bois. En Normandie les agriculteurs riches labourent avec quatre ou six bœufs ; ceux qui sont moins bien, avec deux ; mais lorsque le sol est dur, ils se réunissent et forment un attelage de quatre ou six bœufs. On bat les grains au fléau ou en les soumettant à l'action des chevaux. Les agriculteuFS, ainsi qu^on l'a déjà di), font la plupart de leurs opérations sans employer de journaliers extra, et leurs femmes et leurs filles moissonnent, battent et font presque tous les travaux de la ferme et du jardin indistinctement. Comme les menus agriculteurs résident ensemble dans les villages, ce» lui qui voyage en France peut parcourir dix ou vingt miles à travers les champs de grains sans voir une seule chaumière. Les journaliers et ouvriers employés dans les grandes fermes sont souvent payés en nature.

Toutes les plantes que cultive l'agriculteur anglais sont aussi celles que l'on cultive en France. Le navet n'y est pas généralement cultivé ; dans les districts où la température est chaude il ne l'est presque pas du tout, puisqu'il ne pousse pas de bulbes, et lors même qu'il aurait cette propriété il n'est pas sur qu'il serait aussi précieux que la luzerne ou le trèfle, qui croissent pendant tout l'hiver, ou la patate, dont on fait maintenant beaucoup de fiirine. Parmi les plantes qui ne sont pas ordinaire* ment cultivées sur les fermes anglaises, sont la chicorée, que l'on cultive en France comme fourrage vert, et une espèce de blé dur et rouge, appelé épeautre qui croît dans le sol et le climat les plus mauvais. On y cultive le millet, le dura ou dourha d'Egypte

Une chose remarquable dans l'agriculture de France, et la plupart des pays chauds, c'est l'usage de feuilles d'arbres comme nourriture pour le bétail ; les feuilles de mûrier, d'olivier, peuplier, vigne et autres feuilles sont cueillies en automne, lorsqu'elles commencent à changer de couleur et à devenir sucrées. En juillet, on coupe des branchages verts, qui sont séchés au soleil, ou à l'ombre des arbres dans les bois, fagotés et cordés pour la consommation d'hiver. Durant la saison on les donne aux moutons et autres bestiaux en guifse de foin, et quelques fois, bouillis avec du grain ou du son, aux vaches. La vertu astringente de quelques

sortes de feuilles, comme celles du chêne, est regardée comme médicinale, surtout pour les moutons.

Dans les régions de la France où le climat est chaud les fèves sont les céréales du pauvre, et on les mêle avec du blé pour en faire du pain ; le mais, cependant, est la principale nourriture du peuple. On cultive les pois-chiches, et on s'en sert comme aliment. Tel est l'aperçu de l'agriculture française.

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